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Construction Navale

Reportage

Ocea met à flot son premier patrouilleur hauturier

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Défense

Destiné au Sénégal, le Fouladou a été mis à l’eau hier par l’élévateur à bateaux du port des Sables d’Olonne. Il s’agit du plus grand patrouilleur et du premier modèle de la catégorie OPV (Offshore Patrol Vessel) réalisé par Ocea, ainsi que de la plus imposante coque militaire en aluminium produite en Europe. Commandé fin 2014, ce bâtiment du type OPV 190 MKII mesure 58 mètres de long pour 9.4 mètres de large.

Jusqu’à trois semaines d’opérations

Doté de deux moteurs diesels MTU 16V4000 et de deux lignes d’arbres avec hélices à pas fixe Rolla, il pourra atteindre la vitesse de 24 nœuds et effectuer des missions de trois semaines sans ravitaillement, avec une distance franchissable de 5500 milles à 12 noeuds. Un propulseur d’étrave fourni par Hydro Armor facilitera les manœuvres portuaires pour permettre à l’OPV d’accoster ou d’appareiller en toute autonomie. La tenue à la mer et le confort de l’équipage ont été selon Ocea très travaillés, avec une carène optimisée et une paire d’ailerons stabilisateurs Naiad. En plus de ses capacités hauturières, le bâtiment, grâce à un tirant d’eau réduit (2.3 mètres maximum), pourra évoluer très près des côtes. Il pourra aussi, selon son constructeur, naviguer à vitesse réduite en conservant une très bonne manoeuvrabilité.

 

Le Fouladou à sa mise à flot hier (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Fouladou à sa mise à flot hier (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Début des essais en août, livraison à l’automne

Le Fouladou sera mis en œuvre par 24 marins, avec une capacité d’accueil supplémentaire pour 8 personnes. L’équipage était là, hier, pour la mise à flot de son futur bâtiment, et on sentait clairement la satisfaction et la fierté de ces hommes et femmes, pressés d’embarquer sur le nouveau navire amiral de la marine sénégalaise. Des représentants de l’état-major, ainsi que de l’Agence Nationale des Affaires Maritimes (ANAM) du Sénégal (qui a notifié le contrat), étaient également présents. On rappellera qu’Ocea a déjà construit pour ce pays le baliseur polyvalent Samba Laobe Fall, un navire de 45 mètres livré en mars 2008.

 

Les marins sénégalais et les équipes d'Ocea (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les marins sénégalais et les équipes d'Ocea (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Fouladou après sa mise à flot hier (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Fouladou après sa mise à flot hier (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Fouladou après sa mise à flot hier (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Fouladou après sa mise à flot hier (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Concernant le Fouladou, c’est début août que l’OPV devrait débuter ses essais en mer, en vue d’une livraison prévue vers la fin octobre. Ocea assurera la formation des marins afin de leur permettre de prendre en main le bâtiment, tout en assurant un soutien technique.

Deux embarcations rapides et des modules de missions

L’installation des équipements, dont une bonne partie est déjà à bord, va se poursuivre. Le Fouladou recevra deux grandes embarcations rapides Palfinger de 7.5 mètres. Elles serviront notamment aux équipes de visite chargées de contrôler les navires ou d’intercepter des menaces. Le cas échéant, ces moyens nautiques pourront aussi être employés par des forces spéciales. Les embarcations seront rapidement mises à l’eau et récupérées au moyen de deux bossoirs fournis par Ned Deck Marine et installés sur chaque bord, au niveau de la vaste plage arrière. Celle-ci offre un espace disponible important permettant de répondre à l’une des caractéristiques de l’OPV 190 MKII. Il s’agit en effet d’une plateforme polyvalente et modulaire. Le bâtiment pourra ainsi, selon les besoins, embarquer différents modules de missions, conditionnés sous forme de conteneurs. Parmi ses autres spécificités, on notera la présence d’un canon à eau permettant de lutter contre les incendies, ainsi que des aménagements et équipements pour le déploiement de plongeurs et de moyens antipollution. Il y aura également, à bord, une cellule de détention pour les individus interpellés et une zone d’hélitreuillage sur le pont.

 

OPV 190 MKII (© : OCEA)

OPV 190 MKII (© : OCEA)

 

Toute la palette de l’action de l’Etat en mer

Doté d’une passerelle panoramique élevée et offrant une vue à 360°, le Fouladou est équipé de solides moyens de communication, de surveillance, d’identification et de classification, ainsi que d’un système de commande et de contrôle (C2) pour les senseurs et l'armement. Celui-ci consistera en un canon télé-opéré sur la plage avant (probablement du 30mm) et des mitrailleuses manuelles sur chaque bord.  

Le nouveau patrouilleur de haute mer pourra remplir des missions très variées : « Il est conçu pour la surveillance de grands espaces maritimes, la protection des zones économiques exclusives, l’affirmation de la souveraineté, la lutte contre la piraterie et les trafics illicites, la police des pêches, le sauvetage en mer, la lutte contre la pollution… En somme, l’ensemble des missions liées à l’action de l’Etat en mer », souligne Paul-Eric Juin, directeur adjoint Sécurité et Sûreté maritime d’Ocea.

 

OPV 190 MKII  (© : OCEA)

OPV 190 MKII  (© : OCEA)

 

L’aluminium fait valoir ses atouts pour les OPV

Comme tous les bateaux produits par le constructeur vendéen, le Fouladou a été intégralement réalisé en aluminium. « C’est le premier patrouilleur de cette taille en alu réalisé en Europe. C’est un matériau porteur qui intéresse les marines, y compris pour des tailles importantes, au-delà de 40 mètres. L’aluminium présente en effet de nombreux avantages. Il est plus léger que l’acier et permet donc d’opter pour une propulsion moins puissante pour atteindre la même vitesse ou aller plus vite avec un poids équivalent. La motorisation est alors moins chère à l’achat, la consommation est moindre et les coûts d’entretien réduits. Avec aussi, au passage, une réduction des émissions polluantes. De plus, l’alu ne rouille pas et il est recyclable, ce qui est intéressant pour prévoir la fin vie du bateau ». Afin de solutionner les problèmes de fatigue de ce métal, dont il s’est fait une spécialité depuis bientôt trois décennies, Ocea travaille sur des épaisseurs importantes, qui vont bien au-delà de la règlementation et lui permettent aujourd’hui de garantir 10 ans les coques de ses OPV. « Nous avons une véritable expertise dans la construction alu, pour laquelle Ocea a beaucoup investi en R&D et dispose d’une longue expérience. Nous travaillons en effet depuis plus de 25 ans avec ce matériau sur des gammes de navires professionnels aux activités très exigeantes. De par le savoir-faire en conception de nos bureaux d’études et des échantillonnages à des niveaux bien supérieurs à ce qu’exigent les sociétés de classification, nous livrons des bateaux aussi robustes que ceux réalisés en acier. D’ailleurs, aucun bateau produit par Ocea n’a rencontré de problème de défaut de structure ou de vieillissement prématuré liés au matériau. C’est la preuve que cette technologie est parfaitement maîtrisée ».

 

OPV 270 de 84 mètres (© : OCEA)

OPV 270 de 84 mètres (© : OCEA)

 

De la vedette au patrouilleur de 84 mètres

Y compris donc sur des plateformes de grande taille. C’est pourquoi Ocea a décidé de développer son activité sur le segment des OPV. Depuis le début des années 2000, le groupe, dont les principaux sites se trouvent aux Sables d’Olonne et à Fontenay-le-Comte en Vendée, ainsi qu’à Saint-Nazaire en Loire Atlantique (plus l’ancien chantier Gamelin de La Rochelle repris en 2009), a livré des dizaines de vedettes et patrouilleurs de 24 à 35 mètres au Koweit (11), à l’Algérie (21), au Nigéria (4), au Bénin (3) ou encore au Surinam (3). En 2012, il a décidé de passer à la vitesse supérieure en se dotant, dans le cadre du programme ORION et ses 17 millions d’euros d’investissement, d’un chantier flambant neuf opérationnel depuis l’an dernier aux Sables d’Olonne (voir notre reportage). C'est ici qu'a été assemblé et armé le Fouladou. « Nous avons pu moderniser notre outil industriel et nous doter d’un chantier capable de réaliser des coques allant jusqu’à 85 mètres », rappelle Paul-Eric-Juin.

 

FBP 98 et FPB 72 livrés au Surinam  (© : OCEA)

FBP 98 et FPB 72 livrés au Surinam  (© : OCEA)

 

Dans cette perspective, Ocea a développé une nouvelle série de patrouilleurs hauturiers allant de 46 à 84 mètres, dont l’OPV 190 MKII est la première réalisation. « Cette gamme a été développée pour répondre à un marché en pleine évolution. Une fois que les marines se sont dotées d’unités de 20 à 30 mètres, elles ont besoin de bateaux plus gros, capables d’aller plus loin et de rester plus longtemps en mer ».

Répondre au besoin de sécurisation des espaces maritimes

Un besoin qui se fait d’autant plus sentir que les menaces de toutes sortes se développent sur l’espace maritime, sans compter les tensions liées à des conflits territoriaux. Les problèmes sont notamment importants en Afrique de l’ouest, dont les eaux sont devenues dans certaines zones très dangereuses. « L’insécurité maritime est un véritable problème régional qui menace le commerce à court terme, et la stabilité des pays riverains à long terme, en compromettant le développement de cette zone économique stratégique. Initialement pris au dépourvu, les Etats de la région ont pris conscience du problème et multiplient les initiatives pour contrer ce phénomène », explique Ocea, qui espère bien, après le Fouladou, enregistrer d’autres commandes d’OPV, y compris des modèles plus grands, que ce soit en Afrique ou dans d’autres régions du monde. L’achèvement de ce premier patrouilleur de haute mer, moins de deux ans après la présentation de la nouvelle gamme, va d’ailleurs constituer la meilleure des vitrines : « Nous avons des contacts pour réaliser d’autres OPV. De nombreux pays sont intéressés et, désormais, nous avons une première référence, avec un bâtiment bientôt éprouvé à la mer, réalisé dans les temps et pour lequel le client est satisfait. C’est un avantage réel par rapport à la concurrence », estime Paul-Eric-Juin.

Etre compétitif et exporter tout en construisant en France

Ocea, qui compte garnir rapidement son carnet de commandes, entend percer sur le segment des OPV avec les mêmes recettes qui ont fait son succès sur des plateformes plus petites. Et qui lui ont permis de s’imposer dans des contextes extrêmement concurrentiels, sachant que la quasi-intégralité de la production part à l’export «  La compétition est souvent féroce mais nous parvenons à faire des offres très compétitives, tout en continuant de construire nos bateaux en France. Pour notre dernier contrat avec l’Indonésie, par exemple, nous étions en compétition avec 8 autres chantiers internationaux et nous l’avons emporté en finale face deux Coréens ».

 

Le Spica du type OSV 190 SC-WB (© : MICHEL FLOCH)

Le Spica du type OSV 190 SC-WB (© : MICHEL FLOCH)

 

Bâtiments scientifiques et autres navires

L’Indonésie avec laquelle le nouveau chantier des Sables a livré l’an dernier ses deux premiers navires de 60 mètres. Non pas des patrouilleurs, même s’ils sont armés et peuvent réaliser des missions de surveillance, mais des bâtiments hydro-océanographiques, les Rigel et Spica, du type OSV 190 SC-WB. Ocea a aussi achevé en 2015 le Beeha 1, un autre navire océanographique, cette fois de 40 mètres (type ECO 130 SC-WB) et commandé par l’Autorité publique de l’Environnement koweitienne. En plus des patrouilleurs, Ocea entend donc aussi se développer sur le marché des navires scientifiques de grande taille, complétant ses autres activités dans les secteurs du transport de passagers, des yachts ou encore de l’environnement.

 

Le Beeah 1 (© : OCEA)

Le Beeah 1 (© : OCEA)

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