Construction Navale
Norwegian Epic : L'origine criminelle des départs de feu ne fait plus de doute

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Norwegian Epic : L'origine criminelle des départs de feu ne fait plus de doute

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L'incendie intervenu dimanche après-midi à bord du paquebot Norwegian Epic (C33), en achèvement à Saint-Nazaire, serait donc, lui aussi, d'origine criminelle. Ce sont les premières conclusions issues des constations réalisées à bord. Le départ de feu, intervenu lors de la journée de visite des familles des employés et sous-traitants de STX France, s'est déclaré sur l'arrière, dans un local d'air conditionné du pont 8. Les flammes se seraient, apparemment, développées dans des cartons. Ce sinistre a, heureusement, été très vite maîtrisé par les équipes de sécurité présentes à bord du navire. Mais il s'ajoute à l'incendie du 3 mai, qui provoqué de gros dommages (local technique au pont 4), puis à un nouveau départ de feu, presqu'immédiatement circonscrit, le 7 mai. Aux chantiers de Saint-Nazaire, le doute n'est plus permis. « Les services de sureté et de sécurité sont sur les dents car il y a quelqu'un qui passe entre les mailles du filet, se balade dans le bateau et a accès aux locaux. Ce qui soulève encore plus d'inquiétude c'est qu'on n'a toujours pas trouvé qui était cette personne et comment elle agissait. Ce qui est évident, c'est qu'il ou elle connaît le navire », explique un responsable syndical.

 Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

« Il y aurait pu avoir des morts »

Suite à l'incendie intervenu dans la soirée du 3 mai, la direction de STX France a porté plainte contre X. Depuis, l'enquête se poursuit et plusieurs dizaines de personnes ont été auditionnées par les policiers. Concernant le sinistre de dimanche, la piste de l'une des 15.000 personnes montée à bord au cours de la visite semble écartée, d'importantes mesures de sécurité étant mises en place. Les visiteurs devaient, notamment, laisser leurs briquets à quai avant de les récupérer en débarquant. Mais c'est, surtout, la succession des trois départs de feu en un mois qui pousse les enquêteurs à considérer qu'un pyromane sévit à bord du « C33 », comme on l'appelle aux chantiers. « Une succession de trois feux en si peu de temps, ça ne peut être accidentel, d'autant que le dernier feu n'est manifestement pas le fait du hasard. On va cibler vers ceux qui étaient présents à chaque fois », a expliqué à nos confrères de Presse Océan le capitaine Jacques, du commissariat de Saint-Nazaire. Les investigations se poursuivent donc, non seulement sur les 2500 salariés et sous-traitants de STX France, mais aussi aussi en direction des 1500 membres d'équipage, arrivés à bord début mai. Toutefois, dans cette véritable ruche qu'est ce paquebot en achèvement, la tâche est évidemment ardue pour les enquêteurs. Du côté syndical, on estime qu'il y a urgence à mettre un terme aux agissements du pyromane avant qu'il ne commette l'irréparable. « On ne peut qu'être inquiet tant que cette personne n'a pas été trouvée. La première fois, il y aurait pu avoir des morts. C'est forcément quelqu'un qui ne va pas bien car, pour en arriver là, il faut être très mal. Nous appelons cette personne à ne pas rester seule et à en parler avant de commettre l'irréparable ».

 Le Norwegian Epic au bassin C en avril  (© : MER ET MARINE)
Le Norwegian Epic au bassin C en avril (© : MER ET MARINE)

N le maudit ?

Le Norwegian Epic est-il un « poissard » ? C'est la question que l'on finit par se poser tant le contrat signé en 2006 s'est transformé en véritable chemin de croix pour Saint-Nazaire. Tout débute en octobre 2006. La compagnie américaine Norwegian Cruise Line (NCL) signe, alors, la plus grosse commande de l'histoire des chantiers : 1.47 milliard d'euros pour deux paquebots géants de 326 mètres de long, 153.000 tonneaux de jauge et, finalement, 2114 cabines (le chiffre a évolué plusieurs fois). Le contrat compte en plus une option pour un troisième navire. Celle-ci n'est, dans un premier temps, pas exercée. Puis, à l'été 2007, le fonds d'investissements Apollo Management reprend les rênes de NCL. Les comptes de la compagnie, lourdement déficitaire, sont passés au crible et le projet « Freestyle 3 » est carrément remis à plat. Les discussions sur les modifications à apporter au design initial tournent au conflit entre STX et son client. Si bien qu'en septembre 2008, un coup de tonnerre résonne à Saint-Nazaire.

Pose du premier bloc le 24 avril 2008  (© : MER ET MARINE)
Pose du premier bloc le 24 avril 2008 (© : MER ET MARINE)

Commencée quelques semaines plus tôt, la construction du D33, sistership du C33, est annulée par la compagnie américaine, ce qui constitue une première dans l'histoire des chantiers. Un accord est finalement trouvé en décembre 2008 pour l'intégration de modifications au cours de la construction du C33. La date de livraison du paquebot, prévue à l'origine au dernier trimestre 2009, est reportée à janvier 2010, avant finalement de glisser jusqu'en juin de cette année. La construction du bateau, particulièrement innovant, se révèlera assez difficile, STX devant gérer les demandes de modifications quasiment incessantes de son client et des retards dans l'achèvement de certains lots par ses sous-traitants. Le 19 mars, le groupe annonce que la construction du Norwegian Epic affichera un surcoût de 15 à 20 millions d'euros. La complexité du projet, explique-t-on alors dans l'estuaire de la Loire, a généré un dépassement des budgets prévisionnels au niveau des études, des achats et du montage. Le coût final du bateau, qui n'a toujours pas été officiellement annoncé, est estimé par la presse spécialisée américaine à plus de 1.2 milliard de dollars.

Le moteur avarié le 26 mars  (© : MER ET MARINE)
Le moteur avarié le 26 mars (© : MER ET MARINE)

Pour couronner le tout, les aléas se sont multipliés ces six derniers mois au pire moment, c'est-à-dire pour la dernière ligne droite avant la livraison. Après une première série d'essais en mer (12 au 14 février) parfaitement réussie, le Norwegian Epic doit entrer en cale sèche le 19 mars. Mais l'opération est finalement annulée en raison d'un problème technique sur le porte aval de la forme Joubert, qui refuse de s'ouvrir. Soumis aux caprices de la météo, le transfert est alors programmé dans la nuit du 26 au 27 mars. C'est alors que le 26 mars, dans l'après midi, une avarie survient sur l'un des trois gros moteurs diesels de 15 MW, provoquant de gros dommages. Le transfert en forme Joubert est de nouveau annulé. Il n'interviendra que dans la nuit du 10 au 11 avril et STX décide de profiter du passage en cale sèche pour réaliser un échange standard du moteur avarié. La série noire continue au soir du 3 mai, lorsqu'un premier incendie éclate à l'arrière, au pont 4. Les dégâts sont sévères, 80 kilomètres de câblage devant être remplacés. Le sinistre entraine un nouveau report des essais en mer, qui doivent finalement se dérouler du 11 au 13 juin (au lieu initialement de la mi-avril). Depuis, deux autres départs de feu sont intervenus, heureusement sans conséquence humaine ou matérielle. Alors que la plus grande vigilance règne aux chantiers pour empêcher le pyromane du C33 d'agir à nouveau, c'est donc sous haute tension que se dérouleront les 12 derniers jours précédant la livraison du Norwegian Epic. L'« Epopée Norvégienne » doit prendre fin le 17 mai, du moins pour ce qui concerne Saint-Nazaire.

Le moteur Norwegian Epic en forme Joubert au mois d'avril  (© : MER ET MARINE)
Le moteur Norwegian Epic en forme Joubert au mois d'avril (© : MER ET MARINE)

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