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Interview

Patrice Laporte : « Chaque site de l'ENSM aura une vocation affirmée »

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L'Ecole Nationale Supérieure Maritime a fait sa rentrée. L'occasion de faire le point avec Patrice Laporte, son directeur, sur l'évolution des formation, les effectifs, la réorganisation administrative et  l'avenir des quatre sites et notamment ceux de Nantes et Saint-Malo qui vont devenir des annexes.  

MER ET MARINE : Comment se porte les effectifs des différentes formations de l’ENSM ?

PATRICE LAPORTE : Le nombre d’élèves est stable pour les futurs navigants, il est sensiblement identique à l’année précédente en intégrant les redoublants. Du côté de la filière génie maritime, il est en hausse. Nous avons 116 admis en 1ère année à Marseille pour la filière O1, 110 sur concours et 6 sur titres. Pour la filière génie maritime (ingénieurs ENSM non navigants), nous avons admis 7 candidats en L3 et 15 en M1 à Nantes (dont 6 en provenance de la L3 de Marseille).

Pour les officiers chef de quart machine, nous avons 31 admis et 24 en filière officier chef de quart passerelle international.

A-t-on constaté une augmentation de l'attractivité des concours ?

Une hausse d’attractivité est constatée pour le concours ingénieur : 477 candidats pour 110 places offertes au concours en 2018 alors que le nombre de candidats était de 425 l’année dernière, pour 110 places. En 2016, le nombre de candidats était de 386 pour 180 places offertes. Le nombre de femmes est en nette augmentation et elles représentent 18 % de la promotion. Elles représentaient 13 % l’année dernière et la proportion oscillait aux alentours de 10 % les années précédentes, et ceci depuis de nombreuses années.

Il est constaté une baisse d’attractivité de la filière OCQM / CM 8000 kW. 48 places sont offertes au concours pour un nombre de candidats égal à 99 en 2016, 95 en 2017 et 72 en 2018. Cette désaffection pourrait s’expliquer par des modalités de concours inadaptées. Une analyse est en cours sur le sujet. La filière OCQPI rencontre un certain succès avec 80 dossiers reçus pour 24 places offertes.

Où en est-on de la réorganisation administrative avec le regroupement des services au Havre Y aura-t-il davantage de regroupements et de mutualisation dans les années à venir avec Saint-Malo et Nantes qui deviennent des antennes ?

La réorganisation a été actée par l’arrêté de restructuration qui a été publié en juillet 2018. Une quarantaine de personnes sont concernées par le regroupement au Havre. Le recrutement d’un directeur général des services et d’un directeur des études adjoint est en cours. L’essentiel des transferts s’effectuera d’ici septembre 2019 (direction des études, services financiers, direction du patrimoine). La DRH doit rallier Le Havre à l’horizon de septembre 2020. Tous les mouvements seront terminés d’ici septembre 2021.

Les sites de Nantes et de Saint-Malo ont vocation à devenir des antennes de l’ENSM, respectivement hébergées par l’Ecole centrale de Nantes et le lycée public maritime de Saint-Malo. Les antennes ne disposeront plus de services de soutien en propre, le soutien étant assuré par les établissements hébergeurs (accueil, entretien…). Il est prévu la construction de bâtiments neufs et le déménagement devrait être effectif pour la rentrée de septembre 2021.

A-t-on un premier bilan de la nouvelle filière OCQPI ?

En créant un cursus monovalent pont, visant des embarquements sous pavillon étranger, à la croisière, au yachting et à l’offshore, l’ENSM faisait le pari de former en trois ans des officiers parfaitement bilingues. Le pari est réussi puisque l’intégralité des 13 élèves de la première promotion qui est sortie en juin 2018, est en situation d’emploi, embarqués pour une moitié sur des navires de croisières et pour l’autre moitié sur différents types de navire, et pas seulement dans le secteur du pétrole. Seuls deux d’entre eux naviguent sous pavillon français (2ème registre)

Comment se présente le plan de spécialisation des quatre sites de l’ENSM ?

La spécialisation des sites, amorcée avec le projet d’établissement est accentuée de telle sorte que chaque site ou antenne ait une vocation bien affirmée. Le Havre va accueillir les années M1 et M2 de la filière navigant ingénieur, ainsi que l’intégralité de la filière monovalente pont, la formation initiale en 3 ans des OCQPI et enfin la formation professionnelle (qui va déménager de Nantes au Havre)

Marseille va avoir les 3 premières années, L1 à L3 de la filière ingénieur avec spécialisation à l’issue : les navigants iront au Havre et la filière ingénieur plus traditionnelle (génie maritime) à Nantes

Nantes accueille la filière ingénieur génie maritime, avec l’année L3 spécifique de maritimisation après recrutement sur concours banque filière PT (anciennement préparation au concours des Arts et métiers) et les années M1 et M2 avec deux parcours possibles : éco-gestion du navire, maintenance et déploiement de systèmes offshore (dont les EMR). Une spécificité de l’antenne de Nantes est que les enseignants seront immergés dans les laboratoires de l’Ecole centrale.

Saint-Malo va regrouper l’intégralité de la filière machine, la formation initiale en 3 ans et formation professionnelle. Les chefs mécaniciens illimités étaient auparavant formés à Nantes.

Concernant le recrutement des professeurs, y a-t-il des évolutions prévues sur le statut et la rémunération pour attirer davantage d'officiers de marine marchande ?

Une double réflexion est en cours : la formation des marins est très encadrée par des normes internationales (convention STCW). Néanmoins il existe une certaine latitude qui doit être exploitée au mieux. La première réflexion concerne la nature des enseignements pour lesquels des anciens navigants sont impérativement requis. Par exemple, il est certainement plus facile de faire comprendre les spécificités d’un navire à un enseignant en automatique que de transformer un ancien navigant en automaticien, les fondements de la matière étant très théoriques. A l’inverse l’enseignement de la sécurité et de l’exploitation des navires, de même que l’encadrement des séances de simulateur, requièrent l’intervention de professionnels  

Concernant le recrutement des anciens navigants, un groupe de travail a été constitué avec la DRH du ministère pour améliorer les conditions de recrutement des contractuels (meilleure prise en compte de l’ancienneté de navigant) et examiner les possibilités de trouver un corps d’accueil pour des « professeurs maritimes » titulaires.

Le site de Marseille est déjà le siège de partenariats avec des armateurs, comment s'organisent ces derniers ? L'ENSM a-t-elle vocation à développer ce type de partenariat, y compris avec des groupes étrangers ?

Deux partenariats fonctionnent sur le site de Marseille : le premier avec CMA CGM et Ponant pour exploiter un simulateur de passerelle et le second avec Gazocéan pour délivrer des formations GNL. L’ENSM cherche à développer d’autres partenariats, y compris avec des groupes étrangers mais il est prématuré d’en parler.

Quels sont les grands projets de recherche menés actuellement à l'ENSM ? Y-a-t-il notamment des réflexions autour des navires autonomes ?

La recherche à l’ENSM se décline selon trois axes. Le premier autour la sécurité maritime, un thème vaste puisqu’il enveloppe aussi bien les travaux sur la stabilité des navires que sur la cybersécurité maritime et l’exploitation des véhicules autonomes. Le deuxième est consacré à l’efficience énergétique et le troisième à la protection de l’environnement

L’ENSM contribue actuellement à 5 projets de recherche et développement, en partenariat avec d’autres établissements d’enseignement supérieur et de recherche, ainsi que des industriels. L’un de ces projets concerne directement la mise en œuvre de drones de surface et les aspects relatifs à la cybersécurité en font partie intégrante. Ces projets sont subventionnés par l’ADEME dans le cadre du navire du futur.

Un enseignant chercheur du Havre qui travaille dans le domaine de la stabilité dynamique des navires vient d’être nommé chercheur associé de l’IRENAV (institut de recherche de l’Ecole navale). Un second enseignant chercheur du Havre qui travaille dans le domaine des facteurs humains devrait prochainement être rattaché au Lab-STICC (laboratoire multidisciplinaire dont le périmètre de recherche va du capteur à la connaissance).

Dans le domaine des systèmes maritimes autonomes, une réflexion est en cours dans le cadre d’un projet interne à l’ENS et qui porte sur les verrous juridiques (un drone est-il est un navire sachant que tous les fondements juridiques de la responsabilité reposent actuellement sur une veille humaine à la passerelle).

Enfin l’ENSM travaille actuellement à la mise en place du CHERN, centre havrais d’expertise et de recherche en navigation. L’idée principale est de permettre à des industriels de tester des équipements, dont les aspects cybersécurité, à partir d’un simulateur de passerelle, ouvert (interfaces documentées). L’objectif est de pouvoir réaliser des essais en s’affranchissant d’essais à la mer coûteux (les coûts d’exploitation d’un navire à la mer sont de l’ordre de 10 à 50 fois supérieurs aux coûts d’exploitation d’un simulateur).

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Propos recueillis par Caroline Britz, Mer et Marine, septembre 2018

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