Construction Navale
Paquebots : Aker Yards remotorise les Millennium et vise les Radiance of the Seas

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Paquebots : Aker Yards remotorise les Millennium et vise les Radiance of the Seas

Construction Navale

Aker Yards France a débuté, l'été dernier, les travaux de remotorisation du paquebot Millennium, un géant de 91.000 tonneaux et 1019 cabines livré par Saint-Nazaire en 2000. La partie la plus lourde du chantier commencera en avril, avec l'arrivée du navire à Brest. Pendant 17 jours, le Millennium sera en cale sèche, chez Sobrena, où un nouveau bloc sera intégré à sa coque. Cet ensemble (voir les images de synthèse du diaporama), actuellement en cours de construction chez Aker Yards Lorient, comprendra un moteur diesel Wärtsilä 16V 38B d'une puissance de 11.5 MW. Le nouveau groupe électrogène viendra en complément de la propulsion d'origine. Du type Co-Gaz-Electric Steam (COGES), celle-ci ne dispose que d'une turbine à vapeur de 8 MW et deux turbines à gaz General Electric LM 2500, d'une puissance de 25 MW chacune : « A l'époque, le choix de la propulsion COGES avait été assez radical. Le problème, c'est que cette propulsion ne consomme que du gasoil, qui est devenu très cher avec l'augmentation du prix du combustible. A faible charge, le rendement des turbines est déplorable. La nouvelle idée est donc d'embarquer un moteur diesel, fonctionnant au fuel lourd, beaucoup plus économique (deux fois moins cher, ndlr) », explique Henri Doyer, responsable d'affaire chez Aker Yards. Le nouveau groupe électrogène, qui fonctionnera à charge constante (environ 10 MW), fournira l'énergie du bord et, en complément d'une turbine à gaz et de la turbine à vapeur, assurera la propulsion du paquebot jusqu'à, environ 20 noeuds. Pour les très petites vitesses, comme les approches de ports ou les manoeuvres portuaires, le recours aux TG ne sera même plus nécessaire. Le constructeur estime que 90% de la navigation du paquebot sera réalisée sur le moteur diesel seul ou sur le moteur et une turbine. Pour les vitesses les plus élevées, mais peu fréquentes, le Millennium repassera dans sa configuration initiale, sur deux turbines à gaz.

Des mois de préparation avant le passage au bassin

Depuis le mois de juillet, les ingénieurs et techniciens d'Aker Yards préparent le passage en cale sèche du mois d'avril, supervisant les travaux menés à bord par les équipes techniques de la compagnie Celebrity Cruises : « C'est un projet de longue haleine, qui aura duré plus d'un an. Depuis l'été, progressivement, tous les équipements sont déplacés, afin de la faire de la place pour le moteur diesel. Il faut ensuite les reconnecter. L'opération n'est pas évidente car le paquebot est en exploitation. Or, pour chaque nouveau câble ou nouveau tuyau, il faut déconnecter des systèmes opérationnels, sans remettre en cause la sécurité du navire, le tout devant être invisible pour les passagers », souligne Henri Doyer. L'acheminement des nouveaux équipements est, lui aussi, un véritable casse-tête. Les pièces partent de Saint-Nazaire, en conteneurs, et doivent être embarquées pendant les courtes escales du Millennium, qui croise actuellement dans les Caraïbes. A l'arrivée du paquebot, début avril, dans le Finistère, un marathon va débuter : « C'est un challenge car la durée de l'arrêt est très courte, avec seulement 17 jours. Il faudra découper la coque, intégrer le bloc livré par Aker et travailler sur les échappements et l'alimentation. L'armateur a également souhaité profiter de ce passage en cale sèche pour réaliser la visite technique et le carénage », explique Michel Faou, directeur de Sobrena, le grand chantier de réparation brestois, qui mobilisera une centaine de personnels sur l'opération.

Mise en place d'un bloc tiroir de 300 tonnes

Un bloc entier, situé juste derrière le compartiment des turbines, au centre du navire, sera découpé et remplacé par un nouvel ensemble, dit « bloc tiroir ». D'une longueur de 16 mètres pour une hauteur de 8 mètres, ce bloc conçu par Aker Yards Saint-Nazaire et réalisé à Lorient, pèsera 300 tonnes, dont 200 tonnes pour le seul moteur Wärtsilä. Selon Henri Doyer : « C'est une manipulation très lourde car, en plus de la mise en place du nouveau bloc, il faut convertir les capacités de stockage, mettre en place des séparateurs de combustible, des serpentins à vapeur pour le réchauffage des caisses et installer une seconde chaudière pour le mouillage, qui fonctionnera au fuel lourd. Pour donner un ordre d'idée, nous rajoutons 5 kilomètres de tuyaux et 15 kilomètres de câbles ». Sur les 3300 m3 de volume de soutes, 1300 m3 seront dédiés, après la transformation, au fuel lourd. Installé à Brest, le groupe électrogène ne sera, toutefois, pas en service au départ du paquebot. Afin de limiter la durée d'immobilisation, la finalisation du montage et des connexions sera réalisée dans les semaines suivantes, alors que le navire aura repris son activité commerciale. Le démarrage du moteur est espéré dans le courant du mois de juin.

Renouer les liens avec le groupe Royal Carribean

Pour Aker Yards, ce contrat de plusieurs millions d'euros avec Celebrity Cruises, filiale du numéro deux mondial de la croisière, Royal Carribean, est de première importance. Il s'agit, tout d'abord, d'un premier retour de la compagnie vers Saint-Nazaire, depuis l'affaire des pods défectueux des Millennium. Conçus par Alstom et Rolls-Royce, les Mermaid installés sur les quatre paquebots de cette classe ont rencontré de très nombreuses avaries, entraînant des arrêts techniques à répétition (notamment chez Northrop Grumman à Newport News comme sur notre illustration) et, bien évidemment, de grosses pertes d'exploitation pour l'armateur. Alors que Royal Carribean poursuit son action en justice contre Rolls-Royce (le contentieux avec Alstom et son ex filiale Converteam ayant été réglé à l'amiable), les ex-Chantiers de l'Atlantique renouent donc avec leur ancien plus gros client, pour lequel ils ont non seulement réalisé les Millennium, mais aussi, entre 1988 et 1998, les trois Sovereign of the Seas, l'Empress of the Seas et les quatre Vision of the Seas. En 1997, Saint-Nazaire avait, néanmoins, raté la commande géante du projet Eagle, prise in-extremis par Kvaerner Masa Yards, racheté par la suite par Aker.

Nouveau marché et vues sur la classe Radiance

Après la refonte de la propulsion du Millennium, le Constellation subira les mêmes modifications, toujours chez Sobrena, en mai prochain. Si aucun marché n'a encore été signé pour les deux autres unités de la série, les Infinity et Summit, Aker Yards se veut confiant. Le groupe, qui mène cette opération au titre de la business unit « Life Cycle Services » espère, dans la foulée des Millennium, décrocher un contrat similaire pour les Radiance of the Seas, de Royal Carribean Cruise Line. Ces quatre paquebots de 1055 cabines et 90.000 tonneaux, qui devaient à l'origine être construits à Saint-Nazaire, avaient finalement été attribués à Meyer Werft et livrés entre 2001 et 2004. Ils constituent la seule et unique autre série de paquebots fonctionnant en mode COGES et avec pods. Outre ce type particulier de propulsion, désormais trop gourmand et nécessitant des solutions plus économiques, des opportunités se dévéloppent pour les costructeurs en matière de réductions d'énergie. Pour Henri Doyer : « Il y a un marché à prendre avec le coût actuel du pétrole. Les opérateurs n'hésitent plus à faire des modifications majeures sur les navires. Il y a beaucoup d'études, notamment autour de l'optimisation des usines électriques. Ce genre de projets pourrait concerner Saint-Nazaire et est, aujourd'hui, l'un des objectifs stratégiques d'Aker Yards en matière de services aux clients ».
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- Voir la fiche technique des Millennium

- Voir la fiche technique des Radiance of the Seas

- Voir la fiche entreprise de Sobrena


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