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Pêche et Brexit : Des armements français convoités par les Britanniques?
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Pêche et Brexit : Des armements français convoités par les Britanniques?

Le scénario de « hard Brexit » attise les pires craintes chez les pêcheurs bretons, qui se verraient du même coup interdits de présence dans les eaux britanniques. Et qui agitent le spectre d’un rachat de leurs armements par… les Britanniques.

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Des représentants de la filière rencontraient ce vendredi à Erquy (22) trois conseillers régionaux du groupe Droite, Centre et Régionalistes, dont Marc Le Fur, président de groupe. « C’est toute la filière qui est en péril et les hauturiers au premier chef, qui réalisent jusqu’à 80 ou 90 % de leurs prises en Manche Ouest ou en mer Celtique, et comptent pour près de 80 % des débarquements en criées », se sont alarmés Alain Coudray et Guy Le Moigne, des comités des pêches costarmoricain et finistérien.

« Privés d’accès aux eaux britanniques, ces hauturiers ne pourraient se retourner que vers des zones déjà exploitées. Tout le monde ne pourra pas travailler, les zones de pêche vont se décaler et c’est la ressource qui va se retrouver impactée. Il y a un équilibre qui ne tiendra plus ».

Des armements bretons rachetés ?

Un déséquilibre qui se retrouverait aussi flagrant de l’autre côté de la Manche. « Les Anglais n’ont actuellement accès qu’à 20 % de la ressource dans leurs propres eaux. Mais ils n’ont pas les moyens de multiplier leurs prises par cinq ». Un vide qui pourrait se remplir par le rachat pur et simple de flottilles entières, dont les françaises. Avec ou sans équipage. « Dans les jours qui ont suivi le dernier vote, on a tous été contactés, confirment les armateurs Stéphane Pochic et Jean Porcher. Les financiers ont immédiatement saisi qu’il y avait une opportunité ».

 

Si on doit se battre en plus contre des importations à bas prix, là, c’est tout un modèle économique qui s’effondre. 

Car l’éventualité d’un no-deal et le recul qui devrait en résulter de la Livre sterling mettraient aussi le poisson britannique en position de force sur les marchés internationaux. « C’est le deuxième effet à redouter. Si on doit se battre, en plus, contre des importations à bas prix, là, c’est tout un modèle économique qui s’effondre. 30 000, 35 000 personnes se retrouveraient concernées, directement ou indirectement ».

« Les Chinois, un chiffon rouge ! »

« On veut croire qu’un accord reste possible. On n’est pas les ennemis des pêcheurs anglais. On a chassé les Russes de nos eaux, ensemble, dans les années 70. Ce n’est pas pour voir maintenant les Chinois arriver ! Il y aura un marché à prendre. Ils sont déjà au large ». Un spectre « plausible », selon les responsables de la filière, qui affirment que des contacts ont « déjà été pris sur les côtes anglaises. Mais on y perdra tous ».

« Les Chinois ? Un chiffon rouge agité par les Britanniques pour peser dans les négociations », tempère Alain Cadec, président de la commission de la pêche au Parlement européen et joint par téléphone. Lui aussi a rencontré les représentants ce vendredi. Et un no-deal définitif « ne lui semble pas vraisemblable », lui préférant la perspective d’un report de la décision de Londres. Et rappelant que la Politique commune de la pêche étant intégrée, la France ne pouvait pas négocier en dehors du cadre européen. « Dans tous les cas, il faudra discuter, rappellent les armateurs. Et il y a urgence. Car si le chèque devenait plus important que le tracas général, on fera le choix que doit faire tout chef d’entreprise… »

Un article de la rédaction du Télégramme