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Pas-de-Calais : Des migrants tentent leur chance par la mer

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Pas-de-Calais : Des migrants tentent leur chance par la mer

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On est loin des embarcations surchargées en Méditerranée, avec des dizaines voire des centaines de personnes à bord, mais le sauvetage d’une embarcation de migrants au large de Calais le 6 février marque, peut-être, l’émergence d’un phénomène nouveau. Samedi matin, quatre migrants, à la dérive au large de Sangatte, près de Calais, ont été secourus par le canot Notre Dame du Risban de la SNSM. Partis apparemment de Dunkerque, où ils avaient embarqué sur une petite annexe de moins de 4 mètres, ces hommes, de nationalité iranienne selon les sauveteurs, tentaient de rejoindre les côtes anglaises. Mais le moteur de leur embarcation est tombé en panne suite vraisemblablement à un problème mécanique puisqu’il y avait encore de l’essence à bord. L’alerte a été donnée après la découverte d’un cinquième migrant sur la plage de Sangatte. Pris en charge par le SAMU et transféré à l’hôpital de Calais, l’homme, en état d’hypothermie, a indiqué aux secours qu’il venait d’un bateau en perdition à bord duquel se trouvaient quatre autres personnes.

 

NH90 belge (© MINISTERE BELGE DE LA DEFENSE)

NH90 belge (© MINISTERE BELGE DE LA DEFENSE)

 

Des naufragés qui ont eu beaucoup de chance

Prévenu à 5h48, le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage de Gris-Nez a immédiatement déclenché une opération de sauvetage en mobilisant la station SNSM de Calais et un hélicoptère NH90 belge de la base de Coxyde. Parallèlement, les pompiers du SDIS 62 ont conduit des patrouilles sur la plage de Sangatte, alors que les navires en transit dans la zone étaient informés par le CROSS et appelés à la plus grande vigilance. C’est finalement peu après 7 heures du matin que le Notre Dame du Risban a repéré l’embarcation à environ 3 milles du cap Blanc-Nez et sauvé ses occupants. « Deux étaient dans un état d’hypothermie grave. Ils ont eu beaucoup de chance car leur bateau n’est pas fait pour aller en haute mer. Heureusement la tempête n’était pas encore arrivée car au moindre coup de vent ou grosse vague, ils se seraient retournés et auraient probablement péri », confie un sauveteur, selon lequel les migrants sont restés environ 24 heures à la dérive.

 

Le canot de Calais (© SNSM)

Le canot de Calais (© SNSM)

 

« Il y en a qui disparaissent en mer »

C’est la première fois qu’une telle opération se déroule dans le détroit. Il y avait bien eu, en mai 2014, la récupération devant Calais d’un jeune migrant afghan à bord d’un radeau de fortune, constitué de quelques planches cloutées et en guise de voile d’un drap tendu par une canne à pêche. Un autre cas isolé a également été signalé il y a quelques semaines, indique-t-on à la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. Toutefois, jusqu’ici, aucune situation impliquant un bateau avec plusieurs personnes à bord n’avait été signalé. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas d'autres tentatives de passage maritime vers le Royaume-Uni. Les sauveteurs de Calais en sont persuadés : « Il y a en a d’autres, c’est certain, et il est clair qu’il y en a qui disparaissent en mer et dont on ne trouve jamais la trace ».

 

Le migrant afghan et son radeau en 2014 (© PREFECTURE MARITIME)

Le migrant afghan et son radeau en 2014 (© PREFECTURE MARITIME)

 

Un important dispositif de surveillance en place

Au CROSS, on semble également avoir de forts soupçons, mais faute de preuve on reste prudent. « Il se passe des choses et nous ne sommes pas au courant de tout. Il est donc difficile d’avoir une idée de la réalité de ces tentatives de passage et de l’ampleur du phénomène. Car, si personne ne donne l’alerte, nous n’avons aucun moyen de savoir qu’il se passe quelque chose ». Au centre de sauvetage, on rappelle toutefois que la zone est très surveillée : « Nous avons un solide dispositif de surveillance car 25% du trafic mondial passe par le détroit. Il y a aussi la ligne Calais-Douvres avec en permanence plusieurs ferries à la mer. Toute le monde est vigilant et prêt à signaler une embarcation en difficulté afin que nous puissions intervenir ». Alors que les marins des navires croisant dans le secteur, ainsi que les moyens maritimes des administrations veillent en mer, le réseau de sémaphores de la Marine nationale offre une couverture tout au long de la côte. A terre, la Gendarmerie est également sur le pont et un réseau de surveillance et de collecte de renseignements a été mis en place, en particulier autour des ports de commerce et de plaisance.

 

Le CROSS Gris-Nez (© DIRM)

Le CROSS Gris-Nez (© DIRM)

 

Des trous manifestes dans la raquette

Malgré tout, le dispositif n’est pas infaillible. Les moyens de veille maritimes ne sont pas forcément adaptés à la détection d’objets très petits, qui peuvent passer entre les mailles du « filet radar » ou de la surveillance visuelle des guetteurs, en particulier la nuit. La présence de nombreux navires de commerce et de pêcheurs ne garantit pas non plus une couverture totale. Preuve en a été faite samedi avec les Iraniens dont l’embarcation est restée un long moment à la dérive sans être repérée. Il aura fallu que l’un de ses cinq occupants décide de se jeter à l’eau pour rejoindre la côte à la nage, y parvienne et soit retrouvé vivant pour que l’alerte soit donnée et ses camarades sauvés. Un énorme coup de chance. On rappellera également la mise en examen, en novembre dernier, d’un pêcheur dunkerquois de 24 ans soupçonné d’appartenir à une filière de passeurs et d’avoir, de ses propres aveux, convoyé à plusieurs reprises des migrants vers les côtes britanniques à bord de son Zodiac. Il le faisait apparemment depuis une plage isolée près de Dunkerque et, pour assurer une discrétion maximale, effectuait des traversées nocturnes. Avec semble-t-il en arrière-plan un réseau international, six Albanais et Vietnamiens, considérés par les enquêteurs comme les organisateurs des transferts et recruteurs de candidats à l’exil, ayant également été mis en examen dans cette affaire, qui constitue une première en France.

Une pression très forte dans le secteur de Calais

Le Pas-de-Calais n’est, bien entendu, pas la Libye ou la Turquie. La zone reste surveillée et les opportunités de passage sont bien moins importantes. Mais la pression est très forte, avec les milliers de réfugiés et migrants qui se massent dans le nord de la France dans l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni. Alors que le renforcement des mesures de sécurité rend les chances d’embarquer clandestinement sur les ferries et de passer via le tunnel sous la Manche de plus en plus improbables, la tension continue de monter. Dans ces conditions, la traversée par la mer peut constituer une alternative. Surtout pour des personnes à bout qui ont tout quitté pour fuir la guerre, les persécutions ou simplement espérer une vie meilleure, et sont prêtes à tout pour atteindre cette Angleterre toute proche. Seuls 30 kilomètres séparent en effet le cap Gris-Nez de Douvres. « Cela risque de s’aggraver. Nous ne sommes pas en Grèce mais l’idée fait évidemment son chemin dans les esprits car les gens voient la côte anglaise juste en face, sans se rendre compte que, malgré la proximité, c’est une zone très dangereuse ». Entre le trafic maritime intense et les risques d’une mauvaise mer, tenter la traversée du détroit constitue une aventure très périlleuse. Mais ça, les migrants n’en ont pas conscience. Quant aux passeurs, qui ne manquent jamais d’imagination pour continuer d’alimenter leur trafic lucratif sans se soucier de la vie humaine, il s’agit peut-être d’une nouvelle opportunité.

Vigilance accrue

Reste maintenant à savoir s’ils seront en capacité de développer des modes opératoires susceptibles de déjouer les dispositifs de surveillance. Ce qui implique en particulier d’utiliser des zones côtières isolées, sachant qu’on ne peut poster un gendarme tous les 50 mètres sur le littoral. Quant aux moyens, en plus du vol de bateaux, comme ce fut apparemment le cas pour les migrants secourus samedi, les réseaux emploient par exemple, en Méditerranée, des embarcations gonflables peu coûteuses et facilement transportables. Même si rien n’indique pour l’heure qu’un phénomène de ce genre est en train d’apparaître dans le détroit, les derniers évènements et la situation explosive autour des migrants de Calais font que les autorités prennent ce risque au sérieux. Et s’organisent donc pour éviter l’émergence de nouvelles filières. 

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