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Patrouille maritime : Accord franco-allemand en vue d’un programme commun

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Patrouille maritime : Accord franco-allemand en vue d’un programme commun

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A l’occasion du salon ILA, qui s’est déroulé du 25 au 29 avril à Berlin, la ministre française des Armées Florence Parly et son homologue allemande Ursula von der Leyen ont signé une lettre d’intention en vue de développer en commun la prochaine génération d’avions de patrouille maritime. Ce projet, pour le moment connu sous le nom de MAWS (Maritime Airborne Warfare System), vise à assurer, à partir de 2030, la succession des Atlantique 2 de l’aéronautique navale française et des P-3C Orion de la marine allemande.

Pour mémoire, les Atlantique 2 ont été livrés à la Marine nationale entre 1989 et 1997 afin de remplacer les Atlantic, qui pour mémoire avaient fait l’objet en leur temps d’un programme européen à forte consonance franco-allemande. Leurs successeurs furent développés uniquement par la France, avec en tout 28 ATL2 livrés dont 22 sont encore en parc. Conduit par Dassault Aviation, un important programme de modernisation va permettre la remise à niveau de 18 de ces appareils. Cette année est consacrée aux essais du prototype, dont l’évaluation opérationnelle puis la qualification doit intervenir en 2019. 14 autres Atlantique 2 rénovés doivent être livrés d’ici 2023 et les autres avant la fin 2025.

L’Allemagne, de son côté, a retiré du service ses derniers Atlantic en 2010 et exploite aujourd’hui 8 Orion. Ces avions ont été rachetés en 2004 aux Pays-Bas et réarmés à partir de 2006 dans la marine allemande. Modernisés, ils doivent pouvoir voler jusqu’à la fin des années 2020.

 

Un P-3C Orion allemand ( © BUNDESWEHR

Un P-3C Orion allemand ( © BUNDESWEHR)

 

Le besoin parait donc un peu plus urgent de l’autre côté du Rhin mais les deux pays comptent faire en sorte que leurs programmes de remplacement convergent afin de mutualiser les frais, d’autant qu’il s’agit là de petites séries. Paris et Berlin souhaitent d’ailleurs ouvrir MAWS à d’autres pays afin d’augmenter le nombre d’avions réalisés et, par conséquent, diminuer les coûts.

On se rappelle à ce propos que l’an dernier, huit nations de l’OTAN (Allemagne, Canada, Espagne, France, Grèce, Italie, Pologne et Turquie) avaient annoncé leur intention d’étudier une coopération autour d’un futur avion de patrouille maritime. D'autres pays de l'Alliance ont quant à eux fait d'autres choix, comme le Royaume-Uni et la Norvège, qui ont opté pour le P-8A américain. 

Certains de ces pays pourraient donc s’agréger autour de l’initiative franco-allemande, qui double un autre rapprochement entre Paris et Berlin annoncé un peu plus tôt, celui portant sur le développement du Système de Combat Aérien Futur (SCAF). Ce programme, qui se traduit par une alliance entre Dassault et Airbus (le groupe français prenant le lead), permettra de compléter à partir de 2035 puis de remplacer les Eurofighter et les Rafale actuellement en service dans les forces françaises et allemandes. Mais le SCAF ne s’arrête pas là puisqu’il vise à faire émerger un ensemble de systèmes connectés et interopérables associant non seulement les appareils de combat existants et futurs, mais aussi des drones MALE (moyenne altitude, longue endurance), de futurs missiles de croisière et des drones évoluant en essaim. 

Pour ce qui est des nouveaux avions de patrouille maritime, toute la difficulté réside maintenant dans une entente autour d’une plateforme commune. Même si Berlin et Paris semble avoir suffisamment convergé, si l'on place le projet dans un environnement plus large, les besoins et l’importance de la PATMAR ne sont pas identiques d'un pays à l'autre. Pour la France, il s’agit par exemple d’un outil crucial, étroitement associé à la dissuasion nucléaire, puisque les ATL2 font pleinement partie des moyens chargés de protéger les sous-marins de la Force océanique stratégique. La France emploie également ses avions de patrouille maritime sur des théâtres d’opération terrestres, en particulier au Levant, où ils mènent des opérations de reconnaissance, de renseignement mais aussi de bombardement. 

 

ATL2 en mode bombardier ( © MARINE NATIONALE)

ATL2 en mode bombardier ( © MARINE NATIONALE)

 

Globalement, les avions de PATMAR ont pour missions principales la lutte anti-sous-marine et la lutte antisurface, auxquelles il faut ajouter la surveillance et le sauvetage en mer. Ils doivent disposer d’un long rayon d’action et d’une forte autonomie, ainsi que de puissants moyens spécialisés (radar maritime, système électro-optique, bouées acoustiques, torpilles, missiles antinavire…)

Différentes options sont aujourd’hui possibles pour remplacer les Atlantique 2 et P-3. Airbus a par exemple ressorti récemment sa version PATMAR de l'A320, cette fois sur la base de l'évolution « neo » de ce biréacteur. L’avionneur européen dispose aussi de la famille C295, déjà vendue à plusieurs pays mais qui ne conviendra sans doute pas à la marine française, les capacités de cet appareil étant probablement trop limitées par rapport à ses besoins. Quant au choix du réacteur plutôt que du turbopropulseur, c’est là aussi un autre débat, les Français ayant jusqu’ici préféré pour la patrouille maritime les avantages procurés par les avions à hélices pour les vols à très basse altitude. Parmi les solutions sur étagère, il existe aussi le P-1 du groupe nippon Kawasaki , dont les Japonais font la promotion en Europe (un appareil était notamment au salon ILA) et bien sûr le P-8 américain. Enfin, il reste bien entendu la possibilité de développer un nouvel appareil européen, si tant est que les coûts ne soient pas trop élevés, ce qui passe notamment par le nombre final d'avions à produire.

 

L'A320neo MPA ( © AIRBUS)

L'A320neo MPA ( © AIRBUS)

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