Marine Marchande
Pas-de-Calais : Un marin en état d'ivresse à la barre d'un porte-conteneurs

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Pas-de-Calais : Un marin en état d'ivresse à la barre d'un porte-conteneurs

Marine Marchande

C'est une belle illustration de l'efficacité des moyens de surveillance du détroit du Pas-de-Calais. Dans la nuit du 19 au 20 février, les douaniers français ont été contraints de prendre le contrôle d'un petit porte-conteneurs, dont l'officier de quart était ivre. Immatriculé à Antigua et Barbuda, le Sisu Cursa venait de la mer du Nord et faisait route vers la Manche, dans la voie descendante du dispositif de séparation du trafic (DST) du Pas-de-Calais. Constatant une route erratique du navire, qui sortait de la voie descendante du DST pour venir à contresens dans la voie montante, les autorités britanniques ont alerté leurs homologues français, chargés de cette voie montante. Suivant la situation du Sisu Cursa grâce aux deux radars implantés à Gris-Nez et Hardelot (permettant de couvrir les 120 kilomètres du DST), le CROSS Gris-Nez a décidé d'intervenir après avoir eu des difficultés à communiquer avec l'officier de quart, dont la voix a apparemment trahi un état anormal. Le patrouilleur Jacques Oudart Fourmentin a été dépêché vers le navire, dont la route aurait pu s'avérer dangereuse s'il s'était engagé à contresens dans le DST. Montant à bord, les douaniers ont constaté l'incapacité du marin russe à assurer son poste en passerelle. Les fonctionnaires français ont donc pris la barre du porte-conteneurs, pour le conduire en sécurité dans la zone de mouillage de Dunkerque. Le commandant finissant par prendre en main son navire (...), le Sisu Cursa a finalement repris normalement sa route. Faute de matériel approprié, les douaniers n'ont pas pu faire « souffler dans le ballon » l'officier de quart, qui s'en sort donc plutôt bien (même si le commandant a promis de le débarquer).

Le Jacques Oudart Fourmentin, de la Douane (© : MARINE NATIONALE)
Le Jacques Oudart Fourmentin, de la Douane (© : MARINE NATIONALE)

Un cas exceptionnel mais des questions sur la fatigue des équipages

Au CROSS Gris-Nez, on qualifie cette affaire d'« anecdote ». Le précédent cas remonte, en effet, à mai 2008. Parti de Saint-Malo et naviguant à vide vers Rotterdam, le cargo polonais Ina avait failli s'échouer, l'homme en passerelle, ivre, s'étant endormi. A 6 kilomètres seulement de la côte, le tintamarre provoqué par les hélicoptères de la marine et de la sécurité civile, ainsi que le patrouilleur de la Douane, avait fini par réveiller le commandant, qui n'a pu que constater l'état d'ébriété de l'officier de quart. « Le cas du Sisu Cursa reste exceptionnelle. Nous avons au pire un ou deux cas par an, sur un trafic annuel de 100.000 navires. Cette affaire illustre néanmoins la façon dont nous travaillons pour assurer la sécurité dans le détroit du Pas-de-Calais », explique-t-on au CROSS. L'an dernier, sur 41.000 mouvements de navires dans le détroit, les autorités françaises, qui gèrent la voie montante du DST, n'ont dressé qu'une vingtaine de procès verbaux. L'essentiel concernait des pêcheurs ou plaisanciers qui ne respectaient pas les règles de navigation (pas de contresens, traversée du DST à la perpendiculaire sans gêner les bateaux...) Il n'empêche que le cas du Sisu Cursa, un porte-conteneurs de 93 mètres construit en 1998 et assurant des lignes feeder (cabotage), n'est pas sans renvoyer à la problématique de la fatigue des équipages. « Sur certains navires, notamment au cabotage international, on constate, pour des raisons économiques, une baisse des effectifs, alors que le rythme de travail est très élevé. Ces bateaux réalisent souvent au moins une escale dans la journée et les marins sont au bout du rouleau. On le constate lors des inspections dans les ports ou via le retour des pilotes qui montent à bord. Cela ne se traduit pas dans nos statistiques mais nous avons un ensemble d'informations qui montrent qu'ils y a un sous-effectif et des hommes de quart épuisés. Ce phénomène de fatigue fini par poser des problèmes de sécurité ». Cette problématique, difficilement maitrisable, a déjà fait l'objet de rapports au sein des Affaires Maritimes. Elle également à mettre en lien avec les accidents maritimes, dont les causes sont, la plupart du temps, liées à des erreurs humaines.