Construction Navale

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Oasis 3 : La timide action finlandaise à Bruxelles

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« Il n’y a pas de soupçon indiquant que la France a fait quelque chose de mal. Il s’agit juste de s’assurer que la France a suivi les règles de l’UE étant donné que c’est une grande affaire en Finlande ». Voilà ce qu’indique le cabinet du ministre finlandais de l’Economie après que celui-ci et son collègue en charge du travail aient envoyé une lettre à la Commission européenne au sujet de la commande en France d’un paquebot géant de la classe Oasis of the Seas. Alors que les chantiers  STX Finland de Turku ont réalisé les deux premiers navires de ce type, livrés en 2009 et 2010, l’armateur américain Royal Caribbean International, faute d’obtenir un montage financier satisfaisant avec les Finlandais, a finalement décidé de commander la troisième unité de cette série chez STX France, à Saint-Nazaire. Depuis son annonce, le 27 décembre, la perte de ce contrat d’environ un milliard d’euros, assorti d’une option pour un paquebot supplémentaire, a provoqué d’importants remous en Finlande, où le gouvernement encaisse de plein fouet une vague de protestation pour ne pas être parvenu à conserver ce projet sur les bords de la Baltique. Dès le 28 décembre, le gouvernement finlandais  avait émis des doutes quant au fait que le montage financier élaboré en France respecte la règlementation européenne, laissant imaginer que le projet aurait pu bénéficier d’une aide d’Etat. Le ministre français de l’Economie, Pierre Moscovici, avait immédiatement réagi en assurant que le cadre européen avait bien été respecté. Reste qu’à Helsinki, le dossier est devenu éminemment politique et, face au flot de critiques auquel il fait face depuis deux semaines, le gouvernement finlandais tente, logiquement, de trouver des explications pour justifier cet incroyable camouflet pour son industrie navale. Car c’est la première fois qu’un chantier se voit ravir la commande d’un paquebot de série par un concurrent et, comme il s’agit du plus grand navire de croisière du monde, le retentissement n’en est que plus important.  

 

Helsinki marche sur des oeufs

 

Mais force est de constater que les accusations à peine voilées des premiers jours ont fait place à une démarche bien plus prudente. On a même l’impression que s’est finalement presque en s’excusant que la Finlande a saisi Bruxelles. Dans un tel contexte, Helsinki pouvait difficilement faire autrement pour contenter l’opinion publique finlandaise ou, du moins, lui montrer que le gouvernement agit. D’autant que le groupe sud-coréen STX Corporation, propriétaire via STX Europe de STX Finland et actionnaire majoritaire de STX France, a habilement soufflé sur les braises il y a quelques jours en expliquant que la France faisait plus d’efforts en faveur de ses chantiers. Dans ces conditions, la case Bruxelles était politiquement incontournable pour la Finlande. Mais, à en juger par les déclarations des cabinets ministériels, il semble que la volonté d’attaquer les Français soit bien limitée. Cela s’explique assez logiquement par le fait qu’une procédure de cette nature est longue et, par conséquent, n’est pas de nature à remettre en cause le contrat et donc la construction de l’Oasis 3 à Saint-Nazaire. Et quand bien même ce serait le cas, Turku ne récupèrerait pas la commande. Pire, un tel scénario provoquerait immanquablement la fureur de l’armateur qui, en dehors de ce navire, demeure le premier client des chantiers finlandais. En effet, ces derniers doivent réaliser pour TUI Cruises, filiale de Royal et de TUI, deux paquebots livrables en 2014 et 2016, ce qui constitue l’essentiel du carnet de commandes de Turku. Ce n’est donc certainement pas le moment, pour les Finlandais, de se mettre à dos le géant américain de la croisière, sans parler des conséquences éventuelles d'une mini-crise diplomatique avec Paris. Voilà pourquoi Helsinki, dans ce dossier, marche sur des œufs et n’a probablement qu’une hâte : que cette affaire s’apaise…

Meyer Turku (ex-STX FINLAND) STX FRANCE (Chantiers de Saint-Nazaire)