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Pêche illégale: Albatros espions dans les TAAF

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Attention « mouchard » à plumes ! Des albatros vont, ces prochaines semaines, aider à traquer dans les mers australes les bateaux suspects de pêche illégale. Ils porteront en effet un système de balise transmettant en quasi-simultané la localisation des navires qu’ils croisent

Entre novembre et mars, 150 premières balises vont être apposées sur des albatros des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), après des essais concluants début 2018.

« Ocean Sentinel », programme labellisé Conseil européen de la Recherche (ERC), est né d’une inquiétude sur un déclin démographique « très prononcé » des albatros des Crozet et Kerguelen, « suivis depuis près de 50 ans, dont on connaît tous les individus », explique Henri Weimerskirch, directeur de recherche au CEBC (Centre d’études biologiques de Chizé).

La palangre montrée du doigt

La pêche à la palangre - de légine, de thon - une longue ligne dont les hameçons appâtés attirent et piègent les albatros, les entraînant par le fond, a été montrée du doigt. Puis la population s’est rétablie, après les progrès réalisés avec les pêcheries australes pour minimiser les risques : notamment poser des lignes de nuit, les plomber pour qu’elles coulent plus vite, ou effaroucher les oiseaux lors de la pose.

Pourtant, la mortalité, en particulier de jeunes albatros, est repartie à la hausse depuis une décennie (-20 %), posant des questions sur leur vulnérabilité particulière aux pêcheries, voire sur une difficulté plus générale à s’approvisionner, s’interrogent les scientifiques.

Selon l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) 18 espèces d’albatros sur 22 sont menacées, dont certaines en danger d’extinction. À l’échelle mondiale, on compte environ 25 000 couples reproducteurs de Grand albatros (Diomedea exulans).

D’où l’idée du CEBC d’une balise dernier cri, mise au point avec une société néo-zélandaise qui, de manière classique, va renseigner sur le comportement des albatros, leur état, leurs déplacements, mais aussi va détecter les radars des bateaux croisés en route par les oiseaux.

Un point crucial, sachant que lorsqu’ils se livrent à des pêches illégales, des bateaux peuvent « éteindre » leur « système d’identification automatique » (AIS, qui permet d’identifier statut, position, route des navires) pour passer en mode discret. Par contre, ils ne peuvent naviguer sans radar, pour des raisons de sécurité.

Un oiseau pas du tout farouche

« Or la moitié des bateaux qu’on détecte (lors des essais) n’ont pas leur AIS branché… », souligne Henri Weimerskirch. Mais avec l’albatros et sa balise, qui « capte » le bateau à partir de cinq kilomètres, « on a la localisation du bateau une demi-heure après le contact ». En cas de navire non déclaré dans une Zone économique exclusive (ZEE) ou un peu trop près, « l’information est fournie aux autorités, pour information et interception éventuelle ».

Le Grand albatros dispose de la plus grande envergure au monde (jusqu’à 3,50 m), et peut parcourir jusqu’à 20,000 km en 15 jours de voyage d’approvisionnement, ce qui fait de lui un « patrouilleur des océans » de premier ordre, explique Henri Weimerskirch. Il est en outre « facile d’accès, pas du tout farouche » (même s’il faut se méfier des coups de bec). C’est donc un collaborateur idéal pour fixer la petite balise de 70 grammes sur le dos de l’oiseau (de 10-12 kg) avec un fort adhésif ou la récupérer. Un collaborateur durable, qui plus est - les plus robustes peuvent vivre 60-70 ans.

Ce système doit aussi être testé en 2019 en Nouvelle-Zélande, en collaboration avec le ministère des Pêches, là aussi en lien avec un déclin de populations locales d’albatros. Idem aux îles Hawaii.

Un article de la rédaction du Télégramme