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Pêche : pour Éric Guygniec, « l'Europe, il faut faire avec »
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Pêche : pour Éric Guygniec, « l'Europe, il faut faire avec »

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Éric Guygniec, cogérant de l’Armement de la pêche artisanale de Keroman (Apak)*, est à la pêche depuis 1982. En quatre décennies, son point de vue sur l’Europe a sensiblement évolué. « Je ne suis pas d’accord sur tout mais il faut reconnaître que c’est grâce à des mesures prises au niveau européen - sélectivité des engins, quotas… - que le poisson est revenu. Il ne faut pas oublier que si la flottille de pêche française a été divisée par deux, c’est faute de ressources ».

« C’est le pêcheur, l’espèce en voie de disparition »

Sauf qu’aujourd’hui, « c’est le pêcheur, l’espèce en voie de disparition ». Dans le viseur de l’armateur, comme de beaucoup de professionnels, « des mesures aberrantes, prises par des gens qui n’y comprennent pas grand-chose, comme l’obligation de débarquement de toutes les captures par exemple. Le zéro rejet, ça fonctionne pour des pêcheries spécifiques comme celles des pays nordiques. En France, où les bateaux pêchent des espèces très différentes, c’est inapplicable… ».

« Si nous voulons pouvoir continuer à travailler, nous devons préserver la ressource ». Alors, de l’Europe, Éric Guygniec voudrait plus d’écoute et d’attention aux pêcheurs. « Les professionnels ont fait de gros efforts et continuent d’en faire pour trier sur le fond plutôt que sur le pont, grâce à la sélectivité des engins. Nous n’avons pas besoin d’ONG environnementalistes pour savoir ce que nous avons à faire ». L’armateur reconnaît que « nous devrions être plus transparents. Mais les choses évoluent et nous embarquons de plus en plus de scientifiques sur nos bateaux. On en manque pour trouver des solutions. Et eux aussi, l’Europe devrait les écouter ».

Ressource, quotas et marché, un équilibre fragile

En pleine incertitude sur les conditions du Brexit, le pêcheur ne cache pas ses inquiétudes. « L’équilibre est fragile pour les pêcheurs. Il repose sur trois éléments essentiels : la ressource, les quotas et le marché. Si les bateaux ne peuvent plus travailler dans les eaux britanniques, ils vont se reporter sur d’autres zones, d’autres espèces, d’autres métiers… Tout sera déséquilibré. Il faut absolument trouver un accord ». Cette crise, c’est en tout cas, pour les pêcheurs, la preuve que « sortir de l’Europe n’est pas une solution. Il faut plutôt faire avec ».

(*) L’Armement de la pêche artisanale de Keroman a été créé à Lorient en 2011. L’Apak compte aujourd’hui sept chalutiers hauturiers, entre 17,50 m et 21,90 m, dont les plus récents sont aussi armés pour la senne danoise. Ils pêchent aussi bien en Manche que dans le golfe de Gascogne.

Un article de la rédaction du Télégramme

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