Construction Navale
Offshore : La Norvège fait le dos rond en préparant l'avenir

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Offshore : La Norvège fait le dos rond en préparant l'avenir

Construction Navale

Le Sunnmore, région de fjords de la côte ouest norvégienne, est, depuis près de quarante ans, le temple de l’offshore et le siège d’un des clusters maritimes les plus efficaces au monde. Près d’une quinzaine de chantiers navals, parmi lesquels les plus emblématiques comme Vard, Kleven, Ulstein ou Havyard, des centaines d’équipementiers et designers, Rolls-Royce Marine en tête, et une dizaine d’armateurs, dont Havila, Island Offshore ou encore Remoy… le tout représentant des milliers d’emplois dans cette région un peu lointaine à la géographie très contraignante. Un pôle de compétence remarquable a émergé au fil des années grâce notamment à l’esprit d’entreprise mais également la grande solidarité : « nous coopérons dès que nous le pouvons, nous sommes concurrents quand nous y sommes obligés », explique ainsi un équipementier local.

Depuis la fin de l’année 2014, le Sunnmore est face à une crise que même les patrons les plus aguerris du secteur, pourtant très habitués à la volatilité du prix du pétrole, qualifient de sans précédent. La chute spectaculaire, brutale et totalement imprévisible du baril du brut a pris de court le secteur offshore dans son ensemble et le cluster norvégien en particulier. Dès le début de l’année 2015, les contrats d’affrètement des navires de servitude, sismiques et de construction offshore ont sévèrement marqué le pas, premiers symptômes des coupes dans les budgets d’explorations des majors pétrolières. L’ensemble du secteur de l’Oil&Gas norvégien est, depuis, violemment touché et on évoque déjà le chiffre de 11.000 emplois en moins depuis le début de l'année. En plus de l’effet mondial du prix du pétrole, s’ajoute la forte dépendance du secteur au plateau continental norvégien où le ralentissement est particulièrement sensible, ainsi que les très mauvais signaux envoyés du Brésil, où les scandales de corruption autour de Petrobras empêchent la progression des projets en cours.

Plus de commandes dans les chantiers

Dans la région du Sunnmore,  les bateaux, même les plus récents et sophistiqués sortis des chantiers, ne naviguent plus : les mouillages dans les fjords se remplissent et certains armements ont annoncé des mesures sociales dès le mois de mars. Moins de contrats d’affrètements, un nombre croissant de bateaux désarmés… et plus du tout de commandes dans les chantiers. Certains avaient fait le plein avant la crise, à l’image de Kleven qui a enregistré une méga-commande de releveurs d’ancres pour Maersk à l’automne dernier, d’autres se diversifient comme Ulstein qui construit pour l’éolien offshore et qui propose de nouveaux designs pour le subsea. Mais pour d’autres, comme Vard ou Havyard, il n’y a plus grand-chose sur les tablettes : un accord a été trouvé avec les syndicats pour réduire la semaine de travail à quatre jours en attendant des jours meilleurs, les commandes sont un peu étalées … mais près de 800 postes, dont 300 chez Rolls-Royce Marine, ont déjà été supprimés au sein des entreprises locales.

Innover pour le futur

Face à cette situation, les Norvégiens font bloc, comme à leur habitude. En attendant un rebond, espéré en 2016, ils « rationalisent » leur production et réfléchissent à la réduction des coûts, notamment via la standardisation. « Une entreprise qui n’a pas eu à traverser de difficultés ne peut pas être compétitive. Il nous faut travailler pour préparer la suite » , résume ainsi sobrement Age Remoy, patron de Rem Offshore, cité par le journal  économique Finans Avis. « Le futur de la Norvège, c'est de garder notre longueur d'avance, c'est pourquoi nous allons continuer à beaucoup investir dans l'innovation, la recherche et le développement »,  a de son côté déclaré Erna Solberg, premier ministre de Norvège en ouverture du salon Nor-Shipping à Oslo hier. Peu après, le gouvernement a également annoncé plusieurs mesures en faveur du pavillon norvégien. Dans ce pays,  où la mer est au centre de l'économie, le pragmatisme collectif et coordonné semble être la réponse la plus évidente à la crise. 

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