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Pékin déploie son armada en mer de Chine

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Pékin déploie son armada en mer de Chine

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Plus de 40 bâtiments de combat avec comme pièce maîtresse le porte-avions Liaoning. C’est l’énorme armada déployée actuellement par l’Armée Populaire de Libération en mer de Chine méridionale. Un rassemblement naval d’une ampleur inégalée, pour une seule nation, depuis de très nombreuses années et qui illustre parfaitement la montée en puissance de la flotte chinoise comme la volonté de Pékin de montrer sa force et marquer ses prétentions sur cette zone très disputée.  

 

Image de l'armada chinoise diffusée le 27 mars par un opérateur américain de satellites (© : PLANET)

Image de l'armada chinoise diffusée le 27 mars par un opérateur américain de satellites (© : PLANET) 

 

Ce rassemblement inédit, dont des images satellites prises au large d’Hainan ont été diffusées le 27 mars, regroupe des unités des flottes chinoises du Nord, de l’Est et du Sud-est. Celles-ci conduisent des exercices de tir et des manœuvres centrées selon les médias chinois autour du Liaoning, premier porte-avions de l’APL, qui va rapidement se doter d’un second bâtiment de ce type, mis à l’eau en avril 2017 et en achèvement à flot. Devrait ensuite s’y ajouter un porte-avions d'un nouveau type, cette fois à propulsion nucléaire.

De quoi apporter définitivement à la marine chinoise les atours d’une flotte océanique, capable de se déployer partout dans le monde. Puissance navale uniquement régionale il y a encore 15 ans, la Chine projette d’ailleurs ses navires toujours plus loin de ses bases, afin notamment de couvrir les grandes lignes commerciales entre l’Asie et l’Europe, participant ainsi au développement du volet maritime de la route de la Soie, avec l’établissement de points d’appui, par exemple en Afrique, ou encore l’acquisition de terminaux portuaires. Alors que la flotte chinoise est présente depuis des années au large de la Somalie pour lutter contre la piraterie, elle s’aventure de plus en plus régulièrement en Europe. Au second semestre 2017, pas moins de trois groupes navals chinois ont ainsi été déployés en Méditerranée et pour l’un d’entre eux jusqu’en Baltique, où il a conduit des exercices avec la marine russe. L’amiral Prazuck, chef d’état-major de la marine française, avait d’ailleurs fait remarquer fin juillet, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, qu’il y avait la semaine précédente plus de bâtiments chinois que de navires français en Méditerranée.

Avec plus de 1.3 million de tonnes de bâtiments et quelques 600 unités de combat en service, la marine chinoise est aujourd’hui la seconde flotte mondiale après celle des Etats-Unis. Et le développement des forces navales de l’APL se poursuit avec un niveau de production inégalé atteignant en moyenne trois frégates ou destroyers lancés chaque mois et un sous-marin tous les trimestres.

De quoi, si cela continue, à venir concurrencer à terme l’US Navy, qui conserve pour l’heure l’avantage sur le plan aéronaval, en matière de force de frappe nucléaire et maintient globalement une supériorité technologique. Mais déjà, en mer de Chine, Pékin dispose probablement d’une force frappe suffisante, qu’il s’agisse de son aviation et de sa marine, mais aussi de la fortification d’îles existantes ou créées ex nihilo, peut opposer en cas de crise un déni d’accès à la flotte américaine.

Celle-ci, qui a depuis plusieurs années regroupé la majorité de ses moyens dans la région Asie-Pacifique, ne reste pas inactive, loin s’en faut. Cela, dans un contexte géostratégique et politique particulièrement complexe, entre alliances historiques, tensions régionales autour de revendications territoriales et rivalités entre grandes puissances. Alors que la tension monte entre Washington et Pékin autour des taxations commerciales et que les deux pays ont des vues divergentes sur des dossiers stratégiques, à commencer par le traitement du « problème nord-coréen », l’US Navy compte actuellement dans la région trois groupes aéronavals. C’est la seconde fois depuis le mois de novembre. Le porte-avions USS Theodore Roosevelt, de retour d’un déploiement au Moyen-Orient, est arrivé la semaine dernière à Singapour, alors que l’USS Carl Vinson a achevé une escale au Vietnam après des manœuvres avec la marine japonaise. Si l’USS Ronald Reagan, le porte-avions de la 7ème flotte US basé dans l’archipel nippon, est actuellement en arrêt technique à Yokosuka, le porte-hélicoptères d’assaut USS Wasp, lui aussi basé au Japon, conduit actuellement son premier déploiement dans la région avec les nouveaux avions F-35B.

 

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