Vie Portuaire
Ouvriers polonais de Saint-Nazaire : Alstom contre attaque

Actualité

Ouvriers polonais de Saint-Nazaire : Alstom contre attaque

Vie Portuaire

Le 6 février, la CGT dénonçait une nouvelle affaire de sous-traitance aux Chantiers de l’Atlantique. Le syndicat évoquait le cas d’une quarantaine de travailleurs polonais confrontés à de graves problèmes de rémunération et de logement. Ces peintres sont des salariés de la société SAFE, sous-traitant de second rang d’Alstom Marine. Hier, le groupe a livré les résultats de l’enquête menée par le donneur d’ordre de SAFE, l’entreprise DOS France : « Dès le début de la polémique, Chantiers de l'Atlantique a demandé à la société DOS France, un de nos co-réalisateurs de rang 1, qui sous-traite à la société polonaise SAFE, d'apporter toute information susceptible d'éclairer le débat. Dans les informations diffusées jusqu'à présent seules les déclarations des accusateurs (CGT) sont prises en compte, celles des supposés auteurs d'infraction (DOS et SAFE) ne semblent pas entendues et celles des victimes supposées ne sont pas prises en compte », soulignent les chantiers, qui reviennent sur les conditions de logement déplorables dénoncées par le syndicat : « Depuis juillet 2005 et jusqu'au 4 février dernier, les salariés de SAFE ont été logés dans des chambres individuelles, dans une ancienne colonie de vacances à Tharon-Plage. Tous les frais d'hébergement, d'énergie et de fluides pour les logements auraient été pris en charge par la société SAFE ». Selon les explications apportées par DOS France, les salariés de SAFE ont cohabité, dans un premier temps, avec des employés grecs qui auraient quitté la résidence, suite à la « dégradation des locaux par les nouveaux arrivants ». Alstom affirme avoir été informé des problèmes de logement et demandé en comité d'entreprise, dès le 1er février, « le relogement dans de meilleures conditions de tous ceux qui le souhaitaient », ce qui a été fait en bungalow sur un camping résidentiel à Saint-Brévin.

Le problème des salaires

Pour la CGT, les ouvriers polonais n’auraient pas été payés et ne bénéficieraient pas de rétributions pour les heures supplémentaires effectuées. Le syndicat a dénoncé cette situation, affirmant que les salariés n’étaient rémunérés que 5 euros de l’heure, soit bien moins que le SMIC français. Selon la direction de DOS France, les employés de SAFE travaillent 42,5 heures par semaine. Sur une base de 35 heures, le salaire mensuel serait de 1 200 euros brut auquel s'ajouteraient les heures supplémentaires et autres primes. « Les soi-disant bulletins de salaire sous forme de rubans de papier exhibés à la télévision par la CGT ne seraient en définitive que des bordereaux de gestion utilisés en interne par SAFE », dénonce Alstom Marine, précisant qu’en un an, l’entreprise incriminée aurait passé à deux reprises et avec succès les contrôles de l’Inspection du travail. Les Chantiers de l’Atlantique reviennent également sur les « retours forcés » en Pologne, évoqués par la CGT : « Le retour présenté comme un "rapt" pour éloigner et "punir" les salariés, ne serait qu'un retour pour congé, 10 de ses salariés ayant confirmé leur retour à Saint-Nazaire à la fin de leur congé, un ayant choisi une affectation dans un autre chantier européen non polonais et deux étant en arrêt pour maladie ». Le groupe de Patrick Boissier attaque l’attitude et les méthodes du syndicat : « Plusieurs salariés se disent harcelés quotidiennement par des militants CGT qui tentent de les instrumentaliser, semble-t-il à des fins politiciennes compte tenu des débats en cours sur une directive européenne relative à la mobilité des travailleurs dans l'Union ».

Les dérapages de la sous-traitance

Si les conclusions de l’enquête interne menée par DOS France se vérifient, ce nouveau scandale de travailleurs « exploités » risque bien de tourner au camouflet pour la CGT. Le syndicat, touché par la réduction du collège ouvrier, a perdu en décembre le contrôle du comité d’entreprise, au profit de la CFDT. Il n’empêche que, si cette affaire n’en est finalement pas une, des dérapages ont bel et bien été constatés ces dernières années. Les différentes centrales appellent à la plus grande vigilance autour des co-réalisateurs, en raison des dérives déjà connues au sein de l’entreprise et toujours catastrophiques pour l’image générale de Saint-Nazaire. En marge de la signature d’une charte sur la sous-traitance, une structure a été crée en 2000, l’Instance de Dialogue Social de Site. L’IDSS, qui se réunira en mars, regroupe les cinq confédérations syndicales, la direction d’Alstom et les patrons de la métallurgie; mais la CFDT souhaiterait qu’elle soit ouverte autres patrons d’entreprises co-réalisatrices. « Il faut en discuter autour d’une table pour améliorer la surveillance et savoir comment on abouti à des aberrations », nous précisait en octobre 2005 la CFDT, suite aux affaires qui avaient émaillé l’actualité nazairienne pendant l’été. « Nous surveillons de près les sociétés étrangères et nous allons voir ce qu’on peut mettre en place pour que les dérapages ne se reproduisent pas. Ces problèmes peuvent se gérer en interne sans avoir besoins de manifester », estimait à la même époque la CFTC. L’inspection du travail est également appelée à renforcer ses contrôles, pour appuyer les démarches internes. Le 9 février, une opération coup de poing, avec 35 inspecteurs et contrôleurs a été menée auprès des sous-traitants travaillant sur le paquebot MSC Musica, actuellement en armement. La portée réelle de ce type de contrôles reste toutefois à démontrer. Ce n’est en effet que la troisième fois qu’une opération de ce genre est menée sur un navire en construction.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)