Histoire Navale
Palais de Chaillot : Un musée maritime pour le XXIème siècle

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Palais de Chaillot : Un musée maritime pour le XXIème siècle

Histoire Navale

Installé depuis bientôt 80 ans au Palais de Chaillot, à Paris, le Musée National de la Marine va bénéficier entre 2017 et 2021 d’un vaste chantier de rénovation. Un projet qui fera du vénérable établissement un outil muséographique à la pointe de la modernité. Cette cure de jouvence permettra de remettre en valeur ses superbes collections et, en partant de l’histoire, de sensibiliser le public aux enjeux maritimes de ce début de XXIème siècle.

« Le Musée National de la Marine est un musée d’art, d’histoire, de sciences et de techniques. Il raconte l’aventure et l’évolution des bateaux, en retraçant l’incroyable travail des ingénieurs et des ouvriers qui les ont construits au fil des époques. Souvent, nos collections sont d’ailleurs les seuls témoignages de ces anciens navires », explique le commissaire général Vincent Campredon, qui a pris en septembre 2015 la direction de cet Etablissement Public Administratif (EPA). Celui-ci dépend du Secrétariat Général pour l’Administration (SGA) mais est placé sous la tutelle du ministère de la Défense.

 

 

Le Musée Nationale de la Marine, dont les racines remontent au milieu du XVIIIème siècle, c’est une incroyable et unique collection de modèles réduits de bateaux et de machines maritimes, ainsi que d’objets, comme les outils et instruments de navigation en lien avec les grandes explorations et découvertes. On y apprécie également les arts décoratifs ayant marqué la construction des anciens navires de la flotte royale, avec des figures de proue, des sculptures de poupe et le fameux canot d’apparat de Napoléon, seul bateau à taille réelle du musée. La section dédiée aux beaux-arts accueille quant à elle les toiles de Vernet sur les ports français au XVIIème siècle, ainsi que des peintures plus récentes et des oeuvres sur les grandes batailles navales de l’histoire.

 

La salle des sculptures navales du Musée de la Marine (© MNM - ARNAUD FUX)

La salle des sculptures navales du Musée de la Marine (© MNM - ARNAUD FUX)

 

« Une collection d’objets maritimes unique au monde »

Une galerie secondaire propose quant à elle de découvrir l'histoire maritime plus contemporaine, avec la flotte militaire et l’aéronavale, mais aussi la marine marchande et l’activité fluviale. Derrière une vitre, le public peut aussi observer le travail d’orfèvre de l’atelier de modélisme du musée, dont les ouvriers, ultra-qualifiés, restaurent le bois, les cordages et les métaux des modèles. « C’est une petite équipe de quatre personnes, les seuls qui existent et sont capables de préserver ce patrimoine. C’est un savoir-faire très spécifique qu’ils se transmettent de génération en génération », précise Vincent Campredon, qui souligne que le Palais de Chaillot « rassemble une collection d’objets maritimes unique au monde, c’est l’une des plus importantes avec celle du Musée de la Flotte de Saint-Pétersbourg ».

Expositions temporaires

En plus de ses collections permanentes, le Musée de la Marine dispose d’un espace d’exposition temporaire, qui permet de mettre en avant des thématiques particulières. Une à deux expositions y sont désormais présentées chaque année et constituent depuis plus d'une décennie des évènements très prisés du public. On citera notamment « Mille Sabords, Tintin Hadock et les bateaux » en 2001, « Le Génie de la Mer, chef d’œuvre de la sculpture navale » en 2003, « Napoléon et la mer » en 2004, « Jules Verne, le roman de la mer » en 2005, « Charcot, la passion des pôles » en 2006, « le Mystère La Pérouse » en 2008, « Le paquebot France » en 2011, ou encore « Le voyage de l’obélisque » en 2014. Et avant la fermeture pour travaux du musée, on peut découvrir jusqu’à la fin du mois de juin « Dans les mailles du filet », exposition qui se penche sur la passionnante histoire de la grande pêche, quand les marins partaient pendant des mois traquer la morue dans l’Atlantique nord, mais aussi le prolongement de cette époque mythique vers la problématique de la pêche durable que l’on connait aujourd’hui.

 

L'exposition Dans les mailles du filet (© ARNAUD FUX - MNM)

L'exposition Dans les mailles du filet (© ARNAUD FUX - MNM)

 

« Le nouveau musée sera un lieu vivant, interactif, porteur d’émotions et de savoirs » 

C’est à l’occasion de l’inauguration de cette exposition, le 6 octobre dernier, que le ministre de la Défense a confirmé la rénovation du Musée National de la Marine, qu’il avait annoncée en 2014. L’établissement va fermer durant plus de trois ans pour faire peau neuve. Entre 2017 et 2021, les espaces seront rénovés et réaménagés, tout en bénéficiant d’une muséographie à la pointe de la technologie. « Le nouveau musée sera un lieu vivant, interactif, porteur d’émotions et de savoirs ; il invitera au voyage ; il sera l’écrin d’un patrimoine exceptionnel, et les collections du musée seront valorisées comme jamais elles ne l’ont été ; mais il sera aussi un outil puissant de sensibilisation aux enjeux de la mer aujourd’hui et demain. Plus que jamais, venir ici sera – au cœur de Paris – une manière de prendre la mer », a expliqué Jean-Yves Le Drian.

 

Vincent Campredon (© MNM)

Vincent Campredon (© MNM)

 

Un commissaire pour la première fois directeur du MNM

Pour mener à bien ce projet, c’est donc Vincent Campredon qui sera à la manœuvre. On notera d’ailleurs que c’est la première fois qu’un commissaire général est nommé pour diriger le Musée de la Marine, une mission traditionnellement confiée à un amiral d’active ou en seconde section, avec toutefois quelques exceptions historiques, comme le peintre et écrivain de marine Luc-Marie Bayle. Avec la grande période de travaux qui s’annonce, le choix d’un commissaire, et donc d’un administrateur, est assez logique. Vincent Campredon, qui a aussi travaillé dans des cabinets ministériels, en particulier à l’Outre-mer, connait en plus très bien le musée et l’histoire, puisqu’il a notamment participé en 2008 à la communication de l’expédition à Vanikoro, sur les traces de La Pérouse, et contribué à l’exposition organisée la même année au Palais de Chaillot.

Concrètement, le directeur pilotera le projet de rénovation, en lien étroit avec Olivier Poivre d’Arvor, président du Conseil d’administration de l’établissement. Le gros des travaux débutera d’ici 2018 et l’établissement fermera donc ses portes l’an prochain pour ne rouvrir qu’en mars 2021 dans sa nouvelle configuration. Celle-ci déploiera le futur projet scientifique et culturel élaboré à partir des orientations formulées par un comité présidé par l’historien Alain Cabantous et comprenant différentes personnalités du monde universitaire et culturel.

 

Le musée au Palais de Chaillot (© MNM)

Le musée au Palais de Chaillot (© MNM)

 

Un bâtiment devenu vétuste

Le projet, de grande ampleur, coûtera 50 millions d’euros. Un investissement très important mais nécessaire, explique Vincent Campredon : « Alors que notre voisin à Chaillot, le Musée de l’Homme, vient d’être rénové, le Musée de la Marine est l’un des derniers grands lieux muséographiques français à ne pas avoir encore été remis à neuf. Or, depuis 1943, rien de majeur n’avait été entrepris. Le bâtiment est ancien et vétuste dans un certain nombre d’aspects. C’est pourquoi il a besoin d’être rénové ». Le musée doit en particulier optimiser ses surfaces et son organisation : « Nous disposons d’un espace de 3000 m² et l’organisation interne est complexe en matière de flux. Il faut par exemple améliorer les flux logistiques et l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Mais nous devons aussi profiter de cette rénovation pour accroître notre attractivité auprès du public, qui est aujourd’hui habitué aux musées modernes ».

Une nouvelle muséographie interactive et immersive

Dans cette perspective, le Musée National de la Marine va se mettre au goût du jour avec une nouvelle muséographie, faisant appel aux outils numériques et à l’interactivité avec les visiteurs. « Cela nous permettra d’attirer un public plus large et plus jeune. L’une des grandes ambitions fixées par le ministre est de proposer une nouvelle découverte des collections avec une muséographie moderne, ludique, immersive et connectée. Il y aura de nouveaux parcours et une nouvelle présentation des collections, des films, des tablettes, des applications Internet… Ce sera un lieu contemporain en matière d’attractivité et dans le traitement des sujets abordés ».

 

Devant un scaphandre conçu par les frères Carmagnolle en 1882 (© MNM)

Devant un scaphandre conçu par les frères Carmagnolle en 1882 (© MNM)

 

Déménagement des collections à partir de mars 2017

Concrètement, le musée fermera ses portes en mars 2017. Les collections seront progressivement déménagées - opération complexe car certaines pièces sont volumineuses et/ou particulièrement fragiles - sur l’ancienne base d’aéronautique navale de Dugny, près du Bourget, où elles resteront le temps des travaux. Mais Dugny va aussi devenir à cette occasion le sixième site du musée puisqu’un centre de ressources et de recherche va y ouvrir afin d’accueillir les réserves, sur lesquelles pourront travailler des chercheurs et qui seront ouvertes à la visite pour certains évènements, comme les Journées du Patrimoine.

Un architecte sera sélectionné cette année par concours afin d’assurer la maîtrise d’œuvre du chantier pour la partie bâtiment, dont l’intérieur sera complètement reconstruit. Un ou plusieurs architectes seront aussi désignés - également par concours - pour développer la nouvelle muséographie. Les lauréats travailleront ensemble entre 2018 et 2020. « Le choix définitif des aménagements dépendra du résultat des appels d’offres sur l’architecture interne et la muséographie », note Vincent Campredon, qui rappelle que l’ensemble sera directement lié au Projet scientifique et culturel du musée. « Les travaux seront cohérents avec ce que proposera le Projet scientifique et culturel, dont la mission est de répondre à cette question : Quel musée veut-on pour le XXIème siècle ? »

 

Maquette du croiseur sous-marin Surcouf, mis en service en 1934 (© MNM - P. DANTEC/A. FUX)

Maquette du croiseur sous-marin Surcouf, mis en service en 1934 (© MNM - P. DANTEC/A. FUX)

 

30.000 pièces, dont moins d’un millier actuellement exposées

A partir de l’été 2020, les collections doivent commencer à réintégrer le nouveau musée, dont la réouverture au public est prévue début 2021. Les pièces amenées à être présentées seront en partie différentes de celles exposées aujourd’hui. Car les réserves sont colossales. « Le musée compte 30.000 pièces et nous n’en exposons que 800 à Chaillot, plus quelques dizaines à Brest, Port-Louis, Rochefort et Toulon (où se trouvent quatre musées de la marine régionaux rattachés au MNM, ndlr). Les futures collections présentées dépendront notamment du Projet scientifique et culturel, le choix des pièces étant réalisé en fonction de ce que nous souhaiterons montrer ». Sachant que le trésor du Musée de la Marine s’enrichit chaque année, soit par des acquisitions, assez rares car l’établissement a peu de moyens, soit par des dons (ci-dessous quelques acquisitions récentes).   

 

 

Des restaurations sont régulièrement entreprises sur des pièces conservées dans les réserves et qui sont parfois, avec le temps ou les aléas historiques, fortement détériorées. C’est le cas du modèle en plâtre original qui a servi à Carlo Sarrabezolles pour le Génie de la Mer, statue en bronze monumentale que le sculpteur a réalisée en 1935, initialement pour orner la plage arrière du célèbre paquebot Normandie. Une campagne d’appel aux dons auprès du grand public a été lancée fin 2015 pour remettre en état la statue de plâtre et l’exposer de nouveau. Malheureusement, cette initiative n’a pas atteint les sommes nécessaires et le musée planche sur une solution plus classique, basée sur le mécénat d’entreprise, pour mener à bien le projet.

 

 

« Rendre le public plus familier avec la dimension maritime de la France »

Quelles sont les grandes lignes du projet scientifique et culturel ? « L’objectif sera d’éclairer le grand public sur les enjeux maritimes d’aujourd’hui à travers le superbe patrimoine que la mer et les marins ont laissé à travers les siècles. Autrement dit, il s’agit de rendre le public plus familier avec la dimension maritime de la France et replacer les enjeux pour l’avenir de notre pays dans une perspective historique. Ainsi, on pourra mieux comprendre comment la mer a façonné et continuera de façonner la France et ses territoires ultramarins, non seulement en termes de géographie, mais aussi sur les plans historiques, scientifiques, économiques et culturels ».

Le programme de l’établissement sera par ailleurs diversifié : « Nous organiserons plus de conférences et il y aura un espace d’actualité, une nouvelle boutique et un espace de restauration. Le programme d’expositions temporaires, au cœur de l’activité du musée, sera enrichi avec des thèmes abordés encore plus variés ». L’accent sera également mis sur l’évènementiel : « L’idée est d’organisée au Musée de la Marine des évènements grand public et de faire de Chaillot le véritable lieu de la mer à Paris ».

Un grand musée maritime plutôt qu’un simple musée de la marine

Faut-il en déduire que le Musée de la Marine va se transformer en grande « Maison de la mer » ? « Non, nous étendrons certes nos activités, avec un espace évènementiel que nous pourrons louer et qui pourra par exemple accueillir un PC Course pour les grandes compétitions de voile ou servir de salle de conférences, mais nous resterons avant tout un musée. Un musée fait pour conserver, transmettre et mettre au service du public des collections constituant un patrimoine ». Reste que le MNM, s’il ne dispose pas uniquement de collections en lien avec la marine militaire, continuera d’évoluer vers un outil de connaissance plus généraliste sur le fait maritime « Nous proposerons à travers nos collections et expositions un récit global de la maritimité, tout en sensibilisant le public sur les enjeux de la planète mer, les nouvelles technologies, la mondialisation par les océans… Il y aura des thématiques plus nombreuses pour les collections permanentes ainsi que des expositions temporaires sur des thèmes d’actualité et des sujets spécifiques. Mais nous partirons toujours de l’histoire, ce qui fait que l’établissement continuera bien d’être un véritable musée. Dans les mailles du filet, qui part de l’histoire de la grande pêche à terre-Neuve jusqu’au problématiques d’aujourd’hui, est très représentative de nos futures expositions ». Au final, Vincent Camprendon estime que le futur Musée de la Marine « sera plus un musée de la relation des Français à la mer ». Faudra-t-il, par conséquent, envisager d’en changer le nom et le rebaptiser par exemple Musée Maritime ? « C’est une vraie question à laquelle nous n’avons pas encore de réponse ».

 

La citadelle de Port-Louis, face à Lorient (© MNM)

La citadelle de Port-Louis, face à Lorient (© MNM)

 

Quel avenir pour les sites de Brest, Port-Louis, Rochefort et Toulon ?

En dehors du site de Chaillot, le Musée National de la Marine travaille également sur l’avenir de ses « antennes » régionales. En 1947, lorsque les musées dépendant de la Marine nationale dans ses différentes implantations ont été rattachés au MNM (transformé en EPA en 1971), on en comptait onze. Aujourd’hui, il n’en reste que quatre : Brest, Port-Louis, Rochefort et Toulon. « Avec Chaillot, ils constituent les cinq sites du Musée National de la Marine », rappelle Vincent Campredon. « Ils sont situés dans des lieux sublimes, comme le Château de Brest, la citadelle de Port-Louis, Rochefort avec à proximité la Corderie royale et l’Hermione. Ces sites portuaires disposent d’un superbe potentiel et nous réfléchissons à la manière de les redévelopper. Il faut notamment redéfinir les relations et l’articulation entre Chaillot et les quatre ports ». L’objectif du nouveau directeur est de jouer sur la complémentarité des sites : « Les musées dans les ports doivent s’ancrer dans une histoire locale et avoir une programmation commune. Brest, par exemple, va accueillir au printemps 2016 une exposition sur l’Indépendance américaine à partir des collections de Paris. On peut ensuite imaginer de la faire tourner dans les autres ports et, ainsi, avoir une programmation culturelle entre les musées permettant de mieux valoriser les collections, même si les quatre sites gardent une dimension régionale ».

Et la rénovation de Chaillot pourra justement permettre, à Paris comme en province, de « faire tourner les réserves et collections pour élargir le flux culturel et historique, tout en optimisant les aspects économiques  ».

 

 

Côté financier, les 50 millions d’investissement confirmés en octobre concernent uniquement le site parisien. Pour les musées littoraux, un protocole d’accord « Culture-Défense » existe pour permettre la remise en état des sites historiques. Sans oublier la contribution régulière des collectivités territoriales aux investissements réalisés localement. Brest a par exemple bénéficié d’importants travaux de restauration et de rénovation ces dernières années. Une cure de jouvence qui, cumulée à la mise en place d’animations et d’expositions temporaires (comme récemment celles consacrées aux bateaux jouets et au peintre de marine Pierre Péron), a permis au musée breton de voir sa fréquentation augmenter. Ainsi, en 2015, le Château de Brest a signé un record en accueillant plus de 71.000 visiteurs. Et la nouvelle exposition « Brest port de la liberté. Au temps de l'Indépendance américaine » qui sera dévoilée au printemps promet d’attirer beaucoup de monde.

Des réflexions sont par ailleurs en cours concernant l’avenir du site de Toulon, aujourd’hui installé dans une annexe de la préfecture maritime de la Méditerranée et qui pourrait probablement être mieux valorisé.

 

Le musée de Rochefort (© MNM)

Le musée de Rochefort (© MNM)

 

- L'HISTOIRE DU MUSEE DE LA MARINE

 

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