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Pêche à pied : Un métier contre vents et marées
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Pêche à pied : Un métier contre vents et marées

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La pêche à pied, Pascal Loaec y a plongé « sans filet » il y a 28 ans. Il avait quitté son emploi de publicitaire - « pas épanouissant » - et travaillait dans un Gaec maraîcher de la ria d’Étel depuis deux ans. « Cela ne me faisait pas vivre. Il y avait l’opportunité de ramasser des coquillages dans le golfe du Morbihan ». Le Hennebontais la saisit. « J’ai carrément basculé dans ce métier qui était en train de se créer : pêcheur à pied professionnel ».

À l’époque sur l’estran, se croisent toutes sortes de gens, des rêveurs et des plus réalistes… « La pêche sans règles, à l’envie, au désir du moment, c’était notre luxe de l’époque », se souvient Pascal Loaec. « Cette façon de vivre ne menaçait pas plus le gisement que l’esprit très rationnel du rendement moderne ». Et même « si les intentions étaient très variées, la cohabitation était plutôt bonne ». En 1997, les pêcheurs à pied professionnels créent malgré tout un poste de garde-juré. En écartant les « touristes », cela permet de sécuriser à la fois la profession et les gisements.

Une pêche essentiellement tournée vers les coquillages

Dans le Morbihan, la pêche à pied est essentiellement tournée vers les coquillages. C’est sur la palourde que Pascal Loaec a, lui, jeté son dévolu. Celle du golfe du Morbihan, charnue, goûtue, « un excellent produit ». Il la ramasse à pied, sur les vasières, ou en plongée, en apnée. Il exploite aussi des concessions.

Pour devenir professionnel, le Hennebontais est retourné sur les bancs de l’école, comme beaucoup. Il a notamment passé un Bepa aquacole. Pour exercer, tous les pêcheurs à pied doivent détenir un permis de pêche, une licence régionale et un timbre par espèce ou par site. Les palourdes et les coques, on les trouve principalement dans le golfe du Morbihan, à Pénestin, Étel et en petite mer de Gâvres.

Les touristes, « pas une véritable concurrence »

Les contraintes administratives ont augmenté au fil des ans : grille de calibrage, quotas, temps et calendrier de pêche… « Ce qui fait la force du métier aujourd’hui, c’est l’étendue de la zone de travail et la diversité des sites, qui nous protègent des mortalités de masse », reconnaît Pascal Loaec. Le pêcheur à pied professionnel regrette cependant que « charges et taxes soient arrivées à des niveaux tellement élevés que le souci premier, quasi obsessionnel, du professionnel est d’assurer sa saison… La nature se retrouve alors être, trop souvent, la variable d’ajustement ».

Les touristes qui investissent les vasières aux grandes marées ne sont pas « véritablement une concurrence sauf sur des zones facilement accessibles ». La quantité autorisée est limitée. Et puis récolter des palourdes, en apnée ou sur une vasière, « c’est technique et difficile ». Dépendre et gérer des gisements de coquillages à l’état sauvage, les protéger des maladies, des pollutions, de la surpêche, c’est autrement plus problématique pour le pêcheur à pied professionnel.

Un savoir-faire et un savoir-vivre à transmettre

Ce métier, entre élevage et récolte, Pascal Loaec considère qu’« on en vit bien même s’il y a beaucoup d’aléas. On a encore du plaisir à travailler. Le cadre y est pour beaucoup… ». Mais « le difficile équilibre entre les ressources disponibles et l’effort de pêche reste à trouver… Et il ne doit pas être entre les seules mains des élus et d’Ifremer », appelle le pêcheur à pied professionnel.

À 53 ans, il compte sur « la conscience de chacun ». Militant pour des formations qui prennent davantage en compte l’environnement, il espère aussi voir un jour « le savoir-faire et le savoir-vivre soient transmis par les plus sages d’entre nous et non par des directives froides et loin des réalités du terrain ».

Un article de la rédaction du Télégramme

 

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