Construction Navale
Paquebots chinois : Canonnade entre Meyer Werft et Fincantieri

Actualité

Paquebots chinois : Canonnade entre Meyer Werft et Fincantieri

Construction Navale

Dans une récente interview au quotidien allemand Die Welt, le patron du groupe Meyer Werft a vertement critiqué l’accord conclu entre Fincantieri et les chantiers CSSC en vue de permettre à la Chine de réaliser ses premiers paquebots. « Ce qui Fincantieri fait en Chine est, de notre point de vue, très dangereux pour la construction navale européenne », affirme Bernard Meyer, qui s’en prend aussi plus largement, dans cette interview, au projet d’alliance navale entre la France et l’Italie (voir notre article détaillé sur ce point). Pour ce qui est de la question chinoise, le constructeur allemand craint que la coopération avec les Italiens ne fasse que faciliter l’émergence d’une concurrence chinoise mortelle sur le marché de la croisière, sur lequel les Européens sont aujourd’hui en situation de quasi-monopole.

Piqué au vif, Fincantieri, dans une réaction adressée à Mer et Marine, répond que son « positionnement  en tant que first mover dans un vaste marché comme celui de la Chine représente un résultat stratégique que nos concurrents nous envient ». Et le groupe italien d’insister sur le fait que les Allemands ont eux-mêmes laissé un groupe asiatique prendre le contrôle de certains de leurs chantiers : « l'Allemagne ne s'est pas du tout opposée au débarquement en Europe d'un concurrent asiatique, lorsque, en mars 2016, le groupe Genting Hong Kong a repris les trois sites de Nordic Yards - Wismar, Warnemunde et Stralsund, aujourd'hui sous le corporate umbrella de MV Werften, seulement un an après l'acquisition, par le même groupe, de la Lloyd Werft de Bremerhaven ».

Evidemment, les autorités allemandes, dans ces opérations de rachat entre sociétés privées n’oeuvrant pas sur des activités stratégiques comme en France Saint-Nazaire avec le militaire (Lloyd Werft est essentiellement un chantier de réparation de navires de commerce et de paquebots alors que Nordic Yards, quand il a été repris, avait un carnet de commandes surtout tourné vers les énergies marines), ne pouvaient guère s’opposer à l’arrivée de Genting. Il est néanmoins vrai que le groupe asiatique, en confiant à MV Werften la réalisation des navires de ses différentes filiales (Crystal Cruises et Star Cruises puis Dream Cruises), des bateaux fluviaux aux paquebots géants de 200.000 GT, développe une concurrence très inquiétante pour les acteurs traditionnels du marché.

Alors que les Asiatiques lorgnent sur la navale européenne et notamment se précieuses compétences dans les paquebots, Meyer Werft révèle qu’il a lui-même reçu des propositions de reprise « Des sociétés de construction navale chinoises ont essayé de coopérer avec nous et même de nous racheter. Ils approchent nous sous-traitants et même nos employés. Les activités à notre égard se renforcent. Mais nous avons décidé de ne pas créer de joint-venture avec une société chinoise. Nous nous concentrons sur l'Europe », a expliqué Bernard Meyer dans les colonnes de Die Welt.

En première ligne face à la concurrence asiatique, Meyer Werft tente de contenir la menace. Selon nos informations, le constructeur allemand a récemment réuni ses principaux fournisseurs, leur expliquant qu’il ne travaillerait plus avec eux s’il leur prenait l’idée de collaborer avec les Asiatiques. Mais ces derniers font aussi leur marché ailleurs, de la Finlande à la France, en passant par l’Italie.

Concernant le fameux accord conclu en Chine par Fincantieri, il s’inscrit pour mémoire dans le cadre d’un partenariat impliquant le constructeur italien, le groupe China State Shipbuilding Corporation (CSSC) et l’armateur américain Carnival Corporation. Leur memorandum of agreement (MOA), conclu en février 2017, porte sur la construction au chantier Waigaoqiao de Shanghai de deux paquebots (quatre autres en option) dérivés de la série des Carnival Vista, unités de plus de 130.000 GT et 1900 cabines actuellement produites en Italie. Tous sont destinés au marché local et doivent être exploités par une nouvelle compagnie, que formeront CSSC et Carnival. Le premier paquebot chinois doit sortir en 2023.

Quant à savoir quelle aide va précisément apporter Fincantieri aux chantiers chinois, le groupe italien, sollicité sur cette question par Mer et Marine, nous répond ceci :

« La relation entre Fincantieri et CSSC représente l'une des plus importantes coopérations industrielles entre la Chine et l'Italie et suit la politique "Made in China 2025" du gouvernement chinois, une politique qui a pour mission de faire progresser la chaîne de valeur industrielle chinoise dans plusieurs segments L'un d'eux est la construction navale.

Fincantieri et CSSC construiront à Shanghai le premier navire de croisière basé sur une plate-forme existante appartenant à Fincantieri. De plus, Fincantieri soutient le chantier naval local dans la mise à niveau de ses actifs.

Une tâche très importante pour Fincantieri consistera à établir une chaîne d'approvisionnement fiable et solide capable d'alimenter la construction navale en Chine. A cet égard, Fincantieri et le district de Baoshan, après la signature d'une lettre d'intention spécifique en mai 2017, finalisent un accord pour la création d'un parc industriel dédié aux fournisseurs de navires de croisière.

Fincantieri promeut maintenant cette opportunité à travers sa propre chaîne d'approvisionnement mondiale.

Au stade actuel, Fincantieri, CSSC et Carnival définissent les spécifications techniques des navires afin de finaliser les contrats pertinents basés sur le MOA pour 2 + 4 navires signés en février 2017 à Beijing avec la présence du Président de la Chine Xi Jinping et le président de l'Italie, Sergio Mattarella.

Fincantieri livrera plusieurs équipements critiques aux navires pour assurer la qualité et supervisera leur installation à bord ».

 

Fincantieri Meyer Werft