Marine Marchande
Paralysie du trafic aérien : La ruée vers le transport maritime

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Paralysie du trafic aérien : La ruée vers le transport maritime

Marine Marchande

En ferry, en paquebot et même en bâtiment militaire et en porte-conteneurs... Des dizaines de milliers de personnes, privées d'avion à cause du nuage de cendres volcaniques provenant d'Islande, se sont rabattues sur le transport maritime pour rentrer chez-elles. Entrainant durant plusieurs jours la paralysie d'une grande partie de l'espace aérien européen, le nuage a, notamment, entrainé la fermeture des aéroports en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et dans le Benelux. Même si les avions ont été autorisés cette semaine à reprendre leurs vols, le retour à la normale est très progressif. Du coup, depuis huit jours, le trafic transmanche a connu un énorme afflux de passagers. Chez SeaFrance, entre Calais et Douvres, plus de 10.000 personnes supplémentaires ont été embarquées entre le 15 et le 22 avril. « En raison de la fermeture des aéroports, les voyageurs sont arrivés de partout en trains, en cars ou en voitures de location. La plus grosse journée a été celle de mercredi. On n'avait jamais vu ça à Calais ! Nous avons répondu à cet afflux en augmentant nos équipes à bord et à terre, ainsi qu'en rouvrant les traversées aux piétons, qui avaient été arrêtées en octobre 2009 par manque de rentabilité. Des navettes en bus ont également été mises en place entre les navires et les terminaux », explique-t-on chez SeaFrance. Pour la seule journée de mercredi, où le fréteur SeaFrance Nord-Pas-de-Calais a réalisé une rotation supplémentaire, la compagnie française a transporté, dans le détroit, près de 19.000 passagers (dont 3681 piétons au départ de Calais et 1261 au départ de Douvres), 241 cars, et 2573 voitures, sans oublier le trafic fret habituel (2164 camions). Pour le départ de 19 heures, 600 piétons ont pris place à bord du ferry en plus des passagers voyageant avec leurs véhicules ! Hier encore, environ 200 piétons embarquaient sur chaque navire, 600 personnes venues d'Espagne étant attendues en fin d'après-midi.

Le ferry SeaFrance Berlioz  (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
Le ferry SeaFrance Berlioz (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

Egalement au départ de Calais, P&O Ferries, qui réalise 28 rotations quotidiennes avec Douvres, s'est aussi mobilisée pour faire face à une explosion du nombre de passagers transportés. Au départ du port français, pas moins de 27.000 piétons ont pris place sur les navires de l'armement britannique entre le 15 et le 22 avril. La journée de mercredi a été, là aussi, la plus dense, une foule impressionnante se massant sur le port dans l'espoir de trouver un billet. « Nous avons été littéralement saturés, avec des milliers de personnes, dont certaines arrivaient d'Espagne ou d'Allemagne. Jusque tard dans la nuit de mercredi à jeudi, nous avons accueilli des flots et des flots de passagers, comme nous n'en avions encore jamais vu. Les traversées pour les piétons ont été rouvertes pour les liaisons de nuit et nous avons renforcé les personnels à bord afin d'augmenter la capacité en passagers », précise-t-on chez P&O Ferries, où on se félicite que « tout (se soit) bien passé ». Sur la seule journée de mercredi, la compagnie a transporté 7000 piétons de Calais vers Douvres. Hier, même si le gros de la vague semblait passé, des centaines de touristes arrivaient encore dans le Nord de la France. En milieu d'après-midi, on attendait, notamment, 150 cars rapatriant des touristes depuis le sud de l'Espagne.

Le port de Calais  (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
Le port de Calais (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

Logistique de crise

Devant un tel afflux, les compagnies mais aussi le port, les services de l'Etat et les collectivités locales, sans oublier les associations (la Croix Rouge était par exemple présente pour aider les vacanciers) ont mis en place une véritable logistique de crise. Pour l'occasion, l'administration avait autorisé un dépassement de 10% de la capacité règlementaire des navires en passagers. Cette disposition a permis d'embarquer sur chaque bateau 100 à 200 personnes de plus qu'en temps normal. « La crise sans précédent que vient de traverser le transport aérien a permis au port de Calais de démontrer son adaptabilité et l'efficacité des solutions mises en place dans l'urgence. En une semaine ce sont plusieurs dizaines de milliers de piétons qui ont pu traverser le Channel entre Calais et Douvres, soit 20 fois plus qu'en temps normal. Il a donc fallu en toute urgence adapter l'offre de service pour ces passagers, essentiellement britanniques, qui ont convergé vers Calais de toute l'Europe par trains et par bus », explique la Chambre de Commerce et d'Industrie de Calais, gestionnaire du port. Mise en service de navettes entre la gare SNCF et le port, renforts de transport pour les piétons sur le terminal transmanche, adaptation des règles de circulation pour faire face à un afflux de près d'un millier de voitures de location chaque jour, mise à disposition de services de restauration... Toutes ces mesures ont, selon la CCI, « permis de contribuer à limiter les effets de la désorganisation du transport de voyageurs entre l'Europe continentale et les îles britanniques ». Présent sur place mercredi, l'ambassadeur de Grande-Bretagne a, d'ailleurs, déclaré « avoir beaucoup apprécié les efforts effectués par l'Etat français, la CCI de Calais et la Ville de Calais qui ont rendu la situation moins difficile ».

Le Côte d'Albâtre et le Norman Arrow au Havre  (© : FABIEN MONTREUIL)
Le Côte d'Albâtre et le Norman Arrow au Havre (© : FABIEN MONTREUIL)

+30% chez Brittany Ferries, +400% chez LD Lines

L'afflux de « naufragés des airs » n'a pas seulement concerné le détroit du pas-de-Calais. Dans tous les ports offrants une liaison avec la Grande-Bretagne ou l'Irlande, les passagers se sont retournés vers les compagnies maritimes. Ainsi, en Bretagne, Normandie et depuis l'Espagne, Brittany Ferries a enregistré une hausse de son activité de 30%. Ainsi, le lundi 19 avril au terminal de Caen-Ouistreham, le ferry Mont Saint-Michel embarquait dans l'après-midi 900 passagers, contre une cinquantaine habituellement à cette période.
Filiale de Louis Dreyfus Armateurs, LD Lines a également vu sa fréquentation bondir. Le 20 avril encore, toutes les traversées des lignes Le Havre - Portsmouth et Dieppe - Newhaven affichaient complet. Sur les cinq jours précédents, la compagnie a vu le nombre de passagers transportés par les Norman Arrow, Côte d'Albâtre et Seven Sisters s'accroître de 400% ! « Pour absorber l'afflux de passagers, nous avons ouvert exceptionnellement les navires aux piétons et nous avons réaménagé les terminaux pour accueillir au mieux les passagers. Dans l'ensemble, les retours ont été très bons », précise-t-on chez LD Lines, où on espère que la découverte de la traversée maritime incitera de nouveaux clients à opter pour le ferry lors de leurs prochaines vacances.

Le TCD Albion  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le TCD Albion (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En bâtiment de débarquement, en paquebot ou en cargo

En dehors des ferries, d'autres moyens maritimes ont été mobilisés pour permettre aux vacanciers de rentrer chez eux. Ainsi, la Royal Navy a mobilisé le porte-aéronefs HMS Ark Royal, le porte-hélicoptères HMS Ocean et le transport de chalands de débarquement HMS Albion. Ce dernier a été chargé de rapatrier 440 soldats et 280 civils britanniques bloqués par le nuage de cendres à Santander. L'Albion a appareillé le 20 avril du port espagnol pour regagner Portsmouth, qu'il a atteint dans la nuit de mercredi à jeudi. L'escale de l'Ocean à Cherbourg, envisagée en début de semaine, a néanmoins été annulée. Le trafic aérien reprenant progressivement, la Royal Navy a également décidé de ne pas mobiliser l'Ark Royal.

Le Celebrity Eclipse  (© : MEYER WERFT)
Le Celebrity Eclipse (© : MEYER WERFT)

La mobilisation a, aussi, concerné le secteur de la croisière. Fraîchement livré par les chantiers allemands Meyer Werft, le paquebot Celebrity Eclipse a annulé sa traversée inaugurale. Le navire a appareillé mardi de Southampton avec 300 étudiants espagnols coincés en Angleterre. Les ayant débarqués à Bilbao, il a ensuite accueilli 2000 vacanciers (britanniques pour l'essentiel), bloqués en Espagne. Le grand navire, doté de 1426 cabines, est attendu aujourd'hui à Southampton. Il en sera de même pour un autre bateau de croisière, l'Island Escape, qui doit rapatrier ce matin, à Falmouth, 1400 clients de Thomson et First Choice (300 d'entre eux ont été embarqués à Madère). Le paquebot Queen Victoria a, quant à lui, débarqué mercredi soir à Cherbourg 350 passagers originaires d'Europe continentale, qui devaient à l'issue de leur croisière rentrer d'Angleterre par avion.
Enfin, même si cela est plus anecdotique, on notera qu'un certain nombre d'Européens, coincés sur le continent américain, ont décidé, faute de vols disponibles, de retraverser l'Atlantique en navire de commerce, profitant notamment des lignes régulières offertes par les porte-conteneurs.

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