Marine Marchande
OFW Ships confronté à des difficultés sociales et financières

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OFW Ships confronté à des difficultés sociales et financières

Marine Marchande

OFW (Ocean Fresh Water) Ships rencontre des difficultés financières et la CFE CGC Marine s’est faite le relais de la « très vive inquiétude des personnels ». Les salaires des navigants ont été versés avec du retard en juillet et sont encore en attente pour le mois d’août. OFW, qui a converti un ancien ferry en navire-usine (l'Odeep One, actuellement à Sète) pour embouteiller de l’eau mer rendue consommable après avoir été désalinisée, compte environ 35 salariés, dont 25 navigants, selon son dirigeant, Régis Revilliod. La CFE CGC évoque pour sa part une trentaine de navigants et une vingtaine de « sédentaires ». 

Le syndicat représentatif des officiers de la compagnie indique que ceux-ci « s'attendent comme cela leur a été annoncé fin août par le dirigeant, à être mis sous la protection du Tribunal de Commerce de Nanterre, le plus tôt possible.  Nous estimons que chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus d'une cessation de paiement, si ce n'est pas déjà le cas ». Ils espèrent qu’un redressement judiciaire permettra de poursuivre le projet, et qu’un plan d’observation permettra de rechercher un plan de continuation et d’éviter une liquidation de la compagnie.

Joint par Mer et Marine, Régis Revilliod, président et fondateur de la société en 2013, répond qu’il a déposé un dossier pour l’ouverture d’un redressement judiciaire. Cependant, « déposer un dossier c’est une chose et avoir une date pour une audience devant un juge, c’en est une autre », ajoute-t-il, estimant qu’ « il va certainement falloir attendre un certain temps car au tribunal de Nanterre il y a des dizaines de milliers de dossiers déposés ». Or, la société ne sera en redressement judiciaire qu’à compter du jugement, explique-t-il, ce qui permettra à l’assurance de garantie des salaires de payer ces derniers.

Comment expliquer ces difficultés financières ? Régis Revilliod met en cause « un stock de gel hydroalcoolique de plus de 4 millions d’euros d’invendus (1.2 million de bouteilles) qui met en difficulté la société puisque nous sommes en manque de trésorerie ». Pendant le confinement, OFW s’était lancé dans la production de gel hydroalcoolique, sortant « 2.5 millions de bouteilles en 21 jours ». Pour redresser la barre, il affirme avoir « un contrat en cours que je dois honorer, qui est un énorme contrat dont je ne peux pas parler (…) On peut s’en sortir et on va s’en sortir ».

Pour sa part, alors que les officiers français se trouvent seuls à bord, la CFE CGC Marine dénonce « un certain mépris des personnels » et s’inquiète « du fossé entre la situation d'un navire, qui ne peut techniquement et humainement pas reprendre la mer, ni même effectuer une simple manoeuvre, et celle d'un armateur qui semble croire à un redémarrage rapide de ce dernier, apparaissant donc déconnecté des réalités techniques, financières et humaines d'Odeep One ». En conséquence, « afin de limiter les coûts opérationnels de cette période d'observation, et pour garantir aussi la sécurité, nous attendons aussi que soit organisé, en urgence, le désarmement complet du navire et sa mise en gardiennage à un quai dans des conditions de sécurité optimum, en collaboration avec le port de Sète et les Affaires maritimes ». Une stratégie à laquelle se refuse Régis Revilliod. « Le désarmement sec du bateau, c’est le licenciement de tout le monde, c’est ce que j’essaie d’éviter », dit-il, tout en ajoutant qu’il ne veut pas avoir à réarmer son navire : « désarmer un bateau, c’est la mort ».

OFW a acquis en 2019 le Petersburg, un ancien ferry de 190 mètres de long pour 28 de large construit en 1986. Il a été converti en bateau usine pour pomper, traiter et embouteiller à bord de l’eau des grandes profondeurs afin qu’elle soit consommable. L’idée étant de distribuer cette eau notamment sur le marché asiatique. Le navire, sous pavillon Panama, a un équipage français. Il a rejoint le port de Sète en fin d’année dernière.

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