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Patrick Chaumette  : Human Sea et Marisk, un jumelage complémentaire

Interview

Patrick Chaumette : Human Sea et Marisk, un jumelage complémentaire

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Les 3 et 4 octobre 2016, Nantes sera le théâtre d'un événement maritime d'ampleur internationale. Les experts du monde entier se retrouveront à la Cité des Congrès à l'occasion du colloque Human Sea & Marisk. Pendant deux jours, professionnels, chercheurs et acteurs du monde de l'enseignement et de la formation débattront et soulèveront les problématiques liées à la croissance bleue, avec, pour ambition, d'engendrer des solutions concrètes et applicables à court terme. Plus 30 experts, originaires de 11 pays, ont confirmé leur présence. Plusieurs conférences animeront ces deux journées. Il sera notamment question des organisations à haute fiabilité en mer. Trois tables rondes sont également inscrites au programme de Human Sea – Marisk, avec, entre autres, la thématique dédiée aux Energies Marines Renouvelables. Plusieurs intervenants d’entreprises, telles que Total, Bourbon Offshore Surf, Valemo, Brasca LTD, (Norvège), Tecnitas, le Cabinet Bessé seront présents. Des représentants des Ports de Djibouti et Anvers feront part de leur expérience. Le député Arnaud Leroy clôturera ces deux jours de colloque. Issus d'universités et d'établissements renommés, huit étudiants, doctorants et jeunes docteurs sont également invités à présenter leurs recherches. Sécurité maritime, professionnalisation des officiers de la marine marchande, mondialisation et organisation des navires… seront autant de sujets abordés lors de la Junior conférence. L'intégralité du programme est disponible sur le site humansea-marisk.com 

En amont de cet évènement, Patrick Chaumette, à l'orgine du projet Human Sea revient sur les enjeux et le contexte de ce partenariat avec Marisk

 

MER ET MARINE : Vous êtes bien connu des gens de mer, pouvez-vous nous rappeler votre parcours et votre engagement auprès des marins ?

P.CHAUMETTE : Enseignant de droit social à l'université de Nantes, membre de l'équipe Droit et Changement Social, avec le professeur Alain Supiot, maintenant au Collège de France, j'ai coopéré dès 1983 avec le Centre de Droit Maritime et Océanique des professeurs Yves Tassel, Jean-Pierre Beurier et Philippe-Jean Hesse, avec un enseignement sur le droit social des gens de mer. J’ai rédigé en 1993, « le contrat d'engagement maritime », un ouvrage pédagogique aux éditions du CNRS. En 1995, je participe, sous la direction de Jean-Pierre Beurier, à la rédaction de « Droits maritimes », réédité chez Dalloz en 2006, 2008 et 2014.

En 1993, Jean-Pierre Chaussade, géographe, directeur de recherches au CNRS à Nantes, m'embarque dans le groupe Mer du CCFD, à propos des navires et équipages abandonnés : un premier colloque se tient  à Issy-Les Moulineaux en 1993, un second en 1998 à Rezé, alors que l'Oscar Jupiter, navire roumain est sous le pont de Cheviré, à Nantes, au quai des herbes folles.

Après une longue attente pour les marins de l’Oscar Jupiter,  le syndicat roumain des marins accepte de défendre l'équipage, le capitaine George Popa reçoit  la presse, les caméras de France 2 passe en direct au JT de 20H de Daniel Bilalian. Le deuxième jour du colloque voit l’arrivée massive des télés et  radios.

Le ministère demande alors  un rapport à Jean-Marie Gilory, inspecteur général des affaires maritimes. Les inspecteurs ITF arrivent en France, dont James Smith, CFDT, coordonnateur. Les seamens' clubs, syndicats, avocats concernés, ainsi que l'administration souhaitent un lieu d'information, de rencontres. C’est ainsi que naît la FAAM, fédération des associations d'accueil des marins, devenue fédération nationale FNAAM. Puis, en 2001, l'Observatoire des Droits des Marins en 2001, dont l'activité débute en 2003, avec le recrutement de Véronique Aubert, grâce à un budget de lancement de 3 ans du CCFD. Notre première rencontre a lieu en janvier 2004, à la Maison des Sciences de l'Homme Ange Guépin, quand se tient au Musée des Beaux-Arts de Nantes, le groupe de travail de haut niveau de l'OIT, présidé par Jean-Marc Schindler. Ce dernier a cristallisé à Nantes la réussite de la convention du travail maritime, adoptée en 2006, à Genève et entrée en vigueur en 2013.

Je suis devenu membre, personnalité qualifiée, du Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels maritimes et du bien-être des gens de mer, puis du Conseil supérieur des gens de mer.

 

En quoi consiste le projet Human Sea, qui sera une part importante du congrès qui va se tenir la semaine prochaine ?

Il s’agit d’un projet déposé, au Conseil Européen de la Recherche en 2012, retenu dans les Advanced Grant 2013, du 7ème PCRD, du 1er mars 2014 au 1er mars 2019, avec un budget -conséquent en Sciences Humaines et Sociales - de 1,7 million d'euros.

Le projet est fondé atour du constat que les nouvelles technologies conduisent au développement de nouvelles activités en mer, qu'il faut examiner, puis étudier de manière juridique. L'équilibre entre la protection de l'environnement marin et cette extension - la croissance bleue-  interroge ce que l'on dénomme la gouvernance des océans.

Cette réflexion et ce programme est tout à fait dans l'air du temps : en France, il aurait été retenu seulement du point de vue technologique ; ma surprise reste que les experts de l'ERC ait pris la dimension interdisciplinaire, vers des questions juridiques au sérieux.

 

Quel est le cadre de votre implication dans le congrès Human Sea Marisk ?

Human Sea est d'abord un ouvrage, qui vient de sortir chez Gomylex sur un thème classique pour moi : Seafarers -  An International Labour in Perspective - (Gens de mer : un marché international du travail en perspectives). Un autre ouvrage, également chez Gomylex, reprend les thèmes du colloque Marisk de l'an dernier  autour  de la surveillance et prévention des trafics illicites en mer Espaces marins : Surveillance et prévention des trafics illicites en mer. En octobre 2016, je voulais évoquer les questions de cyber-sécurité, d'EMR, de plateforme offshore, de sécurité et de  sûreté des navires et des ports. Il était évident pour moi que nous allions évoquer les mêmes thèmes avec le même auditoire, donc le jumelage s'imposait.

Il s'agit aussi de présenter une plate-forme enseignement recherche Mer aux collectivités locales, à travers notamment l'IUML, l'Institut mer et Littoral, qui lie les labos maritimes de l'université de Nantes, l'Ecole centrale, IFREMER, ENSM, ENSAM ......

Il est également utile pour nous de faire le point sur les innovations et réflexions, le questionnement plus juridique reviendra en 2017.

Le colloque final de Human Sea se tiendra, quant à lui, les 1 et 2 octobre 2018, et s’articulera plus ou moins autour de la nécessaire gouvernance des océans. Ce sera donc un colloque jumelé entre le programme européen que j'anime dans l'université de Nantes et nos partenaires habituels des colloques Marisk.