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Opération Amitié : le MN Calao et le PHA Tonnerre viennent en aide au Liban

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Opération Amitié : le MN Calao et le PHA Tonnerre viennent en aide au Liban

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Deux navires français sont venus apporter leur soutien aux Libanais, dans le cadre de l’opération Amitié. Une opération déclenchée le 4 août, juste après les explosions qui ont ravagé le port de Beyrouth et une partie de la capitale. Elle a permis de déployer et d’acheminer des moyens humains et matériels par voie aérienne et maritime afin de soutenir le pays. Il s'agit en particulier de fournir une assistance en matière de génie terrestre lourd, des experts pour la remise en état du port et d’apporter des dons au profit de la population.

Dernier en date à parvenir au Liban, le MN Calao, l’un des rouliers de la Maritime nantaise affrétés pour le transport logistique des armées françaises, a appareillé le 12 août de Toulon et accosté dans le port libanais le 17. À son bord, quelque 1000 tonnes de fret humanitaire dans une centaine de conteneurs, une centaine de véhicules et engins de l’armée de Terre et huit véhicules du bataillon des marins-pompiers de Marseille. Ces derniers seront offerts aux forces de secours locales. L’aide du Calao pour répondre à l’urgence vient en complément du pont aérien assuré par l’armée de l’Air.

Le roulier est lui-même arrivé dans le sillage du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre, arrivé le 14 août, avec 700 marins, soldats et aviateurs, à son bord. Mais aussi 96 tonnes de fret humanitaire et une cinquantaine d’engins et de véhicules, un EDA-R (Engin de débarquement amphibie rapide), deux CTM (chalands de transport de matériel) et deux hélicoptères (un Caracal et une Alouette III).

La France n’est évidemment pas seule à être venue en aide au Liban. Le Royaume-Uni a par exemple envoyé le HMS Entreprise, un bâtiment multi-missions de survey. Une aide d’urgence de 252 millions d’euros a été débloquée. Spécialistes de catastrophes, ingénieurs et logisticiens ont été dépêchés, tandis que des médicaments, hôpitaux mobiles et abris ont été envoyés. 

 

(© MARINE NATIONALE)

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La capitale libanaise a été ravagée par l’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sur le port depuis sept ans, juste à côté de zones densément peuplées de la ville. Produit destiné à la confection d’engrais comme d’explosifs, il est aussi à l’origine de la catastrophe d’AZF à Toulouse le 21 septembre 2001 (31 morts et 2500 blessés). À Beyrouth, 180 personnes ont été tuées, une trentaine sont encore portées disparues et plus de 6000 autres ont été blessées. Au moins six navires dans le port ont été endommagés et un paquebot, l'Orient Queen, a coulé. Les dégâts dans ce pays déjà fragile économiquement ont été estimés à 15 milliards de dollars. Il faut notamment réparer les bâtiments endommagés (40.000, selon l’ONU) et le port alors que selon certains témoignages, les matériaux de construction (verre, aluminium) manquent.

 

(© MARINE NATIONALE)

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Le nitrate d’ammonium à l’origine du drame avait été chargé dans le port géorgien de Batoumi, sur les rives de la mer Noire, en septembre 2013 à bord du Rhosus, un petit cargo de 86 mètres battant pavillon moldave. En route pour Beira, au Mozambique, où il doit livrer le nitrate d’ammonium à la Fábrica de Explosivos Moçambique (FEM), il escale en novembre à Beyrouth. Il y est retenu après que des défaillances aient été relevées lors du contrôle de l’Etat du port. Le navire (appartenant à une société enregistrée au Panama, et armé par une société basée à Chypre appartenant à un homme d’affaires russe, semble-t-il) a finalement été abandonné. Son équipage, des marins ukrainiens et russes, est resté plusieurs mois bloqué au Liban.

La cargaison de nitrate d’ammonium, elle, n’a jamais quitté le pays. Déchargée en 2014, elle a été stockée dans un silo à grains sur le port, jusqu’à son explosion le 4 août 2020. Il semble que ce soit des travaux de soudures menés à proximité pour sécuriser l’entrepôt qui ont déclenché un feu et l’explosion. Les circonstances ayant amené à abandonner une cargaison aussi dangereuse à proximité immédiate de la ville pendant plusieurs années restent encore mystérieuses. Le directeur général des douanes libanaises a été arrêté lundi dernier dans le cadre de l’enquête. Mais le président et le premier ministre libanais avaient été informés en juillet de risques pesant sur la sécurité du stock. Vivement contesté, le président Michel Aoun a limogé son gouvernement, tout en le maintenant en intérim.

Infrastructure vitale pour le pays, notamment pour l’approvisionnement alimentaire, le port a annoncé que « quelques jours après l'explosion catastrophique du port de Beyrouth, les opérations de manutention ont repris pleinement ». Le 10 août, le CMA CGM Nicolas Delmas avait pu être opéré et les lignes avaient repris selon les routings et horaires habituels, annonçait la compagnie qui pointait que « les dommages causés au terminal de Beyrouth (sont) moins importants qu'attendu ». Entre temps, un plan de continuité des activités avait été mis en place, en desservant Tripoli, plutôt que Beyrouth.

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