Histoire Navale
Nomadic : L’histoire mouvementée du « petit frère » du Titanic

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Nomadic : L’histoire mouvementée du « petit frère » du Titanic

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Le 31 mai dernier a eu lieu l’inauguration d’un navire vieux de plus d’un siècle. Construit à Belfast en 1910 par les chantiers Harland & Wolff, le Nomadic a été lancé le 25 avril de l’année suivante. Après son achèvement à flot, il a rejoint Cherbourg où il a assuré les transbordements des passagers de première et de deuxième classe entre le quai et les grands liners mouillés sur rade. Un second transbordeur, le Traffic, prenait à son bord les passagers de la troisième classe, les bagages et la poste.

Conçus comme des « vitrines » de la compagnie britannique White Star Line, ces deux navires étaient aménagés luxueusement et dès l’embarquement les passagers avaient l’impression de commencer leur voyage transatlantique. Extérieurement, les deux transbordeurs sont des navires de la classe Olympic (à laquelle appartenait le Titanic) en réduction sur lesquels on retrouve la même étrave presque droite et l’arrière à voûte. Les superstructures sont, certes, différentes. Ils n’ont qu’une seule cheminée, mais leurs couleurs sont celles de la White Star Line ; coque noire et blanche avec un mince liseré jaune entre les deux, cheminée chamois avec manchette noire. Au mâtereau de poupe, flotte le pavillon tricolore cependant qu’en tête du mât unique, on reconnaît le guidon fendu rouge avec l’étoile blanche de la compagnie.

Le 10 avril 1912 à Cherbourg, 148 passagers de première et 30 passagers de deuxième classe, prennent place à bord du Nomadic pour rejoindre le Titanic, alors que le Traffic embarque 103 passagers de troisième classe. À 18 h 30, les deux transbordeurs accostent le grand liner de la White Star qui vient de prendre son mouillage.

À 20 h 10, le grand paquebot relève son ancre et après avoir salué le port français de trois coups de sifflet, il appareille pour son escale irlandaise de Qeenstown (aujourd’hui Cobh).

Le 15 avril 1912, le monde apprend le naufrage du Titanic. À Cherbourg, l’émotion est grande et quand l’Olympic mouille sur rade le 19, tous les navires présents dans le port ont mis leur pavillon en berne.

Le Nomadic et le Traffic reprennent ensuite leur service, aux côtés des transbordeurs des autres compagnies. Au début de la Première Guerre mondiale, les deux navires sont peu utilisés. Le 25 avril 1917, ils rejoignent Brest où ils transbordent les soldats américains, depuis des transports de troupes jusqu’au débarcadère. Ils sont ensuite convertis en dragueurs de mines, rôle dangereux qu’ils assurent jusqu’au 26 avril 1919, date à laquelle ils sont rendus à la vie civile. En août, ils sont de retour à Cherbourg où ils retrouvent leur mobilier débarqué pendant la guerre et le 1er septembre 1919, ils assurent le transbordement des passagers du Caronia, premier paquebot de la Cunard à faire escale dans le port normand.

 

Une seconde vie française

 

Dix ans plus tard, les États-Unis sont frappés par une crise financière de grande ampleur qui s’étend rapidement au reste du monde. Les compagnies maritimes subissent elles aussi, les effets de la récession et pour survivre, elles doivent restreindre leurs dépenses. La White Star Line se sépare ainsi du Traffic et du Nomadic qui sont rachetés en 1934, par la Société Cherbourgeoise de Remorquage et de Sauvetage. Le Nomadic est rebaptisé Ingénieur Minard et le Traffic, Ingénieur Reibell.

En 1939, l’Europe est de nouveau en guerre. L’Ingénieur Reibell est converti en mouilleur de mines alors que l’Ingénieur Minard n’est pas réquisitionné. Cela n’empêche pas ce dernier de participer activement à l’évacuation des troupes et du personnel de l’usine de construction aéronautique Amiot. Au tout dernier moment, alors que les Allemands pénètrent dans Cherbourg, l’Ingénieur Minard parvient à appareiller et à rejoindre l’Angleterre. L’Ingénieur Reibell n’a pas cette chance. Saisi  par les forces d’occupation, il sera démoli sur place en 1941.

Pendant ce temps, l’ex-Nomadic, qui a rejoint Portsmouth, est utilisé pour le transport des troupes alliées à l’île de Wight. Utilisé intensivement et mal entretenu par la Royal Navy, le pauvre transbordeur est à bout de souffle quand la guerre se termine. Les Anglais décident de le ferrailler, mais à quelques jours près, il échappe au pic des démolisseurs grâce à son armateur français qui parvient à lui faire rejoindre Cherbourg.

 

De retour à son port d’attache, l’Ingénieur Minard passe en cale sèche pour une remise en état complète. Il reprend ensuite son ancienne activité jusqu’en 1952, année où le port en eau profonde devient accessible aux grands paquebots.

Au cours des années 1960 les avions longs courriers à réaction sonnent le glas des lignes maritimes transatlantiques, tout au moins pour le transport des passagers. Le 4 novembre 1968, l’Ingénieur Minard transfère des passagers à bord du Queen Elizabeth. Ce sera son dernier voyage comme transbordeur.

 

Du transbordeur à la salle de réception flottante

 

Vendu à la Société Maritime Industrielle de Récupération, l’Ingénieur Minard échappe à nouveau de justesse à la démolition, grâce à Roland Spinnewyn, un dynamique chef d’entreprise qui l’achète pour le transformer en restaurant flottant à Conflans Sainte-Honorine. Le 26 avril 1969, l’ex-Nomadic est remorqué jusqu’au Havre d’où il rejoint Rouen. On lui retire alors les éléments du pont des embarcations qui ne lui permettraient pas de passer sous les ponts de la Seine, puis le remorquage reprend jusqu’à Conflans Sainte-Honorine. Il y restera quatre ans sans que rien ne soit fait. Faute d’argent, Roland Spinnewyn a abandonné son projet de restaurant flottant, mais il conserve son navire à titre privé. Malheureusement, il n’a pas la possibilité de le protéger et des cambrioleurs pillent le malheureux transbordeur, emportant avec eux d’innombrables objets précieux. En 1974, l’ex-Nomadic est de nouveau très près d’être ferraillé. Il est encore une fois sauvé in extremis par Yvon Vincent, un ancien agent immobilier qui le rachète pour le transformer en salle de réception flottante. Le 17 octobre 1974, l’ancien transbordeur de la White Star Line s’amarre au quai Débilly, face à la tour Eiffel. Il retrouve à cette occasion son nom de baptême en redevenant le Nomadic.

Près de trois ans vont être nécessaires pour refaire du Nomadic, un navire de luxe. La décoration est certes, très marquée « années 70-80 », mais même s’il est devenu un endroit « branché », le Nomadic conserve les traces de son glorieux passé. Le 25 juin 1977, il débute ses nouvelles activités par une grande réception qui sera suivie de nombreuses autres manifestations. En 1997, l’excellent film de James Cameron pulvérise le record d’entrées. Partout dans le monde, l’histoire d’amour entre Rose et Jack, fait pleurer les foules et à Paris, le public redécouvre le Nomadic. Malheureusement, les nouvelles normes européennes ne permettent plus au propriétaire du navire de continuer son exploitation et en mars 1999, les autorités exigent le passage en cale sèche pour une inspection complète de la coque. Pour cela, il faudrait redécouper les superstructures pour que le navire puisse redescendre la Seine jusqu’à Rouen. Le coût est trop élevé pour le propriétaire qui préfère jeter l’éponge.

 

 

Ultime mobilisation pour sauver un témoin historique

 

Quelques projets de reconversion sont évoqués, mais aucun n’aboutira. Pendant ce temps, le Nomadic se dégrade. Les loyers d’emplacement ne sont plus payés et le Port Autonome de Paris obtient du tribunal, la permission de saisir l’ancien transbordeur pour l’envoyer à la ferraille. L’Association Française du Titanic (AFT) parvient à réunir en France et à l’étranger, un vaste mouvement de défense du Nomadic. Le ministère de la Culture s’émeut du risque de voir ce navire historique partir à la casse et à la demande de ses services, la direction du Port Autonome de Paris accepte de surseoir à la démolition. Après démontage de ses superstructures, l’ancien transbordeur est conduit par un pousseur jusqu’au Havre. Le 4 avril, 2003, il est placé par le ministère de la Culture, sous le régime de l’instance de classement parmi les monuments historiques.

 

Le Nomadic en attente au Havre, en 2005 (© : THIERRY DUFOURNAUD)

Le Nomadic en attente au Havre, en 2005 (© : THIERRY DUFOURNAUD) 

 

Le Nomadic en attente au Havre, en 2005 (© : THIERRY DUFOURNAUD)

Le Nomadic en attente au Havre, en 2005 (© : THIERRY DUFOURNAUD) 

 

 

Sauvé une nouvelle fois d’extrême justesse, le Nomadic est acheté par le « Department of Social Development of Northern Ireland ». Le 9 juillet 2006, il est chargé sur une barge et le 15 juillet, il arrive à Belfast. Le ministère du développement social d’Irlande du Nord auquel le Nomadic appartient, a créé le « Nomadic Charitable Trust », institution chargée de la restauration du navire. De son côté, la Nomadic Preservation Society qui est membre du Nomadic Charitable Trust, intervient sur le volet historique de la restauration en veillant à ce que le navire retrouve exactement l’aspect qu’il avait en 1912.

 

 

La restauration du Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

La restauration du Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

 

Exposé juste en face du « Titanic Belfast », le tout nouveau musée consacré au Titanic, le Nomadic a été pris en charge par les chantiers Harland & Wolff pour les travaux sur la coque et les superstructures. L’entreprise Consarc Design ayant pour sa part, reproduit la décoration intérieure du navire, telle qu’elle était en 1911.

Présenté à sec dans le Hamilton Dry Dock, une forme de radoub du XIXe siècle, le Nomadic ne naviguera plus jamais. À cinq reprises, le transbordeur a miraculeusement échappé à la démolition. Le Titanic a été marqué par une invraisemblable accumulation de malchance ; le Nomadic, a quant à lui, bénéficié d’une chance véritablement prodigieuse, puisqu’aujourd’hui, il est définitivement tiré d’affaire. 

Un article de Gérard Piouffre, auteur notamment du Livre Nous étions à bord du Titanic

 

Le Nomadic à Belfast, à l'issue de sa restauration (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast, à l'issue de sa restauration (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE)

Le Nomadic à Belfast (© : GERARD PIOUFFRE) 

 

 

 

 

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