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Pêche :  À 35 ans, l'armateur mise sur l'avenir

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Pêche : À 35 ans, l'armateur mise sur l'avenir

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C'est à Douarnenez, au chantier Gléhen, que prend forme le Caraïbe 2. Un chalutier côtier de 14,90 m qui sera armé à la langoustine mais pêchera aussi soles, limandes, merlus et autres lottes. C'est le deuxième chalutier que fait construire le Finistérien Julien Le Brun, jeune armateur de 35 ans. Un bateau dont la conception a été confiée à Coprexma bureau d'études de Pont L'Abbé. « On a travaillé sur la consommation de gazole, sur l'isolation phonique », explique Julien Le Brun. La pêche, c'est sa vie. Grand-père pêcheur, père pêcheur, il n'a jamais voulu faire autre chose. « C'est une passion plus qu'un métier. » Il n'a pas oublié sa première journée en mer. « À l'âge de sept ans, avec mon père sur le Calypso à la côtière ».

Garder l'activité dans le Pays bigouden

Mousse à 14 ans, Julien Le Brun décroche au lycée maritime du Guilvinec (29) un BEP Conduite et exploitation des navires de pêche qu'il double d'un mécanicien 250 kW. Second à 20 ans, il décide quatre ans plus tard d'acheter son propre bateau. « Tout le monde me regardait bizarrement. Aujourd'hui, un jeune qui achète un bateau, on le regarde d'un mauvais oeil. Mais dans les années 1980, c'était fréquent. » La livraison du Caraïbe 2 est prévue début mai. Construire un bateau neuf, « cela a un coût très élevé mais le challenge en vaut la peine ». Julien Le Brun a fait ses calculs. « Un bateau d'occasion coûte très cher en entretien. Je préfère donner le coût de l'entretien à la banque pour faire du neuf ».

Le Caraïbe 2 rejoindra son port d'attache du Guilvinec et remplacera le Caraïbe. Un bateau qui a aujourd'hui une petite trentaine d'années et dont les droits seront transférés à la nouvelle unité. « C'est du un pour un », explique Julien Le Brun. Qui aimerait bien pourvoir le transmettre à un jeune. « Il faut trouver des marins et des armements pour garder l'activité dans le Pays bigouden ». La transmission c'est important. Il en sait quelque chose. C'est comme cela qu'il a pu acheter son deuxième bateau. En 2010. « Une transmission d'entreprise. Le vendeur m'a facilité les choses... »

Mutualiser les coûts

En 2013, Le Lagon est mis à l'eau au Guilvinec. Un bateau tout neuf. Son premier. Construit au chantier Hénaff du Guilvinec. « Avoir un bateau neuf, c'est un peu le rêve d'un marin. Je ne pensais pas que cela serait réalisable vu le coût financier ». Mais l'homme est tenace. Et croit dur comme fer en l'avenir. En décembre 2014, Oasis, acheté d'occasion, vient rejoindre une flotte qui dans quelques mois sera forte de cinq unités. Au Caraïbe 2 va s'ajouter le Corail, son sister-ship. « Il n'était pas prévu » mais une possibilité de transfert suite au départ d'un bateau en Afrique s'est offerte à lui. Il a saisi l'opportunité. « Pour mutualiser les coûts ». L'investissement est important. 1,4 M€ par bateau contre 900.000 € pour le Lagon. « Construire un bateau neuf, c'est plus cher aujourd'hui ». Le risque est réel. « J'ai emprunté sur 15 ans, c'est long, surtout à la pêche car on n'a pas beaucoup de visibilité avec les quotas, le gazole... ».

Donner la chance aux jeunes

L'armement Julien Le Brun c'est 20 employés, bientôt cinq bateaux. Une exception. Il assure pourtant qu'il n'y a rien d'exceptionnel dans ce qu'il fait. Et aimerait qu'à son image « d'autres aient envie de faire la même chose ». Il reconnaît que « c'est dur, qu'il faut se battre avec les quotas mais aujourd'hui on peut réussir à la pêche ». L'armateur continue de naviguer. « Trois mois par an. J'en ai envie ». Le métier a évolué. « Mes marins travaillent 170 jours par an, ils ont trois mois de vacances ». Sur ses bateaux, Julien Le Brun accueille aussi des apprentis. « J'en ai deux actuellement, cela fait six ans que j'en embauche ». L'apprentissage, il connaît, il est passé par là. « C'est vrai que cela coûte cher pour l'entreprise, mais il ne faut pas oublier d'où l'on vient. C'est là qu'on apprend le métier ». Des apprentis qui comme lui formeront les patrons de demain. À condition qu'on leur donne leur chance.

Un article de la rédaction du Télégramme