Marine Marchande
Où en sont les premières dragues françaises au GNL ?
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Où en sont les premières dragues françaises au GNL ?

Marine Marchande
Vie Portuaire

La conversion de la Samuel de Champlain et la construction de la nouvelle Ostrea connaissent un important retard. La première est toujours à Dunkerque, où elle n’a pas encore débuté ses essais en mer. Arrivé au chantier Damen le 8 octobre dernier, le navire a vu ses anciens moteurs débarqués, puis un nouveau bloc comprenant trois groupes MAN 6L35/44 DF fonctionnant aussi bien au GNL qu’au gasoil a été installé. Deux cuves de stockage de gaz de 153 m3 chacune, fabriquées par Cryonorm, ont été intégrées sur le puits du navire. La drague a ensuite été remise à l'eau puis transférée au quai de réparation navale fin novembre. Depuis, les essais à quai ont débuté. « Les nouveaux moteurs ont été testés à quai avec du GNL comme du gasoil. Nous avons par ailleurs commencé à redémarrer certains équipements électriques, comme les moteurs de propulsion. Les résultats sont satisfaisants », indique-t-on au GIE Dragages Ports. Pour autant, la Samuel de Champlain, qui devait initialement être de nouveau opérationnelle fin janvier, devrait être au final livrée avec quatre mois de retard. « Nous tablons aujourd’hui sur une livraison au cours de la seconde quinzaine de mai ». En cause, des soucis de mise au point, inhérents aux prototypes puisque c'est la première fois qu'une drague est convertie au GNL, mais aussi une administration apparemment très pointilleuse sur la certification de cette nouvelle propulsion, qui constitue une première en France où aucun navire ne fonctionne encore au gaz. « Nous constatons une finalisation fastidieuse du projet, qui génère ce retard. D’un côté, la nouvelle motorisation mais aussi le système de contrôle commande, qui a été renouvelé, doivent être techniquement mis au point, ce qui implique de multiples réglages par itérations sur les équipements modifiés ou ajoutés. De l’autre, l’obtention des autorisations et permis de navigation fait l’objet d’une attention accrue de la part de l’administration, ce qui est tout à fait légitime s’agissant d’une première ».

 

La Samuel de Champlain à Dunkerque en mars (© JULIEN CARPENTIER)

La Samuel de Champlain à Dunkerque en mars (© JULIEN CARPENTIER)

Les cuves GNL ont été posées en novembre (© DAMEN)

Les cuves GNL ont été posées en novembre (© DAMEN)

 

L’avitaillement confié à Primagaz et assuré par camions citernes

Une fois livrée, la Samuel de Champlain rejoindra directement le port de Nantes Saint-Nazaire, qui arme cette drague. Concernant son avitaillement en gaz naturel liquéfié, à l’issue d’un appel d’offres européen, un contrat a été signé en septembre dernier avec Primagaz. Ce dernier aura la charge d’assurer la fourniture de GNL pour le navire dans les deux ports où il travaille. « Il y a vrai défi logistique puisque ce sera une première en France et que le navire doit être avitaillé dans les deux ports où il travaille, sachant qu’il est environ 60% du temps à Montoir et 40% du temps au Havre. Il y a aussi le défi du volume puisqu’il faut prévoir le chargement de 300 m3 de GNL par semaine. Sachant qu’un camion-citerne continent un peu plus de 40 m3, il faut donc 7 camions pour refaire le plein et, si nous avions pris un système classique, il fallait compter une douzaine d’heures pour mener cette opération. Ce qui est trop long. Nous avons donc demandé à Primagaz d’avoir la capacité de faire le plein en quatre heures en mettant à profit la relève d’équipage hebdomadaire de la drague. Ils ont dans cette perspective prévu un dispositif permettant de connecter plusieurs camions en même temps pour assurer la continuité du flux et gagner du temps ». Concernant la provenance du GNL, elle pourra être diverse et donc pas forcément issue du terminal méthanier de Montoir. « Plus on chargera localement mieux ce sera mais ce ne sera pas forcément le cas. Et s’il faut faire venir du GNL d’assez loin, nous avons demandé à ce que des camions fonctionnant au gaz puissent être employés. Il y en a cependant encore assez peu en France et cela dépendra donc des disponibilités. Notre objectif est en tous cas d’être le plus vertueux possible sur le plan environnemental, tout en tenant compte des contraintes d’un marché émergeant ».

L’Ostrea doit être allongée, sa livraison repoussée à 2020

Après la Samuel de Champlain, l’avitaillement GNL concernera quelques mois plus tard une seconde drague française, cette fois une unité destinée au port de Bordeaux. Une construction neuve et, là encore, une première dans l'Hexagone. Il s’agit de la future Ostrea, commandée en janvier 2018 au chantier boulonnais Socarenam. Sa livrasion, initialement prévue à l’automne 2019, est aujourd’hui repoussée à mars 2020. En cause, les modifications intervenues suite à la commande qui contraignent, pour des questions de stabilité, à allonger le navire de 4 mètres. Les études, conduites avec le cabinet néerlandais Multi, ont été refaites et le projet est désormais sur les rails, mais accuse donc plusieurs mois de retard. La coque de ce navire, qui devrait donc mesurer au final environ 44 mètres, est encore en fabrication dans le chantier polonais Crist de Gdynia. Elle devrait être remorquée à la fin de l’été à Boulogne, où Socarenam assurera son armement.

 

Vue initiale de la future Ostrea (© MULTI)

Vue initiale de la future Ostrea (© MULTI)

 

La Maqueline prolongée et la Breydel de nouveau affrétée

En attendant l’Ostrea, la drague qu’elle va remplacer, la Maqueline, continuera de travailler à Bordeaux. Elle sera ensuite vendue ou, à défaut de repreneur, sera déconstruite. Quant au retard pris par la conversion de la Samuel de Champlain, il est compensé par de nouveaux affrètements de la drague Breydel de l’armement belge DEME. Après avoir effectué à l’automne une campagne entre Le Havre et Rouen puis dans l’estuaire de la Loire, elle est revenue en Seine en février et y travaillera de nouveau en juin. Il n’est en revanche pas prévu pour le moment qu’elle repasse à Saint-Nazaire, le débit de la Loire étant actuellement extrêmement bas, ce qui limite l’envasement du fleuve et permet de traiter le dragage uniquement avec le petit Milouin du port de Nantes Saint-Nazaire.

 

La drague Breydel lors de sa première campagne au Havre en octobre (© FABIEN MONTREUIL)

La drague Breydel lors de sa première campagne au Havre en octobre (© FABIEN MONTREUIL)

Le Milouin (© NSNP - ANDRE BOCQUEL)

Le Milouin (© NSNP - ANDRE BOCQUEL)

 

Port de Nantes Saint-Nazaire