Construction Navale
Perspective Design veut construire des navires à effet de sol

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Perspective Design veut construire des navires à effet de sol

Construction Navale

Compresser l’air entre la surface de l’eau et la coque pour créer un phénomène de portance et soulager le poids du navire : voilà, quelque peu simplifié, le principe de l’effet de sol. « C’est un principe physique connu, qui a été modélisé et utilisé dans plusieurs types de moyens de transport », explique Philippe Roulin, du cabinet d’architecture navale morbihannais Perspective Design. Bien utilisé, l’effet de sol permet à des navires de « décoller » et d’atteindre des vitesses très importantes, le tout avec une grande stabilité puisque le bateau se trouve au-dessus de la surface de l’eau. « Le principe est de créer un effet venturi canalisé par des tunnels situés entre les coques, le tout avec une longueur de navire minimale de 30 mètres  », continue l’architecte naval. Avec ce soulagement, le navire se voit opposer beaucoup moins de résistance de l’eau et sa vitesse est accélérée par la portance créée sous sa structure. « On va deux fois plus vite, jusqu’à 60 nœuds et on consomme deux fois moins », résume Philippe Roulin. 

Evolution d'une idée née il y a 25 ans

Ce dernier avait participé, aux côtés de Richard Sorrentino, inventeur du concept, à la création d’un premier prototype, construit à La Ciotat en 1991. « C’était un bateau de type intercepteur, construit sur fonds propres ». Le principe fonctionne, mais, faute de moyens, le concept n’est pas développé. En 2010, l’idée fait son retour et des études sont relancées. « Nous avons repris les données du prototype, amélioré tous les paramètres en y introduisant tous les progrès en matière notamment de matériaux. Nous sommes arrivés à cette architecture de navire à cinq coques ».

Cinq coques perce-vagues qui se répartissent le travail : « la grande coque centrale est celle qui coupe les vagues, les deux latérales canalisent l’aspiration et participent à l’écartement des vagues et enfin les deux centrales concentrent l’effet Venturi dans les tunnels ».  Le modèle, éprouvé en bassin d’essais numérique, montre son efficacité à haute vitesse ainsi que sa stabilité, même avec des conditions de mer de 5 à 6.

 

 

Les navires à passagers et l'offshore

« L’idée est donc de le proposer sur des marchés où il peut faire la différence ». Pas de navire de charge, puisque la maîtrise du poids reste un facteur critique pour le fonctionnement de l’effet de sol, mais des navires à passagers. « Des ferries jusqu’à plusieurs centaines de passagers, pour une offre de transport rapide qui viendrait compléter celle des ropax. Nous pensons notamment à des marchés nationaux comme la traversée de la Gironde par exemple ou internationaux, avec le transmanche ou toutes les liaisons méditerranéennes qui voient leurs flottes atteindre des âges parfois avancées ». A 60 nœuds, 2000 milles d’autonomie et un tirant d’eau peu important, ce type de navire, sur lequel n’importe quelle propulsion peut être installée, pourrait aisément desservir des îles, comme par exemple celles de Polynésie. « Nous avons également des possibilités sur le marché de l’offshore, où les champs sont de plus en plus éloignés des côtes ».

 

 

Le marché militaire et une éventuelle dronisation

Deuxième marché visé, celui de l’Action de l’Etat en mer, nécessitant des moyens d’intervention rapides sur des rayons d’action étendus pour la surveillance des côtes ou encore la lutte contre la piraterie. « Le navire pourrait être équipé d’un armement léger télé-opéré et mettre en œuvre des semi-rigides, des drones, des mini sous-marins ou un hélicoptère. Le fait qu’il soit peu bruyant, surtout dans une version diesel-électrique, bas sur l’eau et avec peu de sillage lui donne beaucoup d’avantages de furtivité ».  De telles caractéristiques pourraient d’ailleurs également être développées sous forme de drones.

Construire un prototype

La prochaine étape, pour Philippe Roulin, est désormais de construire un prototype «  dont le coût est estimé à 16 millions d’euros et qui permettra de valider les études en simulation ». Une société, Exocet Hybrid, a été créée et plusieurs chantiers navals dans le Morbihan sont sur les rangs. « Nous allons utiliser plusieurs savoir-faire, puisque les coques seront en alu et les superstructures en composite ». Un système spécifique d’anti-collision, permettant une sécurité optimale même à 60 nœuds a été développé par une société basée en Aquitaine. « Nous voulons, avec ce navire, créer une rupture autant technologique qu’esthétique et offrir des possibilités de navigation inédites. C’est la raison pour laquelle nous voulons travailler avec des partenaires, civils et militaires, qui pourraient bénéficier de cette avancée technologique ».