Construction Navale
Nicolas Sarkozy : « Je ne laisserais pas tomber les chantiers »

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Nicolas Sarkozy : « Je ne laisserais pas tomber les chantiers »

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Rassurer les salariés. C'était l'objectif de Nicolas Sarkozy lors de son déplacement à Saint-Nazaire, le 5 septembre. « Je ne laisserais pas tomber les chantiers. Nous allons prendre une partie du capital pour être actionnaires. C'est la meilleure preuve de confiance dans l'avenir des chantiers et la pérennité de la construction de navires à haute technologie », a-t-il martelé devant les personnels. Suite à la prise de contrôle de la maison mère des Chantiers de l'Atlantique par le groupe sud-coréen STX, qui contrôle désormais 92% d'Aker Yards, le président a tenu à se rendre dans le berceau français des paquebots de croisière. Après une réunion de travail avec Duk-Soo Kang, le président de STX, Nicolas Sarkozy a confirmé le rachat par l'Etat de 9% de la filiale française d'Aker Yards, détenant les sites de Saint-Nazaire et de Lorient (ex-Alstom Leroux Naval). Cette participation s'ajoutera aux 25% encore détenus par Alstom dans son ancienne division navale, vendue en 2006 au groupe norvégien. L'ensemble permettra aux Français de disposer d'une minorité de blocage. « Vous êtes dans une société dont l'Etat va se retrouver directement ou indirectement propriétaire de 34% du capital. Nous avons signé un accord pour prendre 9% du capital, ainsi qu'un droit de préemption pour prendre les 25% que possède encore Alstom. Si Alstom devait partir, c'est l'Etat français qui rachètera », a expliqué le président de la République.

Confiance sous contrôle

Echaudé par d'autres dossiers de rachat, où les promesses des investisseurs étrangers étaient finalement restées lettres mortes, Nicolas Sarkozy a voulu s'assurer que les engagements de STX seraient respectés. Selon lui : « Nous voulons être associés à toutes les décisions stratégiques du groupe parce que nous voulons garder à Saint-Nazaire et en France ce savoir-faire. Nous allons entrer au Conseil d'administration et devenir les partenaires de STX. C'est la meilleure preuve de ma décision de m'engager durablement dans les chantiers ». La perspective d'un éventuel rapprochement avec l'industrie militaire (DCNS sans le citer) a par ailleurs été évoquée. L'OPA lancée par STX sur Aker Yards étant menée à bien, le groupe coréen et les pouvoirs publics vont désormais finaliser les accords conclus sur la filiale française. Les discussions portent actuellement sur la valorisation des 9% que l'Etat doit racheter.
Pendant son discours, Nicolas Sarkozy a rappelé, devant le président de STX, qu'il avait d'abord cherché une solution européenne au raid sud-coréen. « Il faut se dire les choses franchement. Lorsqu'Aker Yards a eu ses problèmes, j'ai tout fait pour trouver une solution européenne. Mais j'ai constaté que ni les Italiens, ni les Finlandais n'étaient prêts à investir comme l'Etat français ». A défaut d'avoir convaincu ses partenaires européens, Paris n'avait d'autre choix que de gérer au mieux le nouveau propriétaire des chantiers. « STX est une grande entreprise qui peut nous apporter beaucoup. Mais j'ai dit à STX que les Chantiers de l'Atlantique, nous y tenions. Pourquoi ? Parce qu'il a fallu des décennies pour avoir ce savoir-faire industriel et qu'en quelques mois, on peut tout mettre par terre ».

« La survie de Saint-Nazaire passe avant tout par des commandes »

Suivant l'accord dont certains points restent à finaliser (texte dont les syndicats, sous le sceau de la confidentialité, prendront connaissance), STX se serait engagé à maintenir et développer la construction de paquebots en Europe. Le Sud-Coréen se serait, par ailleurs, engagé à ne pas concurrencer cette activité en dehors de l'Europe sur au moins 10 ans. Côté syndical, les réactions sont diverses. La CGT et FO restent, notamment, très hostiles à STX, jugé comme un prédateur susceptible de piller le savoir-faire des chantiers. Pour la CFDT, la venue de Nicolas Sarkozy « a confirmé le soutien de l'Etat Français à notre activité navale en France pour nos sites de St Nazaire et Lorient ». Le syndicat attend néanmoins des éclaircissements, à la fois sur le contenu exact de l'accord franco-coréen, comme de la question de l'endettement du groupe STX. Bien qu'elle regrette un « engagement tardif », la CFE-CGC retient plusieurs points importants : « le premier, fort, de défendre les ex Chantiers de l'Atlantique, y compris en augmentant la participation de l'Etat, la nécessité d'engager une communication aux organisations syndicales de l'accord Etat/STX, l'existence dans cet accord d'un droit de préemption de l'Etat sur les 25% encore détenus par Alstom, et l'étude d'un rapprochement des constructions civiles et militaires ». Dans leur ensemble, les syndicats accueillent positivement les engagements de l'Etat, bien qu'ils soient parfois jugés « insuffisants ». Cela ne signifie toutefois pas que les inquiétudes se soient estompées. « La Corée est un pays lointain, avec une culture différente. Il faudra du temps pour se connaître et apprendre à se faire confiance. Nous jugerons sur les actes. La venue du Président de la République sur le site se Saint-Nazaire est un signe fort. Les démarches des cinq organisations syndicales vers les pouvoirs publics ont portés leurs fruits. Mais ne nous leurrons pas, la survie du site de Saint-Nazaire passe avant tout par des commandes de navire », estime la CFTC.

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