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Pêche et Brexit : Le bras de fer a débuté

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Alors que les négociations sur le Brexit reprennent, les professionnels de la pêche craignent de perdre un tiers de leur chiffre d'affaires et de leurs emplois. Ils espèrent préserver un accès aux eaux britanniques et une gestion partagée, en contrepartie de l'ouverture du marché européen aux pêches de Sa Majesté.

La négociation avec Londres commence à peine que les hostilités sont déjà lancées sur le terrain... maritime. En dénonçant le 2 juillet la convention de Londres sur les zones côtières, le gouvernement de Theresa May vient de rappeler que son pays possède un trésor qu'il négociera chèrement : la bande de 200 milles de la Zone économique exclusive sur laquelle elle va récupérer une pleine souveraineté en mars 2019, quand le Royaume-Uni sortira de l'Union européenne.

Cette perspective inquiète au plus haut point les pêcheries du Sud du Channel et de la rive orientale de la mer du Nord où, en moyenne, un tiers des captures, donc des emplois, seraient menacés, selon les professionnels.

« À nos conditions »

Un « hard Brexit » aurait en effet un double impact négatif : outre la perte de l'accès à une zone immense (voir la carte), les pêcheries européennes verraient la ressource qui leur est allouée dans le cadre de la politique commune de la pêche réduite à concurrence des quotas britanniques. « Les navires pêchant près des côtes françaises, et pas uniquement ceux travaillant dans les eaux du Royaume-Uni, seront aussi touchés puisque nous partageons plus de cent quotas avec les Britanniques », explique Gérard Romiti, président du Comité national des pêches et des élevages marins (CNPEM). Certains ports pourraient perdre jusqu'à 90 % de leurs ressources, juge une source industrielle.

Côté britannique, on pavoise. En septembre, le chef de la fédération des pêches écossais, Bertie Amstrong, a déclaré lors d'une audition parlementaire qu'il n'avait rien contre le fait de partager les eaux britanniques avec d'autres pêcheurs européens mais que cela serait « à nos conditions ». Les professionnels s'estimaient depuis longtemps mal servis lors des attributions annuelles de captures autorisées, estimant que les quotas actuels sont le fruit d'un compromis obsolète passé lors des négociations d'adhésion du Royaume-Uni en 1973.

Le CNPEM et plusieurs autres associations danoise, belge, néerlandaise, finlandaise se sont réunies au sein d'une « alliance des pêcheries européennes » (Eufa). Présidée par le Néerlandais Gerald van Balsfoort et représentant 3.500 bateaux, 18.000 pêcheurs et 21 milliards de chiffre d'affaires, elle fait partie des rares lobbys à avoir réussi jusqu'à présent à rencontrer le négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne, Michel Barnier.

« Pas en situation de spéculer »

À Paris, le ministère s'emploierait activement à évaluer précisément l'impact sur chaque pêcherie d'un « hard Brexit ». Il n'a pas souhaité répondre à nos questions.

L'heure de discuter de la manière de préserver un accès aux eaux britanniques et une gestion partagée des ressources, en contrepartie d'une ouverture du marché européen aux exportations de produits de la mer britanniques, n'a, quoi qu'il en soit, pas encore sonné. « Nous ne sommes pas en situation de spéculer sur les différentes possibilités et options », a déclaré hier une source européenne. Les négociations du Brexit qui reprennent lundi à Bruxelles porteront en effet uniquement sur la circulation des personnes, l'Irlande et le solde de la contribution britannique au budget européen, pas sur les relations futures.

Un article de la rédaction du Télégramme