Construction Navale
Ocea réalisera le nouveau patrouilleur des Affaires maritimes
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Ocea réalisera le nouveau patrouilleur des Affaires maritimes

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Mer et Marine a appris que le groupe vendéen Ocea est sorti vainqueur de l’appel d’offres pour réaliser le nouveau patrouilleur hauturier des Affaires maritimes. Prévu pour être basé à Marseille, il remplacera les vedettes régionales Mauve et Gabian, unités de 30 et 32 mètres respectivement mises en service en 1984 et 1986. Sa construction devrait commencer en février prochain en vue d’une mise à l’eau aux Sables d’Olonne au printemps 2021 et une livraison d’ici l’été de la même année. Le contrat a été notifié lundi 2 décembre à Ocea, nous a confirmé la Direction des Affaires Maritimes (DAM).

Une unité en aluminium de 46 mètres

Connu pour le moment sous l’appellation de projet « PAM Med », en attendant que son nom de baptême lui soit attribué, ce patrouilleur, qui sera intégralement réalisé en aluminium, est du type OPV 150. Il mesurera 46 mètres de long pour une largeur de 8,5 mètres. Capable d’atteindre 18 nœuds en charge et de franchir 3000 milles à 12 nœuds, son autonomie sera de 12 jours sans ravitaillement. Le PAM Med n’aura pas d’ailerons mais un système passif de stabilisation via citerne d’eau. Il sera comme les deux autres patrouilleurs des Affaires maritimes, les Thémis (52 mètres) et Iris (47 mètres), armé par deux équipages de 17 marins. Grâce à ce double-équipage et à une maintenance optimisée, la disponibilité opérationnelle doit atteindre 240 jours par an.

Deux semi-rigides et des drones aériens

En plus de l’équipage, des couchages pour 5 personnes supplémentaires sont prévus. Doté d’un canon à eau pour lutter contre un incendie sur un autre bateau, le navire mettra en œuvre deux embarcations d’intervention. Il s’agira de SRA-650, des semi-rigides Zodiac Milpro longs de 6 mètres, qui seront mis à l’eau et récupérés au moyens de deux bossoirs avec système anti-pendulaire.

Ces embarcations constitueront le principal moyen d’intervention du patrouilleur. Elles permettront en effet de pouvoir projeter une équipe de contrôle sur les navires rencontrés ou interceptés. Mais le PAM Med est aussi conçu pour mettre en œuvre un nouvel atout. Une plateforme est en effet prévue pour déployer des drones aériens légers, qui permettront de compléter et étendre les moyens de surveillance et d’identification du patrouilleur.  

Deux modes propulsifs

Le PAM Med disposera de deux modes propulsifs. Pour les allures soutenues, deux moteurs diesels MAN seront employés pour fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement des deux lignes d’arbre s’achevant chacune par une hélice à pas fixe. Mais le navire disposera aussi d’un mode électrique pour les basses vitesses, où seuls ses deux moteurs électriques de propulsion asynchrones fonctionneront, alimentés par deux groupes Caterpillar. Ces MEP seront également utilisés en mode « booster » pour compléter la puissance des moteurs principaux afin d’attendre l’allure maximale.

Réduction significative de l’empreinte environnementale

Cette architecture propulsive contribue à l’objectif très ambitieux fixé par les Affaires maritimes en matière de réduction de l’impact environnemental de ce nouveau navire. Il faut dire que cette administration est rattachée au ministère de la Transition écologique et solidaire, qui se doit de montrer l’exemple. Cet aspect semble d’ailleurs avoir été un point capital du choix de la solution proposée par Ocea face à celles de ses concurrents. Pour réduire la consommation en carburant et donc les émissions polluantes et gaz à effet de serre, le chantier vendéen a d’abord mis en avant sa spécialité, la construction de coques en aluminium, nettement plus légères que les structures en acier. A taille équivalente, la puissance nécessaire et donc la consommation sont donc mécaniquement réduites. Le modèle retenu pour le PAM Med bénéfice de plus d’une carène présentée comme « particulièrement optimisée », qui s’ajoute comme on l’a vu à un double mode de propulsion diesel-électrique plus économie, mais aussi à des panneaux solaires. Au final, l’ensemble devrait, dit-on de source proche du projet, permettre une réduction de la consommation d’environ 50% par rapport à un patrouilleur en acier classique de même taille.

Ce nouveau patrouilleur hauturier assurera des missions de surveillance et de contrôle (pêche, environnement marin et navigation) en Méditerranée. Il contribuera aussi, comme toutes les unités des administrations intervenant au large, aux missions liées à l’Action de l’Etat en Mer (AEM) : recherche et sauvetage,  lutte contre des sinistres en mer, remorquage d’un navire de taille équivalente, possibilité de dresser un barrage flottant antipollution…

Modernisation de la flotte des « Affmar »

Pour les Affaires maritimes, la commande du PAM Med est un évènement très important car il s’agit du premier programme de construction neuve d’envergure de cette administration depuis le patrouilleur Thémis, livré en 2004 par CMN, et juste avant les quatre vedettes de 17 mètres (Callisto, Deimos, Telesto et Phobos) construites par Ocea en 2001. Cette commande s’inscrit dans le cadre d’un plan de renouvellement de la flotte, en particulier les vieilles vedettes de surveillance régionales. Pour assurer la succession des Mauve et Gabian, il a été décidé de faire construire un bateau nettement plus grand, mais ce sera du « un pour deux ». L’objectif de la DAM est en effet de réaliser cette évolution à effectifs constants, sachant que les deux équipages armant chaque VSR ne comprennent que 8 marins chacun, soit deux fois moins que le personnel nécessaire pour le futur patrouilleur. Pour la suite, les Affaires maritimes devront prendre une décision quant à la succession de la vedette Armoise, datant de 1995, puis du patrouilleur Iris, construit en 1989 et exploité depuis 1997 par les Affmar. A l’horizon 2024, il est en tous cas probable que chacune des quatre grandes directions interrégionales de la mer (DIRM) dispose d’un patrouilleur.

Les discussions se poursuivent sur l’évolution du dispositif

Les discussions se poursuivent par ailleurs au sein du ministère et avec les organisations syndicales quant à l’évolution du dispositif après l’arrivée du PAM Med, qui sera donc basé à Marseille, où il remplacera la VSR Mauve. Mais il succèdera aussi au Gabian, qui est lui basé à La Rochelle. Parmi les pistes évoquées, il y a toujours celle d’un départ de l’Iris de Lorient vers La Rochelle et le repositionnement de l’Armoise plus à l’ouest, entre Le Havre et Cherbourg, afin de mieux couvrir la Manche depuis une position centrale. Cela, alors que le Thémis pourrait quant à lui quitter Cherbourg pour prendre ses quartiers à Brest afin de pouvoir couvrir à la fois la Manche et l’Atlantique. La DAM espérait conclure un accord à la fin de cet été mais, pour l’heure, aucune décision n’a encore été annoncée. Les concertations se poursuivent et les arbitrages manifestement renvoyés à 2020.

Ocea confirme son retour sur le marché national

Du côté d’Ocea, cette commande est aussi une grande nouvelle car, après celle de la Douane pour deux nouvelles vedettes garde-côtes de 31 mètres, elle confirme le grand retour du chantier vendéen sur le marché national. Réalisant depuis des années l’essentiel de son chiffre d’affaires à l’export, Ocea, qui s’est doté aux Sables d’Olonne d’un outil industriel moderne et très performant, a enregistré de nombreux succès et réussi son lancement sur le segment des grands navires en aluminium. Grâce à son nouveau chantier, mais aussi son savoir-faire de 30 ans et une R&D continue sur ce matériau, il a pu sortir en 2015 deux navires hydrographiques de 60 mètres du type OSV 190 pour l’Indonésie. Puis, l’année suivante, un premier patrouilleur de 58 mètres du type OPV 190 pour le Sénégal, avant de signer avec les Philippines pour un premier 84 mètres (OPV 270), qui va bientôt être livré. Un second pourrait suivre et un OSV 190 de plus va être construit pour le Nigéria.  

Avec l’OPV 150 des Affaires maritimes, Ocea ajoute un nouveau modèle à sa gamme de patrouilleurs, en plus de l’OPV 230 (72 mètres) qui a été proposé à la Marine nationale dans le cadre de la compétition pour les six nouveaux patrouilleurs d’Outre-mer (POM). Si ces derniers devraient plutôt échoir à un autre constructeur, comme on le murmure depuis des semaines dans les coursives, les Vendéens ont encore de belles opportunités à saisir sur le marché national. Et notamment auprès d’administrations comme les Affaires maritimes, qui seront amenées à faire construire d’autres unités dans les années qui viennent, ou encore la Marine nationale avec en particulier les nouveaux projets de vedettes et patrouilleurs destinés à la Gendarmerie maritime.

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