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Nimrod MRA-4: En abandonnant le programme, Londres fragilise sa dissuasion

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Nimrod MRA-4: En abandonnant le programme, Londres fragilise sa dissuasion

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Malgré les coupes budgétaires, la Grande-Bretagne maintient sa force de dissuasion, forte de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Mais, dans le même temps, le gouvernement britannique a décidé d'arrêter le programme des nouveaux avions de patrouille maritime Nimrod MRA-4. Lancé en 1996 et ayant pris beaucoup de retard, ce programme a été jugé trop onéreux, la facture étant évaluée à plus de 3.5 milliards d'euros pour une douzaine d'avions. Suite au retrait anticipé, cette année, des derniers Nimrod MR-2 de la Royal Air Force, la dissuasion britannique se retrouve donc sans patrouille maritime et, de facto, voit sa sûreté fragilisée. Car une force de dissuasion ne repose pas uniquement sur des sous-marins capables de mettre en oeuvre des missiles balistiques. La dissuasion, c'est un ensemble très important et varié de moyens concourant à l'efficacité et donc la crédibilité de l'ensemble. Pour les départs et les retours de patrouilles des SNLE, il faut par exemple des chasseurs de mines capables de sécuriser les chenaux d'accès. Au large, des bâtiments anti-sous-marins veillent à ce qu'aucun intrus ne se poste en embuscade au large des bases de SNLE afin de pister les gros poissons atomiques en début de patrouille. Là où ils sont le plus vulnérables.

Les moyens aériens essentiels

Ce dispositif de sécurisation n'est vraiment efficace qu'avec des moyens aériens, complétant les navires de surface et les sous-marins nucléaires d'attaque dont la protection des SNLE est l'une des missions. Les moyens aériens sont de deux natures. Il y a les hélicoptères embarqués sur frégates, dotés de sonars trempés et de torpilles, mais aussi les avions de patrouille maritime. Disposant d'un long rayon d'action et de moyens de détection et d'écoute très sophistiqués, les PATMAR ont pour mission, en collaboration avec les unités de surface et les hélicoptères embarqués, de débusquer les sous-marins ennemis et, éventuellement, de les détruire. A cet effet, ils mettent en oeuvre toute une panoplie de moyens, dont des bouées acoustiques et des torpilles. Ils font systématiquement partie du dispositif destiné à sécuriser l'évolution du SNLE sur le plateau continental, avant que celui-ci gagne les grands fonds ou retourne à sa base. Les avions de patrouille maritime sont, enfin, l'un des moyens permettant de mesurer les performances des sous-marins, non seulement des autres, mais également des siens. « La PATMAR est fondamentale pour la dissuasion. En matière de détection passive, elle calibre l'efficacité et la discrétion des sous-marins, qui viennent se confronter à elle lors des exercices », explique un spécialiste.

Des intrus roderaient dans les eaux britanniques

Grâce à leur grande endurance et leur capacité à mettre en place des barrages de bouées acoustiques, les avions de patrouille maritime sont, généralement, très efficaces. Leur seule présence doit même être suffisamment dissuasive pour éviter qu'un sous-marin espion se risque près des bases navales ou, plus largement, dans les eaux territoriales d'un pays doté d'une PATMAR. Dans ces conditions, le choix de la Grande-Bretagne d'abandonner le programme Nimrod MRA-4 apparaît, pour un certain nombre de spécialistes, comme dangereux. Fruit du hasard ou conséquence de l'absence de patrouille maritime en Grande-Bretagne ? La presse anglaise a, en tous cas, révélé plusieurs incursions de sous-marins supposés russes, ces derniers mois, près des bases britanniques. Au moins deux fois, un ou plusieurs SNA de la classe Akula aurai(en)t été(s) repéré(s) près de Faslane, le terrier des SNLE britanniques. La dernière détection en date se serait produite il y a moins de 15 jours mais, faute de Nimrod, la RAF et la Royal Navy ne sont pas parvenues à trouver l'intrus.

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