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PANG : le développement des nouvelles chaufferies K22
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PANG : le développement des nouvelles chaufferies K22

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Ce seront, et de loin, les plus puissantes chaufferies nucléaires de propulsion navale conçues et réalisées jusqu’ici en France. Afin d’assurer la production d’énergie du porte-avions de nouvelle génération (PANG), TechnicAtome, sous la maîtrise d’ouvrage du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), va développer un nouveau modèle de chaufferie, bien plus grosse que la K15 conçue pour le Charles de Gaulle et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) du type Le Triomphant. Comme son aîné, le PANG disposera de deux réacteurs, mais le futur bâtiment allant être d’un gabarit nettement plus important (300 mètres de long pour plus de 70.000 tonnes de déplacement en charge contre 261 mètres et 42.000 tpc), la puissance requise est largement supérieure. « Les chaufferies seront adaptées aux besoins du nouveau navire, qui sera beaucoup plus gros que le Charles de Gaulle. Nous avons donc besoin d’une puissance plus importante », explique à Mer et Marine Bernard Gauducheau, directeur des réacteurs de défense chez TechnicAtome.

Une chaufferie compacte basée sur un concept éprouvé

Pour autant, afin de réduire les coûts et profiter de technologies sûres, les ingénieurs vont capitaliser sur ce qui a déjà été développé. « Nous avons bâti nos études sur un concept éprouvé, celui de la K15, adapté à un besoin de puissance supérieur d’environ 50%. C’est ce que nous appelons la K22. Nous allons conserver le même design compact que celui employé pour les précédentes chaufferies embarquées de la Marine nationale, pour ses sous-marins et porte-avions ».

Dans l’histoire de la propulsion navale nucléaire en France, qui a débuté avec le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le Redoutable (en service de 1971-1991) suivi de cinq autres SNLE de première génération, il avait fallu développer un concept de chaufferie au volume extrêmement réduit, afin qu’elle puisse s’intégrer dans un espace aussi restreint. Le challenge en matière d’encombrement avait été de ce point de vue considérable avec les six sous-marins nucléaires d’attaque du type Rubis, mis en service entre 1983 et 1993, et qui furent les plus petits SNA au monde. Puis il y a eu le développement de la K15, qui équipe à raison d’une chaufferie par bâtiment les quatre SNLE du type Le Triomphant, entrés en flotte entre 1996 et 2010, et le Charles de Gaulle, admis au service actif en 2001. Une nouvelle version de ce réacteur compact a ensuite été développée pour les six nouveaux SNA du programme Barracuda, dont la tête de série, le Suffren, a été livrée à la Marine nationale le mois dernier. Les autres suivront d’ici 2030. « A la différence de l’électronucléaire civil, où l’on se base sur une cuve et des tuyauteries qui emmènent l’eau chaude vers un générateur de vapeur, nos chaufferies embarquées ont leur générateur de vapeur posé directement sur la cuve, ce qui permet d’obtenir un volume d’emménagement beaucoup plus faible, compatible avec une intégration dans la coque d’un sous-marin. Ou, dans le cas du porte-avions, de libérer beaucoup de place au profit des locaux dédiés au groupe aérien embarqué ou aux soutes à munitions ».

Le nucléaire très adapté au profil opérationnel d’un porte-avions

La propulsion nucléaire présente cet avantage crucial d’éviter au bâtiment qui en est équipé de devoir refaire régulièrement le plein en combustible. Ce qui dans le cas d’un porte-avions est crucial puisque ce type de bâtiment, pour mettre en œuvre son aviation embarquée, a régulièrement besoin de changer rapidement de cap et d’allure. Ce qui le rend très énergivore. Pour les anciens Clemenceau (1961-1997) et Foch (1963-2000), la consommation en carburant pouvait par exemple atteindre 300 tonnes par jour, pour des bâtiments de 32.000 tonnes en charge capables de dépasser 30 nœuds et embarquant 3600 tonnes de mazout pour leur propulsion (six chaudières et deux groupes turbopropulseurs pour une puissance de 126.000 cv). Avec une autonomie qui, en opération, était inférieure à une semaine.

Le nucléaire permet de s’affranchir de cette contrainte, en offrant une autonomie illimitée entre deux rechargements des cœurs pour ce qui est de la génération d’énergie, ne laissant comme besoins de ravitaillement que l’armement, les pièces détachées et les vivres pour l’équipage.

L’emploi du nucléaire est donc un atout opérationnel déterminant pour un porte-avions, comme d’ailleurs pour les sous-marins qui doivent aussi pouvoir très rapidement monter en allure et, pour les SNA, maintenir des vitesses élevées sur des durées importantes notamment pendant les périodes de transit vers les zones d’opération.  

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