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Paris ne louera pas de frégates à Athènes

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Paris ne louera pas de frégates à Athènes

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Une curieuse partie de ping-pong diplomatique s’est déroulée en fin de semaine dernière entre la France et la Grèce. Cette dernière, par la voix du numéro 2 de son ministère de la Défense, Fotis Kouvelis, a assuré vendredi qu’elle allait louer, à compter de cet été, deux frégates actuellement en service dans la marine française, dans l’attente de pouvoir commander des bâtiments neufs. Florence Parly a rapidement démenti cette information, indiquant qu’un tel accord n’était pas à l’ordre du jour. Mais Athènes n’a pas fait machine arrière. Après la réaction de la ministre française des Armées, une source au ministère grec de la Défense a confirmé de nouveau sa version à l’AFP, évoquant même un accord donné jeudi soir par Emmanuel Macron à Alexis Tsipras.

Reste que la France semble bel et bien décidée à ne pas transférer deux de ses nouvelles frégates : « Il est hors de question de céder deux FREMM à la Grèce, ces déclaration son totalement infondées », affirme-t-on à Paris.

La Marine nationale, qui va prendre livraison de la cinquième de ses huit nouvelles frégates multi-missions cet été, ne peut en effet se séparer du moindre de ses bateaux, comme cela avait été le cas en 2015 pour l’ex-Normandie, cédée à l’Egypte et devenue Tahya Misr. Cette fois, la flotte française n’a aucune marge de manœuvre, les quelques FREMM dont elle dispose étant à peine suffisantes pour couvrir ses besoins opérationnels.

Les déclarations grecques semblent en réalité s’inscrire dans le cadre d’un regain de tension avec la Turquie. Les relations historiquement difficiles entre les deux pays se tendent de nouveau et les forces armées helléniques voient leurs rivales turques monter en puissance, en particulier dans le domaine naval. La marine grecque souhaiterait donc disposer au plus vite de nouvelles unités.

Dans cette perspective, alors que le projet d’achat de six FREMM initié à la fin des années 2000 avait échoué suite aux déboires financiers grecs, les discussions ont récemment repris entre Paris et Athènes. Deux options ont été ouvertes en vue d’une éventuelle commande de deux bâtiments, assortie d’une option pour deux unités supplémentaires. Si la vente de corvettes du type Gowind semblait plus correspondre aux capacités financières de la Grèce, celle-ci tient apparemment à se doter de bateaux plus lourds, à même de surclasser les navires turcs, en particulier dans les domaines de la défense aérienne et de la lutte anti-sous-marine. Les négociations, qui en sont encore à un stade très amont, porterait donc plutôt sur la nouvelle gamme de Belharra de Naval Group, dont la version française est la FTI. Des frégates de plus de 4000 tonnes qui seront notamment équipées d’un radar à faces planes Sea Fire, de missiles surface-air Aster 30 et d’un sonar remorqué Captas 4 (version compacte de celui équipant les FREMM). En revanche, les Belharra n’ont à la base pas été conçues pour mettre en œuvre des missiles de croisière, contrairement aux FREMM, plus lourdes (6000 tonnes). Cette capacité était d’ailleurs prévue il y a 10 ans dans le projet avorté des frégates grecques. Adapter le MdCN à une variante de la FTI serait sans doute possible techniquement, mais cela augmenterait le prix des bâtiments. Il conviendrait en plus de voir, compte tenu des importantes évolutions géopolitiques intervenues depuis une décennie sur la partie orientale du bassin méditerranéen, si la France accepterait aujourd’hui de vendre à la Grèce une telle arme.

Quoiqu’il en soit, la première FTI ne sera livré à la marine française que fin 2023, les trois dernières FREMM l’étant en 2019, 2021 et 2022. Pour se doter de nouvelles unités, la Grèce devra donc patienter. A moins qu'une solution intermédiaire soit trouvée. On ne pourrait alors guère imaginer qu'un prêt ou une cession des deux frégates du type La Fayette qui ne seront pas modernisées pour la marine française, qui ne pourra rénover que trois de ces bâtiments entre 2020 et 2023.