Construction Navale
NØE : L'hydrogène pour propulser les navires

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NØE : L'hydrogène pour propulser les navires

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« Projet NØE ». À première vue, le titre d'un film de science-fiction scandinave. Maurice Buttet, spécialiste de l'énergie marine et pilote de ce projet industriel, reconnaît que l'appellation ne manque pas d'humour. « NØE » signifie « Navire à zéro émission ». Maurice Buttet ajoute que « le concept scientifique et technique est en place. Le dossier a été déposé au Pôle mer Bretagne Atlantique et il faut attendre la validation. Ensuite, il n'y a plus qu'à... ».

Parlant de « challenge industriel breton », Stéphane-Alain Riou, directeur adjoint du Pôle mer Bretagne Atlantique, estime que « ce projet NØE devrait être validé dans les semaines qui viennent. En raison des enjeux, c'est un des deux ou trois grands projets précurseurs en France ». La validation permettra de lever des fonds, estimés à « plusieurs millions d'euros ».

Avec NØE, c'est l'ère de la propulsion navale à hydrogène qui devrait commencer. Le projet NØE vise à équiper des navires avec des moteurs électriques fonctionnant avec des piles à hydrogène qu'il faut simplement réalimenter en hydrogène quand il est épuisé. Parlant « d'énergie du futur », Maurice Buttet rappelle que la société française Symbio FCell et le Commissariat à énergie atomique (CEA) ont développé une nouvelle génération de pile à hydrogène qui « se place au meilleur niveau mondial en termes de performances ». D'ailleurs, La Poste a déjà équipé une partie de ses voitures électriques d'un kit prolongateur d'autonomie pile à hydrogène de Symbio FCell.

 

L'Hydrolienne Sabella D10 (MICHEL FLOCH)

L'Hydrolienne Sabella D10 (MICHEL FLOCH)

 

Optimiser le coût de l'hydrogène

L'hydrogène est une énergie coûteuse. « Sauf si on le produit à moindre coût », corrige Maurice Buttet. Et c'est là qu'entre en jeu l'hydrolienne de l'entreprise quimpéroise Sabella, qui doit être immergée, en juin, dans le courant du Fromveur entre Ouessant et Molène. L'hydrolienne doit produire l'électricité pour Ouessant. « L'idée est d'utiliser le surplus d'énergie, produit pour Ouessant (quand les besoins baissent) pour produire de l'hydrogène », résume Maurice Buttet. De l'électricité produite par la mer, et dont le surplus produirait de l'hydrogène qui produirait à son tour de l'électricité pour alimenter des navires... « C'est un vrai cercle vertueux », s'enthousiasme Stéphane-Alain Riou. Piloté par Barillec, le projet NØE, regroupe Symbio Fcell et le CEA, le cabinet d'architecture navale Coprexma de Pont-l'Abbé, le chantier naval concarnois Piriou, l'École nationale supérieure maritime de Nantes et la compagnie maritime Penn ar Bed qui assure justement la liaison vers Ouessant. Les échéances ? « Une fois le projet validé par le Pôle, on se donne cinq ans. Deux pour finaliser le système et le tester avec un prototype à terre construit par Piriou. Deux pour construire le navire à passagers de 35 mètres et un an pour en tester l'exploitation avec la Penn ar Bed », estime Maurice Buttet. Un challenge sans doute, mais « on y croit. C'est une des énergies du futur et les pays nordiques travaillent déjà là-dessus. Il ne faut pas traîner ». Selon une étude sur l'innovation réalisée par l'entreprise Vinci, « sept innovations sur dix sont des échecs commerciaux. Mais, celles qui réussissent rapportent énormément ». Maurice Buttet garde confiance et travaille pour que ce projet NØE se retrouve dans la bonne tranche. 

Un article de la rédaction du Télégramme

 

 

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