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Paimpol-Bréhat : Les hydroliennes ne reviendront pas

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Paimpol-Bréhat : Les hydroliennes ne reviendront pas

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EDF EN et Naval Energies ont finalement décidé de ne pas ré-immerger les deux démonstrateurs d’hydroliennes construits pour le site expérimental de Paimpol-Bréhat. Les deux machines de 16 mètres de diamètre et d’une puissance de 2 MW (le poids de la turbine étant de 300 tonnes et celui de l’embase en acier de 900 tonnes) avaient été immergées en janvier et mai 2016. Conçues par OpenHydro, filiale de l’ex-DCNS spécialisée dans les hydroliennes, ces nouveaux modèles assemblés à Brest ont été conçus selon le retour d’expérience acquis avec un prototype, Arcouest (0.5 MW), testé pendant deux campagnes d’essais en mer : la première d’octobre 2011 à janvier 2012 puis une deuxième de décembre 2013 à avril 2014. Les deux machines réalisées ensuite ont, après leur immersion l’an dernier, été raccordées au réseau électrique terrestre. Mais elles n’y ont jamais injecté de courant. La faute à des problèmes de corrosion apparus après leur installation et qui nécessitait de réparer des composants défectueux. Naval Energies n’a eu d’autre choix que de remonter les hydroliennes et les transférer vers son site de Cherbourg, en avril et juillet derniers. Initialement, elles devaient être remises en état et réinstallées au large des Côtes d’Armor cet autonome pour la première et en 2018 pour la seconde. Une opération coûteuse à laquelle EDF EN et Naval Energies ont finalement renoncé, considérant que le retour des hydroliennes à Paimpol-Bréhat ne présentait plus d’intérêt.

Un doublon inutile avec le Canada

Cela, pour plusieurs raisons. D’abord, les travaux correctifs ont été déjà réalisés sur deux autres démonstrateurs du même type, installés par Naval Group dans la baie de Fundy, au Canada. Ces machines remplissent la même fonction de rodage technologique que celles  de Paimpol-Bréhat, en ayant en plus déjà produit sur le réseau électrique canadien leurs premiers MW/h. Le site breton, victime de divers aléas et retards, a donc été dépassé en matière de développement par celui de la baie de Fundy. Il n’y a donc plus lieu de maintenir à grand frais des programmes qui font doublon.

Pas de perspective de développer un parc commercial

Il y a de plus les perspectives ultérieures de développement des sites en question. La zone retenue au Canada, qui bénéficie de très forts courants, permet d’envisager à l’avenir la mise en place de nouvelles hydroliennes afin de constituer une ferme commerciale comprenant plusieurs dizaines de machines. Or, ce n’est pas le cas à Paimpol-Bréhat, secteur aux courants modérés ne permettant pas d’implanter un grand parc, le potentiel de production électrique n’étant pas suffisant pour assurer une viabilité économique. Le site breton, relativement abrité, avait été dès le départ choisi pour mener uniquement, dans des conditions plus faciles, une simple expérimentation.

Un précieux retour d’expérience

Selon Naval Energies, qui a déjà investi quelques 200 millions d’euros dans les hydroliennes, cette expérimentation, même si elle n’a pas été menée à son terme puisqu’elle n’a pas permis comme prévu au départ d’aller jusqu’à alimenter le réseau électrique français, n’a cependant pas été inutile. « EDF et Naval Energies ont tiré le retour d’expérience de la construction, de l’immersion et des essais des hydroliennes OpenHydro sur le site expérimental de Paimpol-Bréhat. Il conduit à clore cette phase importante de développement », explique l’industriel, où l’on précise que les opérations de démontage et de remontage des machines amenées à Cherbourg ont également apporté un précieux retour d’expérience. « Le retour d’expérience de Paimpol-Bréhat bénéficiera en particulier à la ferme expérimentale de la Baie de Fundy, le projet Cape Sharp mené par Naval Energies. Ces deux projets de démonstration technologique, menés sur des sites aux conditions environnementales très différentes mais complémentaires, permettent d’exploiter des données importantes pour optimiser la conception, la fiabilité et les performances des hydroliennes ».

7 machines à construire pour le Raz Blanchard

Les efforts du groupe se portent donc maintenant sur le Canada, mais aussi sur le projet de parc pilote prévoyant la construction de 7 machines à installer dans le Raz Blanchard, au large du Cotentin. « Une fois la technologie confirmée sur le projet expérimental canadien de Cape Sharp, EDF sera en capacité de lancer la phase industrielle du projet Normandie Hydro », souligne Naval Group, qui construit actuellement une usine dédiée à la production d’hydroliennes à Cherbourg. La réalisation des machines du Raz Blanchard devrait si tout va bien débuter en 2018 en vue d’une installation l’année suivante. Il s’agira de 7 hydroliennes neuves, dont le design et les équipements bénéficieront des avancées obtenues grâce aux démonstrateurs. Cela signifie notamment que les deux machines bretonnes ne seront pas réutilisées dans le cadre du projet Normandie Hydro. Leur sort n’est pour le moment pas fixé mais, s’agissant de démonstrateurs, ils seront probablement soit déconstruits, soit pour l’un d’entre eux au moins conservé pour la postérité.

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