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Patrouilleurs saoudiens : Rien n'est joué

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Patrouilleurs saoudiens : Rien n'est joué

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Qui décrochera la commande d’une trentaine de patrouilleurs pour l’Arabie Saoudite ? La question n’est toujours pas tranchée. Dans ce dossier extrêmement complexe, la plupart des constructeurs français sont en lice. Et la concurrence est, ce n’est rien de le dire, particulièrement acharnée.

Pour mémoire, c’est dans les années 2000 que Ryad a initié un projet de renouvellement des patrouilleurs rapides de la marine royale, un programme indépendant de celui portant sur une centaine de bateaux de 15 à 90 mètres destinés au ministère saoudien de l’intérieur et remporté par l’Allemand Lürssen. Le futur programme des patrouilleurs de la marine est pourvu d’une enveloppe de 600 millions de dollars, de quoi réaliser une trentaine d’unités d’environ 30 mètres, sachant que ces bâtiments doivent pouvoir dépasser la vitesse de 30 noeuds.

 

Le FPB 98 d'Ocea (© : OCEA)

Le FPB 98 d'Ocea (© : OCEA)

 

Ocea sélectionné

Positionné depuis l’origine sur ce marché, Ocea, seul industriel français à répondre à l’une des principales exigences saoudiennes, en l’occurrence d’avoir livré au moins 20 patrouilleurs du type proposé dans les quatre dernières années, a été sélectionné à deux reprises à l’issue d’une consultation internationale dont il est sorti vainqueur. Le constructeur vendéen pensait l’affaire acquise mais la situation s’est sérieusement compliquée en 2014. Alors que la France faisait de la vente de FREMM une priorité absolue, quitte à faire trainer d’autres projets, les Saoudiens ont sifflé la fin de la partie après l’été en signifiant à Paris que les frégates n’étaient pas prioritaires, contrairement aux patrouilleurs. A défaut de pouvoir immédiatement placer Sawari III, DCNS s’est rabattu à la surprise générale sur le marché visé par Ocea, mais aussi par CMN et Couach.

 

Le premier HSI 32 produit par CMN (© : CMN)

Le premier HSI 32 produit par CMN (© : CMN)

 

CMN et Couach entrent dans la danse

Car les deux autres chantiers français se sont, entretemps, eux-aussi lancés dans la course, le second entrant en compétition après la visite sur son stand d’une délégation saoudienne au moment du salon Euronaval, en octobre dernier. Alors que le cahier des charges saoudien spécifie des bateaux en aluminium, Couach serait parvenu à convaincre que des coques en composite, sa spécialité, répondent aussi aux besoins de ce client. Ocea et CMN, de leur côté, proposent des modèles en alu, avec pour le Vendéen un dérivé du type FPB 98, déjà commandé à plus de 30 exemplaires par des marines étrangères, 26 ayant été livrés depuis 2011. Du côté des Cherbourgeois, on mise sur le tout nouveau HSI 32, vendu au Mozambique et dont la tête de série a été mise à l’eau la semaine dernière.

 

Piriou n'achèvera ses premiers patrouilleurs, du type CPV 105, qu'en 2016 (© : PIRIOU)

Piriou n'achèvera ses premiers patrouilleurs, du type CPV 105, qu'en 2016 (© : PIRIOU)

 

DCNS se tourne vers Piriou, qui se rapproche de Raidco

Quant à DCNS, le problème pour le groupe naval est qu’il n’a aucune référence dans les petits patrouilleurs. Il s’est donc tourné vers son partenaire Piriou, avec lequel il a créé une filiale commune, Kership, qui a justement pour vocation de se développer sur le marché des bâtiments de 20 à 90 mètres. Sauf que Piriou n’a pas non plus d’expérience en la matière, puisque ses premiers patrouilleurs en aluminium, deux unités du CPV 105 de 32 mètres, viennent tout juste d’être mis en chantier. Ils ne sortiront que début 2016 et sont réalisés en stock, c'est-à-dire qu’ils n’ont pour le moment pas de client. Le chantier breton s’est donc à son tour rapproché d’un autre acteur, en l’occurrence Raidco Marine, qui a déjà vendu au Sénégal, à la Côte d’Ivoire et au Togo des patrouilleurs de 33 mètres. Six RPB 33 ont ainsi été réalisés par Ufast à Quimper et STX à Lorient, le premier étant livré en 2013.

 

Un RPB33 ivoirien (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un RPB33 ivoirien (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Odas désignée pour mettre de l’ordre

Alors que DCNS, tentant de passer au forceps, a manifestement été soutenu par l’Etat, Ocea, CMN et Couach n’ont pas accepté de se retirer de la compétition, ces industriels étant d’autant plus libres d’agir à leur guise qu’ils ne dépendent pas des commandes publiques. Face à cette situation et avec des Saoudiens ne comprenant probablement plus très bien la stratégie de la France avec une telle démultiplication d’offres, Odas, société traditionnellement en charge des ventes d’équipements militaires tricolores à l’Arabie Saoudite, a été chargée en fin d’année de chapeauter le projet pour y mettre de l’ordre. Elle a alors désigné DCNS pour gérer le futur programme. Le groupe naval semblait donc avoir pris l’ascendant en début d’année. Sauf que les autres chantiers ne l’ont pas entendu de cette oreille et, estimant qu'ils n'avaient pas à laisser le champ libre à DCNS, ont poursuivi malgré les pressions leur action commerciale, chacun via ses propres réseaux.  

L’offre de DCNS aurait été rejetée 

Une résistance qui semble avoir été payante puisque l’offre de DCNS aurait été, selon plusieurs sources, finalement rejetée par les Saoudiens. Il y aurait dit-on différentes raisons, dont le fait que le groupe naval, même avec Piriou et Raidco/Ufast, ne présente pas les références exigées par le client. Mais la démultiplication des intervenants aurait aussi fait grimper significativement le prix des bateaux, rendant l’offre bien moins compétitive que celles présentées par les autres chantiers français. Enfin, la mort du roi Abdallah fin janvier et les changements qui ont suivi, notamment à la tête du ministère saoudien de la Défense, ont clairement rebattu les cartes.  

Naval Group (ex-DCNS) OCEA Piriou Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) Couach