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Patron pêcheur : Emilie comme un poisson dans l'eau
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Patron pêcheur : Emilie comme un poisson dans l'eau

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Émilie, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, ni trop la langue dans sa poche, fait partie de ces jeunes femmes, qui, adolescentes, s’ennuyaient ferme sur les bancs de l’école. « Quand j’étais en première, j’ai voulu arrêter, n’en pouvant plus d’être là, à chercher un boulot à l’air libre, mais sans savoir lequel ! ». De retour chez ses parents, pas question pour son père Yvon Le Touarin de la voir traîner. « Il m’a dit qu’il avait besoin d’un coup de main à la pêche, et malgré l’avis de ma mère, je suis montée à bord du bateau, et ne suis plus redescendue ! » Celle qui deviendra sa propre patronne passe alors par le lycée Pierre-Loti de Paimpol et embarque sur le bateau familial comme matelot, au coude à coude avec Camille Morvan. « Je disais de lui qu’il cherchait sa Sirène ! Ça le poursuit encore », s’amuse-t-elle. Émilie Le Touarin devient Mme Rollet en rencontrant et en épousant Alexandre. Avec une sacrée volonté et une énergie à revendre, notamment en faisant l’acquisition de viviers pour alimenter la vente sur les marchés, le jeune couple s’associe. Mais va connaître des coups durs. « On a eu le bateau de mon père, mais il s’est disloqué sur le sable après avoir rompu les amarres. Mais, bon, on n’a rien lâché », expose-t-elle.

« Ce n’est jamais macho »

Entre-temps, Émilie est devenue maman. Une petite Bleuenn, puis une petite Margot, aujourd’hui âgées de 5 ans et 3 ans, sont venues agrandir la famille. Et le jeune couple qui avait acquis un nouveau navire de 14 m, le Bleuenn, a aujourd’hui le Bleuenn II, de 11,94 m. « Le premier faisait fileyeur en plus du chalut et de la coquille mais ce n’était pas une vie car on travaillait tout le temps, week-ends compris. Avec celui qu’on a maintenant, on va seulement à la coquille et au chalut ». Alexandre et Émilie travaillent avec deux matelots, Anthony Henry, depuis deux ans, et Jean-Philippe Nédellec, matelot sur le Bleuenn II depuis douze ans. « On a acheté le gars en même temps que le bateau », rigole Émilie, ravie d’être entourée de « ses » hommes. « Ce n’est jamais macho, bien au contraire, ils sont toujours aux p’tits soins et très prévenants. Mais bon, je leur fais la cuisine, aussi ! ».

Du ciré aux crampons !

La jeune femme passe de toute façon moins de temps en mer. « Mes filles sont trop petites pour que je puisse les laisser mais je vais encore en pêche. Ça me manquerait trop sinon et je suis super bien entourée par ma mère qui vient chez moi s’occuper des petites et qui vend notre pêche sur les marchés de Perros-Guirec et Tréguier, pendant que moi, je fais celui de Penvénan ».

Autre coup de main de sa maman, c’est le temps que passe Émilie sur les terrains de foot. « J’ai joué en excellence régionale avec l’équipe de Lannion et je continue toujours de jouer chaque dimanche, en plus de deux entraînements par semaine ».

Un baptême pour conjurer le sort

Basée à Port Blanc et Plougrescant, la famille a ses habitudes dans la baie de Paimpol. « On débarque à Pors-Even et le bateau est souvent à Paimpol au ponton pro ». Un bateau que le jeune couple a voulu faire baptiser par un prêtre en janvier dernier. « Je suis assez croyante et on a eu des mauvais moments. Je crois même que c’était dû au fait de changer de nom au bateau sans passer par un baptême, ça porte la poisse ! Alors là, on a voulu conjurer le sort. Ça permet de mettre toutes les chances de son côté, et puis, il y a une fierté de montrer son outil de travail. Ce n’est pas rien ». Pas rien non plus, le moment convivial qui a suivi, « l’apéro quoi ! Ça aussi, ça compte ! »

Un article de la rédaction du Télégramme

 

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