Défense
OSV 190 MCM : Ocea se lance dans la guerre des mines avec DCI et ECA

Focus

OSV 190 MCM : Ocea se lance dans la guerre des mines avec DCI et ECA

Défense

Le chantier vendéen Ocea a récemment conclu avec Défense Conseil International et ECA un accord permettant de proposer une solution française complète de guerre des mines basée sur l’emploi de drones à partir d’un bateau-mère. Chaque partenaire apporte des compétences complémentaires afin d’offrir une prestation globale comprenant une plateforme en aluminium économique et adaptée à ce type de mission ainsi que des robots spécialisés dans la détection, l’identification et la destruction de mines. Mais aussi, et c’est un atout crucial, l’apprentissage de l’expertise liée à la guerre des mines, un domaine de lutte très pointu dans lequel la marine française est considérée comme l’une des plus efficaces au monde. Or, c’est précisément cette compétence que DCI, opérateur du ministère de la Défense chargé depuis 40 ans du transfert de savoir-faire des armées françaises vers les pays alliés, apporte via des prestations de formation dans le cadre du partenariat avec Ocea et ECA.

Nouveau marché 

Réalisant l’essentiel de son chiffre d’affaires à l’export et comptant 80 clients à travers le monde, notamment des marines d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine, Ocea, l’un des grands spécialistes français des navires en aluminium, n’avait pas, jusqu’ici, travaillé sur le segment de la guerre des mines. Mais le constructeur y est venu naturellement grâce à son expérience, ses réalisations de plus en plus grandes, ainsi que de l’évolution de ce domaine de lutte, pour lequel la tendance actuelle est de protéger les hommes en les éloignant de la zone de danger grâce à l’emploi de robots.

 

Le ROV SeaScan (© : ECA)

Le ROV SeaScan (© : ECA)

 

L’emploi des drones

Pour se faire, un concept opérationnel voit le jour : l’utilisation depuis la côte ou de bateaux-mères de moyens robotisés complémentaires : de gros drones sous-marines, connus sous le nom d’AUV (Autonomous Underwater vehicles) et dotés notamment de sonars permettant de balayer de grandes zones, ainsi que des drones de surface (Unmanned Surface Vehicles – USV) capables d’intervenir rapidement et de mettre en œuvre un sonar remorqué, mais aussi des AUV ou robots télé-opérés (Remoted Operated Vehicles - ROV) chargés, une fois les mines potentielles détectées par les sonars, de se rendre à proximité pour les identifier au moyen par exemple de caméras, puis une fois la menace confirmée et classifiée, de la détruire. Pour cela, les ROV déposent une charge explosive près de la cible. Une autre technique passe par l’utilisation de robots consommables dits « Mine Killers », dotés d’une charge creuse et qui se font exploser au contact de la mine.

 

L'USV Inspector Mk2 (© : ECA)

L'USV Inspector Mk2 (© : ECA)

 

Le concept de bateau-mère

Pour mettre en œuvre à partir de la mer l’ensemble de ces moyens, il faut des donc des navires capables de stocker et entretenir les différents robots, les déployer et les récupérer facilement et en toute sécurité, tout en disposant de locaux permettant d’accueillir les opérateurs chargés de contrôler les opérations. Par rapport aux chasseurs de mines actuels, c’est un nouveau paradigme qui voit le jour, avec des bateaux qui n’ont plus besoin d’évoluer directement dans les champs de mines. Cela permet par exemple de disposer de bâtiments un peu plus grands et rapides, avec une autonomie plus forte et donc une capacité de projection bien supérieure aux moyens actuels. D’autant que les systèmes de drones sont conçus pour être conteneurisables et peuvent donc être déployés par avion, indépendamment des bateaux-mères.

 

Le ROV K-Ster (© : ECA)

Le ROV K-Ster (© : ECA)

 

Selon les différentes simulations réalisées, mais aussi les premiers retours d’expérience des systèmes déjà opérationnels, on constate que la surface couverte par les moyens dronisés est environ trois fois supérieure à ce qui se pratique jusqu’ici avec les chasseurs de mines traditionnels. Le gain de temps pour « nettoyer » une zone est donc significatif, tout en limitant au maximum les risques pour les hommes. Toutefois, on ne peut pas exclure que le bateau-mère puisse se retrouver sans le vouloir dans un champ de mines, dont par définition on ne connait pas initialement la position. Il est donc préférable de disposer de navires offrant tout de même un bon niveau de protection face à cette menace.

L’aluminium protège naturellement des mines

C’est là que l’emploi de coques en aluminium constitue un véritable atout puisqu’elles offrent une réponse à trois des quatre grandes sources d’excitation des mines: le magnétisme, le champ électrique et la pression. « L’aluminium est par nature amagnétique, contrairement aux navires en acier et il génère une cage de Faraday qui protège contre les perturbations électriques, ce qui n’est pas le cas des coques en composite. En plus, il est plus léger que l’acier. Par conséquent, les variations de pression appliquée par un bateau dans l’eau  et auxquelles certaines mines sont sensibles est moindre. Nous avons pu confirmer ces avantages par les biais de mesures, qui nous ont permis de constater que nos plateformes étaient très bonnes par rapport aux différents points de sensibilité des mines », explique-t-on chez Ocea.  

L’aluminium offre en effet un atout supplémentaire sur le quatrième point de sensibilité des mines : l’acoustique. Plus légères, les coques nécessitent, pour atteindre la même vitesse qu’un bateau en acier, moins de puissance et génèrent donc mécaniquement moins de bruits rayonnés. S’y ajoute ensuite toute l’expérience acquise par Ocea depuis 30 ans pour réduire les vibrations des appareils propulsifs, avec des résultats assez remarquables comme on a pu le constater en mer à bord du patrouilleur hauturier Fouladou, livré le 26 octobre par le chantier vendéen à la marine sénégalaise. « Nous avons réalisé un très gros travail sur l’architecture navale et la conception des carènes, l’hydrodynamisme et les émissions de bruits. Les innovations que nous avons développées ont été validées sur les deux OSV de 60 mètres que nous avons livrés en 2015 à la marine indonésienne. Ces bâtiments sont extrêmement silencieux, ce qui est impératif pour la qualité des données recueillies en hydrographie, qui constitue leur mission principale ».

 

Le navire hydrographique indonésien KRI Spica (© : MICHEL FLOCH)

Le navire hydrographique indonésien KRI Spica (© : MICHEL FLOCH)

 

Tous les drones d’ECA à bord

C’est sur la base de ces navires du type OSV 190 SC-WB, longs de 60.1 pour une largeur de 11.5 mètres, qu’Ocea a développé une plateforme spécialement dédiée à la guerre des mines. Présentant le même gabarit que les unités hydrographiques, l’OSV 190 MCM a été optimisé pour cette mission spécifique, en particulier au niveau de la propulsion.

Pouvant être doté d’un sonar de coque, le bâtiment dispose d’un Central opération permettant aux opérateurs de gérer la situation tactique et de contrôler la mise en œuvre des drones à distance, avec différentes consoles et un système de mission fourni par ECA. Ce dernier peut intégrer l’ensemble de sa gamme de produits sur l’OSV 190 MCM, avec en particulier deux USV du type Inspector Mk2 déployés à l’arrière au moyen de bossoirs. Ces drones de surface peuvent mettre en œuvre un sonar remorqué ou des ROV, comme le SeaScan pour la détection et l’identification, ou le Mine Killer K-Ster. Le bateau-mère est, également, en mesure d’embarquer des AUV et même de petits drones aériens comme lT180, qui peut servir aux missions de reconnaissance mais aussi de relais de communication afin de déployer les drones de guerre des mines à grande distance.

L’ensemble de ces drones sont aujourd’hui éprouvés, le tandem USV/ROV ayant par exemple déjà été vendu par ECA à deux marines.

 

L'OSV 190 MCM (© : OCEA)

L'OSV 190 MCM (© : OCEA)

 

L’export et la Marine nationale

Alors que le partenariat conclu entre Ocea, ECA et DCI réside dans un accord exclusif sur les solutions de guerre des mines basées sur des bateaux-mères en aluminium, les industriels français semblent avoir déjà plusieurs touches à l’export. Un marché international qui présente d’ailleurs d’importantes perspectives avec le renouvellement de l’ancienne génération de chasseurs et dragueurs de mines, mais aussi un besoin accru de protection contre les menaces sous-marines, y compris les engin explosifs improvisés susceptibles d’être employés par des groupes terroristes. L’OSV 190 MCM pourra aussi, logiquement, être proposé à la marine française dans le cadre de la commande des quatre futurs bâtiments amenés à mettre en œuvre les systèmes de drones issus du programme franco-britannique MMCM.

 

OCEA DCI Drones