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Patrick Boissier: Quelles perspectives pour Alstom Marine?

Interview

Patrick Boissier: Quelles perspectives pour Alstom Marine?

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Il y a huit jours, MSC Cruises confirmait à Alstom Marine une très importante commande de deux paquebots géants. Ce contrat, qui dépasse le milliard d’euros, constitue une bouffée d’oxygène vitale pour le chantier naval. Les deux navires de 133.800 tonneaux et 1650 cabines embarqueront 3887 passagers. Saint-Nazaire sort donc la tête de l’eau mais le redressement n’est pas encore gagné. Mer et Marine fait le point avec Patrick Boissier, président d’Alstom Marine.

La confirmation de la lettre d’intention portant sur la construction des MSC Fantasia et Serenata était très attendue à Saint-Nazaire. Est-ce suffisant pour dire que le carnet de commande est plein jusqu’en 2009 ?

Patrick Boissier : C’est plus compliqué que cela. Ce contrat historique (le plus important signé par les Chantiers de l’Atlantique, ndlr) représente l’équivalent d’un an de travail. Il s’étend jusqu’en 2009 mais ne rempli pas le chantier sur toute la durée. Notre objectif est de prendre un milliard d’euros de commandes par an, c'est-à-dire l’équivalent des deux paquebots de MSC. La charge de travail commence donc à redevenir normale, alors que nous sortons d’une période de trois années difficiles. 2004 et 2005 sont correctes mais, avec le décalage entre la signature et la réalisation, nous subissons les effets des années 2001 à 2003, où il n’y a pas eu de contrats de paquebots.

L’effectif ne devrait donc pas bouger ?

Patrick Boissier : On ne peut pas dire qu’on va maintenir les effectifs ou qu’on va embaucher. Ce qui est certain, c’est que le nombre de personnes travaillant sur le site sera supérieur à ce qu’il aurait été si la commande n’avait pas été signée. La construction navale fonctionne par strates avec des creux entre les études, la réalisation et la finition. En attendant la fin des études pour les navires qui viennent d’être commandés, nous avons, en 2006, un problème de charge pour la direction de la fabrication (ex-coque métallique). Nous sommes donc à l’affût de tout ce qui est possible de faire pour fournir du travail à ce secteur, y compris la construction de blocs pour tel ou tel chantier.

On parle justement d’un possible contrat pour la réalisation de coques de navires de charge. Cela constituerait une rupture avec la stratégie que vous menez sur le créneau des paquebots ?

Patrick Boissier : Absolument pas. La démonstration a été faite cent fois sur notre compétitivité face aux chantiers asiatiques. Nous n’avons pas les mêmes coûts, les mêmes avantages monétaires et les mêmes outils. Nous ne pouvons donc pas nous battre.

Les syndicats appellent pourtant à la diversification…

Patrick Boissier : Nous ne pouvons nous placer que sur ce que nous sommes capables de faire, ce que nous faisons mieux que les autres et là où nous pouvons gagner de l’argent. C’est donc sur les navires à forte valeur ajoutée que nous avons le plus de chances, même si nous pouvons saisir des opportunités sur les autres secteurs, quand cela est possible.

A part les paquebots, quels sont les créneaux que vous visez ?

Patrick Boissier : Il n’y en a pas des centaines. Pour les méthaniers, les commandes restent exceptionnelles et ne peuvent se concrétiser qu’en cas de nouveautés techniques, ou lorsqu’un client est très pressé et donc qu’il est moins regardant sur le prix. Nous pouvons aussi jouer notre rôle sur les bâtiments scientifiques, mais ces marchés sont plutôt rares. Dans le domaine des grands yachts, le navire construit aux chantiers Alstom Leroux Naval de Lorient sera une très bonne référence. De nombreux propriétaires ont aujourd’hui des projets et nous espérons que l’achèvement de ce yacht sera un sérieux avantage pour engranger des contrats.

Egalement les navires militaires, après le partenariat passé avec DCN pour la construction des Bâtiments de Projection et de Commandement Mistral et Tonnerre ?

Patrick Boissier : Effectivement, ils nous intéressent, en particulier la coque des futurs porte-avions, dont la construction pourrait être réalisée en coopération entre la Grande-Bretagne et la France.

Pensez-vous que la bonne santé du marché de la croisière pourra enfin bénéficier à Saint-Nazaire ?

Patrick Boissier : Dans le secteur de la construction de paquebots, les commandes enregistrées en 1999 et 2000 nous ont propulsé dans une situation de leadership entre 2001 et 2003. Or, Alstom Marine est certes le chantier qui a vendu le plus de prototypes, mais le seul qui n’a pas eu de séries à continuer. Soit nos clients ont disparu (Festival, Renaissance Cruises, ndlr), soit nous avons produit des « one shot », c'est-à-dire des bateaux uniques, comme le Queen Mary 2 ou les navires réalisés pour NYK et Radison. Depuis 2003, les commandes de paquebots ont repris, mais pour l’essentiel, ce sont des bateaux répétitifs, dérivés des navires précédemment commandés. Les armateurs ont donc passé commande dans les chantiers qui avaient débuté les séries et qui étaient bien évidemment plus compétitifs, ce qui fait que nous sommes aujourd’hui dépassés par nos trois concurrents (Fincantieri, Meyer Werft et Aker Yards, ndlr).

La donne est en train de changer ?

Patrick Boissier: Désormais, de nouveaux projets voient le jour et nous sommes en négociation avec la plupart des compagnies sur des prototypes. Et quand il s’agit de faire de nouveaux paquebots, nous sommes aussi bons que tout le monde.

Propos recueillis par Vincent Groizeleau
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