Marine Marchande
Nous venons de changer d'océan : Récit d’un transit à la voile

Reportage

Nous venons de changer d'océan : Récit d’un transit à la voile

Marine Marchande

Dans les vieilles écluses, rien n'a changé depuis 102 ans. Mode d'emploi d'un transit depuis l'Atlantique vers le Pacifique, en 7 heures pour les gros navires et jusqu'à 3 jours pour les plaisanciers.

 

 Les écluses côté Atlantique 

 Les écluses côté Atlantique (© ANNIE-LAURE PETIT)

 

Capitaine au long cours ou capitaine du dimanche : vous devez laisser monter à bord un pilote du Canal de Panama. C'est lui qui, durant les 27 miles de l'isthme, va vous donner les ordres et décider des manœuvres pour vous. Avec lui, une simple feuille lui indiquant à quelle heure le bateau doit se présenter devant chaque écluse. Direction la première écluse pour monter trois paliers de neuf mètres. 

La présence de quatre équipiers est obligatoire pour les plaisanciers, et le service est payant. Un à l'avant et un à l'arrière, un pour bâbord et l'autre pour tribord. Leur unique mission : jouer avec les amarres dans les écluses pour maintenir la stabilité du bateau. Leur coordination, par le pilote, va être essentielle. En effet, il peut arriver qu'un bord du bateau se retrouve dangereusement plus près du mur des écluses et qu'il tape, à cause du stress.

Les marcheurs et leurs toulines

Arrivée à l’écluse à couple avec un autre voilier. Un premier quai est avancé sur un côté et deux hommes de l'Autorité du Canal de Panama, appelés « marcheurs », envoient une touline sur le pont. Il faut alors la récupérer et la nouer à l'une des très longues amarres louées pour l'occasion. Ils sont à plus de 30 mètres au-dessus. Ils récupèrent le bout sur lequel est suspendue la touline puis déroulent l'amarre du bateau à mesure qu'ils marchent jusqu'à la première porte d'écluse où ils amarrent alors le bateau. Un cargo est souvent placé derrière. Lui est maintenu par huit locomotives coordonnées par le pilote.

 

Les marcheurs et leurs toulines ( © ANNIE-LAURE PETIT)

Les marcheurs et leurs toulines ( © ANNIE-LAURE PETIT)

 

Les portes massives, en bois, se referment et l'eau commence à monter.  Il faut alors reprendre les amarres au fur et à mesure. Et lorsque le bateau se retrouve neuf mètres plus haut, la porte s'ouvre sur la prochaine écluse. Chacun reprend son son rôle : les marcheurs vont larguer les amarres puis relancer leurs toulines, les capitaines vont écouter les ordres des pilotes et les équipiers faire attention à maintenir l'équilibre du bateau.

Un paysage superbe dans le canal

A la troisième écluse, le lac Gatun se découvre. Parfois, les plaisanciers attendent une nuit et même une journée complète ici. Un mouillage imprévisible. Puis c'est reparti pour quatre à cinq heures de navigation dans une luxuriante jungle avec iguanes et crocodiles. Dans le canal, une voie pour les plaisanciers, une autre pour les navires de commerce et paquebots. Les appareils photos des croisiéristes nous mitraillent de haut.
L'écluse de Pédro Miguel arrive puis celle de Miraflorès où les visiteurs assistent à notre spectacle. Nous descendons vers le Pacifique. Le dernier passage d'écluse est le plus délicat : l'eau salée se mélange à l'eau douce et crée un courant singulier. Parfois, des moteurs chauffent un peu. Mais quand les dernières double-portes s'ouvrent enfin sur le pont des Amériques, les yeux s'écarquillent. Nous venons de changer d'océan ! 

 

Les portes s'ouvrent sur le Pacifique © ANNIE-LAURE PETIT)

Les portes s'ouvrent sur le Pacifique © ANNIE-LAURE PETIT)

 

Un reportage d'Annie-Laure Petit