Construction Navale
ODC Marine livre le premier bateau à passagers électrique avec piles au lithium

Actualité

ODC Marine livre le premier bateau à passagers électrique avec piles au lithium

Construction Navale

Une propulsion sûre, propre et économique. C'est l'objectif d'Ecocano, mis en service mi-septembre, à Sète, au sein d'Azur Croisières. Longue de 10.8 mètres pour une largeur de 4 mètres, cette vedette en aluminium, d'une capacité de 52 places, est le premier bateau à passagers au monde à être équipé de piles au lithium (fer phosphate). Ce mode de propulsion électrique présente des atouts environnementaux (propre et silencieux) mais aussi techniques (absence de vibrations, simplicité d'utilisation, coûts d'exploitation réduits, maniabilité). Très légère par rapport au plomb, la batterie lithium fer phosphate semble promise à un bel avenir. Conçue pour 3000 cycles de charges et décharges, soit 10 ans d'exploitation, elle est présentée commme très sûre. Ainsi, en cas de court-circuit, de surcharge ou de choc, elle ne peut pas prendre feu ni exploser. « C'est actuellement la seule batterie propre. Il s'agit de l'avenir de l'une des voies d'avenir de la batterie car elle est constituée de matériaux abondants et sera bientôt utilisée dans le secteur automobile et ferroviaire, soit une baisse des prix à prévoir dans le temps », explique-t-on chez ODC Marine, concepteur et constructeur du bateau de Sète. Gildas Olivier, Stéphane Gonnetand et Laurent Fourré, tous trois Français, sont les uniques actionnaires de la société, dont la particularité est d'avoir son chantier en Chine avec des capitaux 100% tricolores, ce qui est assez rare.

L'Ecocano à Sète   (© : ODC MARINE)
L'Ecocano à Sète (© : ODC MARINE)

L'Ecocano à Sètes   (© : ODC MARINE)
L'Ecocano à Sètes (© : ODC MARINE)

« Des coûts comparables à un bateau diesel »

Depuis un an, ODC Marine s'est lancé sur le segment des bateaux propres, avec pour objectif que l'adoption de cette technologie n'impose pas de limitation d'utilisation aux propriétaires. « Les bateaux électriques actuels manquent de puissance et d'autonomie, ou alors coûtent excessivement cher. C'est pourquoi nous nous sommes tournés vers les batteries lithium et les moteurs à courant continu tout en gardant des coûts comparables à un bateau diesel, grâce a une construction dans notre chantier en Chine. Le bateau actuel a un design spécifique qui lui permet de passer sous les ponts des canaux de Sète, mais il est aussi homologue en 4ème catégorie pour naviguer sur l'étang de Thau. Le suivi de construction a été effectue par le bureau Veritas et nous avons reçu la visite des Affaires maritimes en Chine », explique Gildas Olivier.

Batteries de l'Ecocano   (© : ODC MARINE)
Batteries de l'Ecocano (© : ODC MARINE)

Le plein à moins de 5 euros par jour

La vedette exploitée à Sète a donc été réalisée à Dalian, avant d'être transportée en France par porte-conteneurs. Pour cette première mondiale, ODC Marine n'a pris aucun risque. Le bateau, propulsé par deux moteurs de 20 kW chacun, peut atteindre la vitesse de 8 noeuds (6 noeuds en croisière). Il a, non seulement, été doté de ses batteries au lithium, mais également d'un groupe électrogène pouvant faire avancer le bateau à 5 noeuds ou recharger les batteries. Mais, surtout, la vedette pouvait être reconvertie immédiatement avec une propulsion diesel. Cette solution de secours, prévue en cas de problème, n'a pas été employée. En effet, après avoir été homologué par les Affaires maritimes françaises, le bateau a donné toute satisfaction. Le propriétaire a même constaté qu'après une journée d'exploitation, les batteries n'étaient déchargées qu'à 50%. Le « poste combustible » est réduit, dans le même temps, à un niveau insignifiant. Faire « le plein » coûte, en effet, moins de 5 euros par jour (sur une base de 8 centimes d'euro par kWh - tarif pro EDF - et une consommation de 30 kW par jour et par moteur). Du coup, le prix du billet payé par un seul passager suffit à couvrir le coût énergétique quotidien !

Compartiment moteurs de l'Ecocano   (© : ODC MARINE)
Compartiment moteurs de l'Ecocano (© : ODC MARINE)

Cap sur les vitesses élevées

Après ce premier succès, ODC Marine va réaliser d'autres unités pour le marché français. Le chantier travaille aussi sur de nouveaux projets, notamment dans la perspective de réaliser des navires électriques plus rapides. « En nous basant sur la réussite de ce système nous développons actuellement des bateaux plus rapides de série afin de baisser les coûts à l'achat. Nous proposerons prochainement des bus de mers de 50 places, 100 places et 150 places pouvant monter à 15 noeuds, ainsi que des petites vedettes de 12 places pour les ports », précise Stéphane Gonnetand. Pour dessiner ses bateaux, ODC Marine s'appuie sur le troisième partenaire, Laurent Fourré, et son cabinet d'architecture FTM, basé en Vendée. Ce dernier fournit clients et plans au chantier de Chine. Les études de réalisations techniques sont, quant à elles, traitées en interne, ce qui permet, grâce à des coûts de main d'oeuvre et de fournitures moins importants en Chine, de proposer des prix très compétitifs. Enfin, des solutions de financements sont mises en oeuvre avec la société française Sealease, spécialisée dans le financement de bateaux pour les professionnels. La gamme électrique développée par les deux partenaires pour le leasing a pour nom « S3 » (Sustainable Sea Shuttle).

Le chantier de Dalian   (© : ODC MARINE)
Le chantier de Dalian (© : ODC MARINE)

Grâce aux progrès technologiques et aux politiques en faveur du développement durable, le chantier espère multiplier les projets de bateaux propres. Des bateaux électriques rapides, catamarans ou trimarans coque fine, bateaux-bus avec cabine, sous-marins de poche... Les idées ne manquent pas et, en plus des piles au lithium, ODC Marine propose de rendre les bateaux encore plus autonomes en y ajoutant panneaux solaires et éoliennes. Ces équipements pourraient, notamment, servir à recharger les batteries.