Marine Marchande
Pas de relâche pour la piraterie en océan Indien

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Pas de relâche pour la piraterie en océan Indien

Marine Marchande

Le malheureux chassé-croisé entre les navires attaqués et relâchés par les pirates au large de la Somalie ne connaît pas de trêve. Alors que les marines occidentales sont, pour une partie d'entre elles, désormais occupées sur un nouveau front en Libye, les pirates continuent d'occuper le terrain sur une zone de plus en plus vaste. Les dernières études font état d'un rayon d'action de plus de 2.5 millions de milles carrés, soit une augmentation d'un million de milles carrés en deux ans. La piraterie est désormais partout : dans le golfe d'Aden, pourtant traversé par le couloir sécurisé (IRTC), dans le bassin somalien, au large des Seychelles et du Kenya. Et de plus en plus à l'Est, où la marine indienne est maintenant une des plus actives dans la lutte contre le phénomène. Le mode opératoire, s'il s' « industrialise », reste néanmoins dans la lignée des premières attaques du début des années 2000. Un petit skiff avec des hommes armés suffit à détourner les navires de commerce. En témoigne l'attaque, la semaine dernière, du vraquier italien Rosalia d'Amato, détourné au large des côtes omanaises alors même qu'il était signalé et suivi par le centre de sécurité de la force européenne anti-piraterie Atalante (MSCHOA). A peine l'alerte donnée, les bâtiments militaires sur zone entrant en contact avec le vraquier ont obtenu, pour seule réponse de l'équipage, que les pirates étaient déjà à bord et qu'il fallait s'éloigner. Le chimiquier Gemini a, quant à lui, été attaqué hier à 180 milles à l'Est des côtes kenyanes. Là encore, il est amené dans les eaux territoriales somaliennes, où les négociations pour obtenir des rançons durent parfois près d'un an, pour atteindre des montants dépassant désormais régulièrement les trois millions de dollars. Actuellement 40 navires et 700 marins sont aux mains des pirates.



Etat des lieux des attaques pirates au 28 avril   (© : EU-NAVFOR)
Etat des lieux des attaques pirates au 28 avril (© : EU-NAVFOR)

Des interventions plus musclées

Face au phénomène qui prend toujours plus d'ampleur, à l'exaspération des marins et des armateurs et au coût occasionné par les actes de piraterie, les forces armées font évoluer leur réponse. D'un rôle essentiellement préventif et dissuasif, les marines engagées dans la zone passent désormais à des modes d'intervention plus musclés. On constate une augmentation des assauts de commandos pour libérer les navires et surtout des destructions de bateaux-mère. Ainsi, une dizaine d'entre eux - souvent des prises ultérieures servant à amener aux large de nombreux skiffs lâchés à la mer- a été détruite au cours du mois d'avril. Mais cette riposte ne manque pas d'engendrer une certaine nervosité chez les pirates, provoquant parfois des dérapages dramatiques comme dans le cas du Beluga Nomination, où une fusillade à bord a fait trois morts parmi les marins. Un des chefs des pirates somaliens, dans un témoignage recueilli par l'Agence France Presse, fait état d'un nécessaire changement de tactique des pirates. Et il semblerait que celui-ci soit déjà en train d'être opéré. En fin de semaine dernière, le bitumier indien Asphalt Venture, retenu depuis septembre 2010, a été relâché après paiement d'une rançon. En revanche, les pirates n'ont libéré que huit membres d'équipage, retenant sept otages, tous Indiens, dans un village de la côte. Ils exigent désormais que l'Inde libère 120 pirates présumés qu'elle a fait prisonniers et qui attendent leur jugement. Ce qui fait craindre aux experts de la question que le phénomène prenne de l'ampleur et que les pirates, à l'avenir, se servent de ressortissants des pays engagés dans la lutte contre la piraterie comme monnaie d'échange.

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