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PA 2 : DCN peut atteindre 2.5 milliards et propose Aker Yards à la maîtrise d'oeuvre

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PA 2 : DCN peut atteindre 2.5 milliards et propose Aker Yards à la maîtrise d'oeuvre

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A quelques jours d'une annonce britannique sur le programme de porte-avions en coopération, les industriels français ont revu leur offre à la baisse. DCN et Thales, réunis pour quelques jours encore au sein de MOPA2 (*), auraient accepté de baisser le coût du bâtiment français à 2.5 milliards d'euros (TTC). La Délégation Générale pour l'Armement (DGA) avait été très ferme sur ce point, affirmant qu'elle ne pourrait dépasser ce budget. En décembre, les industriels français avaient présenté une première offre à 3.3 milliards d'euros (TTC), puis étaient revenus à 2.8 milliards, en excluant toutefois l'autoprotection du navire. Impossible, selon eux, de faire moins cher, sauf si la coopération avec les Britanniques est renforcée, notamment en matière de construction. D'intenses discussions se sont donc déroulées ces dix derniers jours, tant au niveau industriel qu'étatique, pour trouver au plus vite un terrain d'entente avec Londres. Comme nous l'écrivions hier, la réalisation de blocs des porte-avions britanniques chez Aker Yards (ex-Chantiers de l'Atlantique) est désormais très sérieusement envisagée. Chargé jusqu'ici, en contrat de sous-traitance pour DCN et Thales, d'étudier une coque propulsée et aménagée, Saint-Nazaire dispose, en effet, de l'outil idéal pour construire de grands ensembles en série. A l'inverse, les chantiers britanniques, plus petits, présentent un outil de production relativement peu performant et sous-dimensionné pour les grandes plateformes.

Une prime aux économies pour les industriels anglais

Dans le même temps, après d'interminables négociations, le gouvernement de Tony Blair s'est accordé avec ses chantiers sur une enveloppe globale de 5.7 milliards d'euros (pour deux navires), soit un coût unitaire 12% supérieur au bâtiment français. Comment, dès lors, convaincre Londres d'accepter la construction de blocs en France ? La réponse est venue du contrat britannique, prévoyant un système d'intéressement aux économies. En clair, les industriels anglais seront rémunérés pour chaque rabais obtenu. Or, après l'achat déjà acté des gros équipements en commun avec la France, la seule façon d'obtenir des réductions de coûts significatives semble résider dans la construction d'ensembles à Saint-Nazaire. En France, on s'attend, en conséquent, à ce que l'annonce britannique (et peut être bipartite), attendue d'ici jeudi (**), aborde le montage industriel retenu entre les deux pays. Dans le même temps, signe d'un renforcement des liens avec le dernier grand chantier naval civil tricolore, DCN a proposé à la DGA qu'Aker Yards soit intégré dans la maîtrise d'oeuvre de la plateforme propulsée. MOPA2 restarait alors le maître d'oeuvre d'ensemble. Cette formule permettrait de « partager à trois les risques et donc de réduire la facture », a indiqué hier Jean-Marie Poimboeuf dans les colonnes du journal La Tribune. Pour l'industrie navale anglaise, qui doit profiter des Carrier Vessels Future (CVF) pour se restructurer, un partenariat renforcé avec DCN et Aker pourrait permettre de s'imprégner des process et standards industriels plus performants en vigueur en France.

Mise sur cale fin 2009


Si ce scénario se confirme et que des deux côtés du Channel, industriels et ministères s'entendent sur une coopération renforcée et plus intégrée, le Dossier de Lancement et de Réalisation (DLR) français pourrait être rapidement signé, ouvrant la voie à l'élaboration des plans de construction du porte-avions. La commande pourrait être signée à l'été pour une notification avant la fin de l'année. L'usinage de la première tôle interviendrait ensuite fin 2009 et la livraison du porte-avions français en 2014. Sur le plan social, le programme représente 2400 emplois directs sur 7 ans et demi, auxquels il faut ajouter une abondante sous-traitance autour des chantiers de construction (Saint-Nazaire) et d'armement (Brest). La fourniture des matériels et équipements du PA2 concernera, pour sa part, un million d'éléments produits par un millier d'entreprises tricolores et européennes.
D'une longueur de 283 mètres pour un déplacement de plus de 70.000 tonnes en charge, le second porte-avions sera nettement plus gros que le Charles de Gaulle (42.000 tonnes, 261 mètres). Cette augmentation du tonnage est dictée par l'adoption d'une propulsion classique, et non nucléaire, ainsi qu'un renforcement des capacités aériennes du navire. Le PA2 pourra, en effet, embarquer 32 Rafale Marine, contre 24 pour son prédécesseur.
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- Voir notre point d'hier sur l'avancée du programme PA2/CVF

(*) A l'issue du rapprochement de DCN et Thales, qui devrait être bouclé d'ici la fin de la semaine, la société MOPA2, aujourd'hui détenue à 35% par Thales, sera intégralement reprise par DCN.

(**) Le gouvernement britannique doit se prononcer sur le programme en coopération avant la fin de la session parlementaire des Chambres, le 29 mars.

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