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Pêche : le Royaume-Uni va protéger ses eaux, la Norvège menace d’interdire les bateaux européens et britanniques

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Pêche : le Royaume-Uni va protéger ses eaux, la Norvège menace d’interdire les bateaux européens et britanniques

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La question de l’accès aux zones de pêche en Europe a pris en fin de semaine dernière une tournure très compliquée. Alors que la Norvège menace d’interdire ses eaux aux bateaux européens et britanniques, le Royaume-Uni a voulu mettre un coup de pression sur l’Europe, en particulier sur les pays dont les flottilles travaillent habituellement dans les eaux britanniques. Londres a jugé samedi inacceptables les propositions de l'Union européenne pour trouver un accord en vue du Brexit, les négociations butant toujours sur trois sujets : le règlement des différends commerciaux, les garanties demandées par Londres en matière de concurrence et l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, très poissonneuses. Ce dernier sujet concerne en premier lieu les pêcheurs belges, danois, espagnols, français, irlandais et néerlandais.

Alors que la perspective d’un « No Deal » se renforce, la sortie effective du Royaume-Uni de l’UE, qui est intervenue le 1er janvier 2020 mais comprenait une période de transition d’un an, est prévue dans moins de trois semaines, le 1er janvier prochain. A cette date, sans accord entre Londres et Bruxelles, ce sont les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui devraient appliquer, avec par exemple le rétablissement de droits de douane. Et une belle pagaille en perspective pour les approvisionnements de l’archipel britannique, d’importantes difficultés étant déjà signalées sur le trafic transmanche et dans les ports, alors que le Royaume-Uni a entrepris de faire des stocks en prévision de la date butoir du 1er janvier.

Sur la question de la pêche, les Britanniques ont fait savoir vendredi qu’ils se préparaient à défendre la souveraineté de leurs eaux en renforçant la surveillance et le contrôle de la zone économique exclusive du pays, qui s’étend du nord de l’Irlande aux Shetland (entre les Féroé et la Norvège), pour redescendre sur près de la moitié de la mer du Nord jusqu’aux approches du détroit du Pas de Calais. Puis à travers la Manche jusqu'au sud-ouest de l’Angleterre assez loin en Atlantique, au sud de l’Irlande et à l’ouest de la Bretagne.

 

 (© SHOM

 (© SHOM

 

L’un des objectifs affichés est d’empêcher les bateaux européens de venir pêcher dans les eaux britanniques. Pour cela, la Royal Navy a travaillé ces derniers mois sur un dispositif dédié, qui selon elle comprend pour l’heure la mobilisation de quatre patrouilleurs hauturiers, en l’occurrence deux unités du type River et deux des nouveaux River Batch 2. Une annonce à vocation surtout politique car ces moyens sont loin d’être impressionnants au regard de la surface à couvrir, et que la police des pêches fait déjà partie des principales missions de ces bâtiments. Si la perspective de voir les pêcheurs européens se faire refouler des eaux britanniques est logique et n’a rien de surprenante dans le cas d’un « No Deal », Londres veut, dans la dernière ligne droite des négociations avec Bruxelles, utiliser toutes les cartes médiatiques à sa disposition pour montrer sa détermination. En sachant que la pêche, si son poids économique est marginal au regard des autres sujets, est un dossier politique extrêmement sensible pour les pays européens concernés, à commencer par la France dont les flottilles de pêche souffriraient énormément d’une telle interdiction. Au Royaume-Uni la presse agite le spectre d’une situation explosive en mer, rappelant l’époque difficile des guerres de la morue (« Cod Wars ») entre Britanniques et Islandais dans les années 50 à 70.

Pendant ce temps, la Norvège, qui n’est pas membre de l’UE mais fait partie de l’association européenne de libre-échange, a menacé vendredi 11 décembre de fermer ses eaux aux pêcheurs européens et britanniques si un accord trilatéral n’était pas trouvé d’ici le 1er janvier. Depuis 1980, les l’accès aux eaux de l’UE et de la Norvège pour les pêcheurs européens et ceux du royaume scandinave sont en effet régis par un accord de coopération, qui de facto doit être revu à cause du Brexit. Mais les interminables négociations entre Londres et Bruxelles qui ne sont à ce jour pas parvenus à s’entendre, en particulier ici sur la question de la pêche, ont retardé les discussions avec la Norvège. Tant et si bien qu’Oslo, qui tient absolument à mettre en place un accord tripartite par souci de gestion commune des stocks de poissons évoluant dans les toutes les eaux concernées, menace maintenant de fermer sa ZEE aux pêcheurs européens et britanniques. Avec évidemment le risque qu’une mesure similaire soit prise à l’encontre de ses propres pêcheurs par Bruxelles et Londres, au nom de la réciprocité. Mais cette prise de position norvégienne, qui s’invite dans le bras de fer européano-britannique, pourrait aussi obliger les acteurs concernés à forcer les négociations pour trouver une solution aux blocages et éviter une réaction en chaîne. C’est probablement l’objectif de la diplomatie scandinave.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.