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Ostréiculture : Une huître espionne pour piéger les voleurs

C’est une petite révolution dans l’univers de l’ostréiculture. Depuis juillet dernier, une société d’assurance a accepté d’assurer les huîtres contre le vol. La présence d’huîtres connectées dans les concessions est à l’origine de cette décision. À Plougrescant (22), un ostréiculteur teste ce dispositif.

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Les voleurs risquent de ne pas digérer cette huître connectée. Emmanuel Parlier, patron de Flex Sense, l’ouvre facilement. Il dévoile ainsi le cœur du mouchard : une carte électronique alimentée par une pile, qui affiche une autonomie de 60 mois. Les pieds dans le sable du parc ostréicole de Plougrescant, Emmanuel Parlier vient équiper Christian Le Coadou de trois huîtres espionnes.

 

 

Avec sa coquille gris-vert en relief, l’huître espionne ressemble comme deux gouttes d’eau au vrai mollusque. Après plusieurs cycles de marée, elle devient difficilement repérable. Placée dans une poche à huître, l’espionne dort tranquillement. En cas de mouvement, une alerte est envoyée par SMS à l’ostréiculteur. La traque peut alors démarrer si un voleur s’est servi sur sa concession. Une application permet de suivre à la trace la poche piégée. Le mouchard est équipé pour transmettre sa position géographique. Pendant 52 jours, il envoie un message toutes les minutes précisant ses coordonnées.

Beaucoup d’aléas

 

Ce concept a été imaginé par Emmanuel Parlier, expert judiciaire dans le milieu de l’aquaculture et président de Flex Sense. Après 36 mois de développement et un budget de 700 000 € investis en recherches et développement, ce produit est commercialisé depuis mars dernier. « En juillet, il y a eu une rupture fondamentale dans l’ostréiculture. Avant, les parcs en mer n’étaient pas assurables. Les assureurs ne savaient pas quelles étaient les quantités d’huîtres qui étaient mises en mer », indique-t-il. Les assureurs ne pouvaient pas déterminer la cause de la disparition des huîtres. Mortalité ou vol ? « Est-ce qu’il y avait vraiment des huîtres qui avaient été mises en mer ? Il y avait beaucoup d’aléas. Comme les assureurs n’aiment pas beaucoup les aléas, ils avaient décidé de se désengager et de ne pas assurer ». Les « gros antivols » développés par Flex Sense, qui existe depuis juillet 2015, ont changé les données de ce problème.

 

 

Une carte électronique est embarquée dans l’huître connectée.

Assurance contre le vol

 

« À partir du moment où on déploie une huître connectée sur le terrain, elle va protéger à peu près 20 poches. C’est 200 kg. À 10 € quand c’est bien vendu, vous arrivez à 2000 € ». Si un ostréiculteur s’équipe avec les huîtres connectées de Flex Sense, il bénéficie d’une assurance contre le vol. C’est une première. Emmanuel Parlier a réussi à convaincre un assureur. « On a discuté pendant quasiment deux ans avec eux. Si l’ostréiculteur est équipé de trois huîtres connectées, il est assuré pour 60 poches. L’assureur a fait confiance à Flex Sense en considérant que notre technologie était suffisamment aboutie ».

 

Plusieurs milliers de tonnes d’huîtres sont volées tous les ans. Les professionnels ont ainsi été naturellement séduits par ce mouchard : « Aujourd’hui, je n’ai plus une seule huître à vendre », précise Emmanuel Parlier, qui ne veut pas donner le détail des parcs à huîtres équipés dans la région. Sa société, qui est basée à la Roche-sur-Yon, a réalisé un chiffre d’affaires de 86 000 € avec ce produit. Avec un abonnement mensuel de 10 € ou un achat de 240 € l’unité, c’est au total 8 600 de ces gadgets qui attendent aujourd’hui les mouvements suspects dans l’eau.

Une vingtaine d’ostréiculteurs travaillent sur la zone ostréicole de Plougrescant.

« C’est du chapardage »

 

« On travaille sur toute la France et également à l’internationale ». Flex Sense a aussi imaginé des écorces connectées pour le bois précieux. Près des Nantes, ce sont même les endives qui sont connectées.

 

« J’ai accepté de faire un essai. Je ne connaissais pas cette solution. Ça peut faire boule de neige pour les autres. Pendant l’été, on a eu pas mal de poches d’ouvertes. C’est du chapardage. Il n’y a pas eu de grosses quantités volées », témoigne Christian Le Coadou, ostréiculteur à Plougrescant. Il a été sollicité par Lannion-Trégor Communauté pour tester ce dispositif. « Sur la zone, on est un peu tranquilles par rapport à d’autres secteurs où il y a plus de vols », poursuit l’ostréiculteur, qui est installé sur ce site depuis 1984. À deux ans de la retraite, il n’a pas hésité à tester gratuitement ce système : « Dix euros par mois pour une huître, ce n’est pas énorme », conclut-il.

Un article de la rédaction du Télégramme