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Patrouille maritime : l’Atlantique 2 rénové arrive
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Patrouille maritime : l’Atlantique 2 rénové arrive

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L’aviation française de patrouille maritime va connaitre une cure de jouvence avec l’arrivée de l’Atlantique 2 au standard 6. Notifié le 4 octobre 2013 à Dassault Aviation et Thales, le programme a connu cette année une étape cruciale avec la réception des deux premiers appareils modernisés. Parmi eux, celui qui a servi à valider la modernisation avec l’intégration et la rénovation des différents systèmes concernés, ainsi que tous les essais en vol associés. Ce prototype a fait l’objet de travaux et essais au sein d’une équipe intégrée réunissant les industriels, la marine et la Direction Générale de l’Armement (DGA).

Un outil crucial maintenu au-delà de 2030

« La rénovation de l’Atlantique 2 a pour objectif de permettre un emploi opérationnel de l'avion post-2030, sachant que la pérennité de la plateforme (cellule et moteurs) est acquise au-delà de cette date », rappelle-t-on à l’état-major de la Marine nationale. Pour cette dernière, ce programme est stratégique car les avions de patrouille maritime sont un élément clé du dispositif de lutte anti-sous-marine et ils contribuent à la crédibilité de la Force océanique stratégique.

Conçus pour la lutte ASM et antinavire, les ATL2 sont notamment chargés de la protection des approches maritimes et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) qu’ils escortent en Atlantique lors de leurs départs et retours de patrouilles, veillant à ce qu’aucun sous-marin étranger ne puisse les suivre. Egalement employés au profit du groupe aéronaval, soutenant le porte-avions et son escorte depuis des bases terrestres, ainsi que pour le sauvetage en mer, ces appareils sont par ailleurs très sollicités sur des théâtres d’opérations terrestres. Ils se sont notamment relayés ces dernières années sur le continent africain et au Levant, effectuant des missions de renseignement et de détection d’objectifs, avec aussi la possibilité d’effectuer des bombardements grâce à l’emport de bombes GBU12. L'Atlantique 2 est donc un outil extrêmement polyvalent au service de l'Etat-major des armées. 

 

Atlantique 2 largant une bombe (© : 

Atlantique 2 largant une bombe (© : MARINE NATIONALE)

 

Une frégate volante aux multiples capacités

Considéré par les marins comme une « frégate volante », cet avion de 31.7 mètres de long pour 37.5 mètres d’envergure et 11.7 mètres de hauteur affiche une masse maximale au décollage de 48 tonnes. Très endurant, il peut voler jusqu’à 14 heures et franchir près de 8000 kilomètres. Son équipage est constitué de 10 à 12 personnes selon les missions. Ce bimoteur doté de deux turbopropulseurs Rolls-Royce Tyne Mk21 de 5600 cv chacun est un avion puissant, manoeuvrant et capable de voler à très faible altitude. Il est équipé de hublots d’observation (dans le nez et sur les côtes), d’un radar optimisé pour la surveillance maritime, d’un système optronique avec caméras TV/IR, ainsi que différents moyens pour débusquer des sous-marins en plongée : détecteur d’anomalie magnétique (MAD) dans la queue et de nombreuses bouées acoustiques largables. Les signaux détectés par celles-ci sont traités à bord de l’avion, les pistes recueillies contribuant à la tenue d’une situation tactique qui peut être partagée avec d’autres unités au moyen de liaisons de données. L’imposante soute à armement peut quant à elle accueillir deux missiles antinavire Exocet AM39, ou six torpilles légères MU90 ou encore quatre bombes de 250 kg. Enfin, pour les missions de sauvetage en mer, une trappe permet de larguer des chaînes SAR (search and rescue) comprenant des canots gonflables.

 

 

18 avions passeront au standard 6 d’ici 2025

Alors que 27 Atlantique 2 ont été mis en service au sein de l’aéronautique navale entre 1989 et 1997, seuls 22 sont encore en service. Sur ce total, 18 vont passer au standard 6. Après les deux premiers livrés en 2019, deux autres ATL 2 doivent suivre l’année prochaine. La Marine nationale table ensuite sur trois à quatre livraisons par an, l’objectif étant de disposer du 18ème et dernier avion modernisé d’ici la fin 2025. Les capacités opérationnelles des deux flottilles équipées de ces « PATMAR », les 21F et 23F, basées à Lann-Bihoué, près de Lorient, auront alors été sensiblement accrues.

Bien que les deux premiers avions modernisés aient rejoint la base d’aéronautique navale du Morbihan, ils n’ont pas encore été officiellement versés dans les flottilles. Ils doivent en effet d’abord passer aux mains du Centre d’expérimentations pratiques de l’aéronautique navale (CEPA/10S), qui a notamment pour vocation de suivre le développement et la mise au point des aéronefs nouveaux ou modernisés, qu’il réceptionne avant leur intégration dans les forces. En matière de calendrier, la Marine nationale, interrogée par Mer et Marine, inique qu’une première capacité opérationnelle est attendue en 2021. L’objectif est une mise en service complète du standard 6 en 2021. La première flottille qui en sera équipée n’est pas encore désignée.

 

Le site Dassault d'Istres (© : 

Le site Dassault d'Istres (© : DASSAULT AVIATION - VÉRONIQUE ALMANSA)

 

Une modernisation effectuée chez Dassault à Istres

Les travaux de modernisation ont été réalisés à Istres, où se trouve le centre de Dassault Aviation dédié aux développements, aux modernisations et aux expérimentations. Le prototype y a été équipé puis testé. A suivi un premier avion de « série » sur lequel la rénovation mise au point et validée sur le premier appareil a été appliquée. Pour la suite, Dassault rénovera au moins deux autres ATL 2, et peut-être trois supplémentaires (des discussions sont en cours à ce sujet). Les autres appareils seront mis à niveau dans les ateliers du Service industriel de l’aéronautique (SIAé). Après une phase de réception forcément plus longue sur les premiers,  la procédure sera plus rapide sur les prochains avions, avec un simple vol de contrôle à l’issue du chantier, qu’il soit mené par Dassault ou le SIAé.

 

ATL 2 sur le site Dassault d'Istres (© : 

ATL 2 sur le site Dassault d'Istres (© : DASSAULT AVIATION - VÉRONIQUE ALMANSA)

 

Les quatre appareils non modernisés voleront jusqu’au bout

Quant aux quatre Atlantique 2 qui ne bénéficieront pas de la rénovation et resteront donc au standard 5, ils seront retirés du service après 2025. La marine compte poursuivre l’exploitation de ces appareils jusqu’à atteindre le potentiel maximal offert par leur dernière grande maintenance. Offrant des capacités plus réduites, ils seront à priori plutôt dédiés à la surveillance maritime et au sauvetage en mer.

Le contenu du chantier de rénovation

Concernant le détail de la modernisation, au-delà du traitement des obsolescences d’un avion conçu dans les années 1980, le standard 6 de l’ATL2 intègre un nouveau système de combat et un nouvel ensemble calculateur et logiciel ainsi que de capteurs modernes : radar, optronique et bouées acoustiques de nouvelle génération.

 

Dans le cockpit du Standard 6 de l'ATL 2 (© : 

Dans le cockpit du Standard 6 de l'ATL 2 (© : DASSAULT AVIATION - A. BONFORT)

 

Les avions modernisés voient notamment leur radar Iguane remplacé par un nouveau système de la famille Searchmaster de Thales, qui utilise les dernières technologies issues du RBE2 AESA dont est doté le Rafale. Le nouveau radar aéroporté multi-rôle à antenne active de l’ATL 2 S6 est conçu pour la lutte anti-sous-marine et antisurface, la patrouille maritime, les missions aéroterrestres et de support aérien tactique. Il est notamment optimisé pour la détection de cibles maritimes, y compris de très petite taille, comme des périscopes (voir notre article détaillé sur ce nouveau radar). 

 

Le radar Searchmaster installé sur l'Atlantique 2 (© : 

Le radar Searchmaster installé sur l'Atlantique 2 (© : DGA ESSAIS EN VOL)

 

Comme on le rappelle à l’état-major de la marine, le système de traitement acoustique passe quant à lui du monde analogique au monde numérique. Il permettra de traiter plus de bouées acoustiques, passives comme actives et avec de meilleures performances. Le capteur optique est remplacé par des Wescam MX20D beaucoup plus performantes. Le calculateur tactique est également changé pour du matériel plus récent permettant d’accueillir le logiciel de mission rénové LOTI (logiciel opérationnel de traitement de l’information) de Naval Group.

Enfin les consoles de visualisation sont changées, d’une part en raison de l’obsolescence matérielle des consoles actuelles, et d’autre part pour s’adapter aux nouvelles performances des équipements modifiés. L’enjeu secondaire est de faciliter la maintenance des équipements rénovés pour réduire les coûts et délais de maintenance.

 

Atlantique 2 avant rénovation (© : 

Atlantique 2 avant rénovation (© : MARINE NATIONALE)

Atlantique 2 rénové (© : 

Atlantique 2 rénové (© : DASSAULT AVIATION - A. BONFORT)

Atlantique 2 rénové (© : 

Atlantique 2 rénové (© : DASSAULT AVIATION - A. BONFORT)

Atlantique 2 rénové (© : 

Atlantique 2 rénové (© : DASSAULT AVIATION - A. BONFORT)

 

Faire face à une menace sous-marine accrue

Face à la résurgence de la menace sous-marine, avec un nombre toujours plus important d’unités évoluant sous la surface de la mer et le développement de bâtiments modernes de plus en plus silencieux et à l’autonomie en plongée accrue pour ceux dotés d’une propulsion conventionnelle et d’un AIP, la mise en service prochaine du standard 6 de l’Atlantique 2 est cruciale pour la flotte française. Car elle va permettre à l’aéronautique navale de revenir dans le cercle relativement fermé des forces mettant en œuvre des avions de patrouille maritime très performants, notamment en matière de pistage de sous-marins.

 

Atlantique 2 rénové (© : 

Atlantique 2 rénové (© : DASSAULT AVIATION - A. BONFORT)

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(© : DASSAULT AVIATION - CYRILLE COSMAO)

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