Marine Marchande
Orange: «les capacités de nos câbles transatlantiques fortement augmentées»

Interview

Orange: «les capacités de nos câbles transatlantiques fortement augmentées»

Marine Marchande

Avec le confinement, l'utilisation d'Internet a profondément changé. Pour pouvoir assurer ces nouveaux usages, Orange a réussi à augmenter très rapidement la capacité de son réseau transitant par ses câbles sous-marins. L'occasion de faire le point avec Jean-Luc Vuillemin, directeur des réseaux et services internationaux de l'opérateur. Il revient également sur l'activité de la flotte d'Orange Marine, avec la concentration des efforts sur les navires de maintenance et le possible arrêt des navires de pose.

MER ET MARINE : Suite à l’annonce du confinement et donc d’une modification de l’utilisation d’internet, Orange a augmenté la capacité de son réseau transitant par les câbles transatlantiques. Pourquoi une telle opération ?

JEAN-LUC VUILLEMIN : En effet, nous avons lancé rapidement les travaux nécessaires pour faire face à une augmentation de l’utilisation d’internet. Celle-ci se traduit par une utilisation plus continue du réseau, notamment pour la vidéo : là où il y avait, en temps normal, un pic le matin et le soir, il y a désormais une utilisation continue durant toute la journée. Nous sommes équipés pour cela puisque nous avons des réserves dans le réseau, mais nous devons surtout faire face à d’éventuels pics dans ces nouveaux usages plus intenses. C’est pour cela que nous avons augmenté la capacité de notre réseau transatlantique puisqu’en France, notre internet dépend largement des Etats-Unis.

Comment augmente-t-on cette capacité qui transite par les câbles sous-marins ?

Il faut savoir que les câbles installés n’ont pas, en eux-mêmes, une capacité. Celle-ci est en fait déterminée par les équipements à chaque extrémité : les WDM (Wavelength Division Multiplexing) qui permettent de multiplexer les longueurs d’onde, c’est-à-dire de faire circuler les ondes laser qui transmettent les signaux dans la fibre optique du câble sous-marins. En rajoutant des lasers, on rajoute de la capacité de transmission.

Pour cela, il ne suffit pas de rajouter des équipements à chaque extrémité du câble sous-marin. Il faut connecter de bout en bout les points d’utilisation. Concrètement, il faut rajouter des câbles de fibre optique terrestres de chaque côté pour faire transiter ces capacités supplémentaires et assurer la continuité de bout en bout. Là, en l’occurrence, il a fallu relier notre point d’utilisation de Paris à la station de départ du câble en Angleterre. Et pareil de l’autre côté entre notre point d’atterrissage à proximité de New-York vers notre centre basé à Washington. Ces travaux ont été menés en 15 jours dans un contexte compliqué par le confinement en France et dans l’Etat de New-York. Mais ils ont été menés à bien. Désormais nos capacités sont significativement augmentées et ce sur plusieurs câbles, pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier.

Comment cela se passe-t-il pour les départements d’Outre-mer ?

Pour la plaque Caraïbes-Antilles, nos départements sont raccordés au réseau des Etats-Unis puis, vers la métropole, par les mêmes câbles transatlantiques dont nous avons augmenté la capacité. Ils sont donc « couverts ».

Pour Mayotte et la Réunion, nous avons deux câbles : un qui passe par la côte ouest via Johannesburg et le Portugal puis par voie terrestre jusqu’en France, un autre qui transite par le Kenya, la mer Rouge et qui se reconnecte sur les grands câbles entre l’Europe et l’Asie. Ces câbles ont, tous deux, été touchés par des pannes et coupures récemment. Nos navires sont intervenus, le Léon Thévenin au large du Congo et les René Descartes et l’Antonio Meucci en Méditerranée. Et la situation est désormais rétablie sur les deux voies.

Orange Marine arme une flotte de sept navires, quatre sous pavillon français et trois sous pavillon italien. Comment vous organisez-vous, en tant qu’armateur, dans le contexte compliqué du confinement ?

Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes que tous les armements, notamment pour les relèves d’équipage. Au moment où le confinement a été décidé, tous nos navires étaient à la mer donc en quarantaine de facto. Mais il va falloir relever les marins et c’est très compliqué. En Asie, c’est quasiment impossible de faire arriver un équipage de 80 Français pour une relève montante. Nous allons donc sans doute décider de mettre l’activité de pose en stand-by et de désarmer provisoirement les navires concernés le temps de la crise. C’est une activité commerciale, et même si évidemment nous allons prendre du retard, nous pouvons le faire.

En revanche, l’activité de maintenance est, elle, cruciale pour la population. On ne peut pas se permettre une coupure d’internet et il faut donc que nous puissions assurer la réparation des câbles dont nous avons la garde. Nous sommes donc actuellement en discussion avec nos marins pour trouver des solutions pour nos navires Pierre de Fermat, qui garde la zone Atlantique Nord, Raymond Croze et Antonio Meucci en Méditerranée, et Léon Thévenin dans l’Atlantique Sud et l’océan Indien. Ensemble, avec nos équipages, nous regardons comment tout faire pour assurer nos missions. Les tests sont une des pistes, mais ils sont très compliqués à obtenir. Et les autorités de Santé n’ont pas actuellement finalisé leur doctrine d’utilisation des tests dans les milieux professionnels ou maritimes C’est donc encore plus compliqué. Mais nous travaillons activement à une solution qui préserve nos marins et notre mission.

Propos recueillis par Caroline Britz, mars 2020, Mer et Marine

 

Câbles sous-marins