Défense
Nouvelle journée d'action chez DCNS

Actualité

Nouvelle journée d'action chez DCNS

Défense

La CFDT, la CGT, l'UNSA et la CGC appellent à une nouvelle journée d'action dans les différents établissements de DCNS. Les syndicats réclament toujours une réouverture des discussions dans le cadre de la Négociation Annuelle Obligatoire (NAO), qui fixe les augmentations de salaire des personnels sous convention collective (c'est-à-dire hors ouvriers d'Etat, qui subissent pour leur part un gel de leurs traitements décidé fin 2010 par le gouvernement). Très remontés, les représentants du personnel dénoncent un « passage en force » de la direction, qui a concédé des augmentations très en deçà des attentes syndicales. « On ne nous propose même pas le niveau de 2010 alors qu'on nous demande de nouveaux efforts de productivité et que nous avons appris que les résultats du groupe étaient en hausse de 8.6% l'an dernier par rapport à 2009. Même si tout le monde ne se mobilise pas, les personnels n'en pensent pas moins et il ne faudra pas leur demander la lune s'il n'y a rien au bout ou si leurs efforts servent seulement à augmenter les dividendes des actionnaires », affirme un responsable de la CFDT.

La fronde des syndicats

Dans un climat où les tensions semblent s'accentuer, les syndicats, très calmes depuis l'arrivée de Patrick Boissier à la tête de DCNS, début 2009, se disent « de plus en plus exaspérés par l'attitude de la direction ». Et le départ programmé d'Hervé Dufoix, directeur des ressources humaines du groupe depuis quatre ans, ne facilite pas les échanges. Du coup, les organisations font flèche de tout bois et, n'obtenant pas satisfaction sur la NAO, n'hésitent pas à mettre sur la table certains dossiers sensibles, comme la non-reconnaissance de DCNS comme entreprise ayant utilisé de l'amiante par la Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé Au Travail (CARSAT, ex-CRAM). « Cette situation est très préjudiciable aux salariés concernés qui ne peuvent ainsi pas faire valoir leurs droits. Malgré les demandes de corriger cette invraisemblance, la direction s'y est toujours refusée », affirme la CFDT, qui dénonce une situation « scandaleuse ». L'UNSA, de son côté, a lancé une attaque en règle contre les Filières du Talent, principale action de communication du groupe depuis trois ans. « La politique de communication de DCNS, qui est déclinée avec force matraquage dans les établissements est de plus en plus mal perçue auprès d'une grande majorité de personnels car elle est essentiellement basée sur l'évènementiel qui coûte très cher, qui ne répond que très peu à leurs véritables besoins en informations et qui est très chronophage pour bon nombre d'entre-eux », estime l'UNSA. Une action des syndicats à Brest, le 22 février, a d'ailleurs perturbé la visite de Marc Thiercelin et Luc Alphand, venus faire la promotion du nouveau volet des Filières du Talent, portant cette année sur la réorientation professionnelle.

Championship en ligne de mire

Dans le même temps, les organisations syndicales s'en prennent de plus en plus ouvertement au projet Championship, le plan de bataille de Patrick Boissier visant à accroître le chiffre d'affaires de DCNS en réalisant d'importants gains de productivité. Dans les établissements, on voit ainsi les panneaux Championship démontés dans les ateliers et déposés devant les bâtiments de direction. « Alors que la très grande majorité des personnels rejette ce projet de transformation, la direction avance, tel un rouleau compresseur. Pourtant, le PDG n'a de cesse de répéter qu'il a besoin de l'adhésion de tout le monde pour mettre en oeuvre Championship, sans quoi rien ne pourra se faire », dénonce la CFDT, qui réclame désormais la « remise à plat de ce projet ». Pour un représentant du personnel, le conflit sur la NAO n'est que le révélateur d'un malaise plus profond. « Le climat n'est pas très serein et on constate un certain ras le bol dans la boite. Et ce ne sont pas seulement les anciens qui ne sont pas contents. Même les nouveaux salariés se rebellent contre des pratiques et des façons de faire considérées comme très rudes et qui ont de plus en plus de mal à passer ».

« Déterminés à ne rien lâcher »

Débrayages à Brest, Nantes-Indret, Ruelle ou encore Cherbourg, pique-nique revendicatif à Lorient, annulation de comités d'entreprise... L'activité sur la majeure partie sites de DCNS devrait encore être perturbée ce mardi. Depuis trois semaines, les arrêts de travail, ainsi que les blocages de bassins et de coupées donnant accès aux bâtiments en construction ou en entretien auraient, d'ailleurs, eu un impact sur le bon déroulement calendaire de certains programmes. « A l'extérieur, la direction dit que tout va mais, lors des comités d'entreprise, ils ne cessent de parler de retards », note un représentant du personnel dans l'un des sites bretons de l'industriel. Les syndicats se disent en tous cas « déterminés à ne rien lâcher » et veulent maintenir la pression. En plus des actions lancées dans les établissements, les délégués syndicaux centraux ont décidé de boycotter certaines négociations menées actuellement dans l'entreprise, comme celles sur les risques psychosociaux ou celles sur l'égalité professionnelle. Les administrateurs salariés jouent, également, la politique de la chaise vide en attendant un geste de la direction. Alors que la situation est au point mort, de nouvelles initiatives sont envisagées. Ainsi, si aucune avancée n'est obtenue, les syndicats menacent d'organiser une manifestation le 22 mars, devant le siège parisien de DCNS, où se déroulera un Comité Central d'Entreprise. « Si la direction ne veut pas parler aux ouvriers, ce sont les ouvriers qui vont venir parler à la direction », prévient un délégué du personnel.


La direction défend sa politique salariale

Du côté du siège de DCNS, on maintient que le dossier de la NAO est clos depuis 15 février, même si tous les syndicats ont rejeté les propositions et dénoncé un « simulacre » de négociations. « Les négociations annuelles sur les salaires, la durée effective et l'organisation du temps de travail se sont achevés dans le respect des accords d'entreprise de DCNS. Ces négociations sont conformes à la politique salariale de DCNS. Elles prennent en compte la reconnaissance de la performance des collaborateurs, l'accompagnement des promotions ainsi que la nécessité de préserver la compétitivité du groupe pour favoriser son développement et l'emploi », martèle-t-on au siège du groupe. Les dernières propositions de la direction portent, selon elle, « sur une augmentation de salaire moyenne de l'ordre de 2.3% pour les ouvriers et techniciens, ainsi que la garantie pour tous d'une progression des salaires équivalente du coût de la vie soit 1.7%. A cela s'ajoute, une prime d'intéressement de l'ordre de 1000 euros ». Face aux critiques qui lui sont faites sur sa gestion des ressources humaines, la direction rétorque que 5% de la masse salariale est consacrée à la formation, que des programmes de maintient des compétences par l'apprentissage ont été relancés et que des efforts importants sont menés sur la formation en alternance (460 jeunes). Elle rappelle, en outre, que les recrutements ont repris. Ainsi, selon DCNS, 1000 personnes ont été embauchées en 2010, année où le solde des effectifs a été positif, enrayant ainsi une décrue continue du nombre de personnels depuis les années 80.
Malgré tout, ces points positifs ne parviennent pas à calmer la grogne. C'est pourquoi, pour sortir de cette situation, les fédérations ont écrit le 23 février au ministre de la Défense pour demander sa médiation. Alain Juppé quittant l'Hôtel de Brienne pour le Quai d'Orsay, la CFDT, la CGT, l'UNSA et la CGC renouvellent leur demande auprès de Gérard Longuet, appelé à trouver une issue au conflit.

Naval Group | Actualité industrie navale de défense