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Phoques: tensions avec des pêcheurs en rade de Brest
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Phoques: tensions avec des pêcheurs en rade de Brest

Une poignée de marins-pêcheurs de la rade de Brest (*) n’en finit plus de pester face à l’augmentation du nombre de phoques sédentaires ou de passage. Ils dénoncent des cas de déprédation de plus en plus nombreux dans leurs filets. De leur côté, les scientifiques relativisent.

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Phoques et marins-pêcheurs s’entendent rarement très bien. Gros mangeurs de poissons (jusqu’à 5 % de leur poids par jour), les mammifères marins se nourrissent sur les mêmes lieux de pêche que les petits bateaux côtiers. Normal, ils vont là où se trouve la ressource. Phoques et pêcheurs partagent naturellement le même garde-manger.

Déprédations en augmentation

Mais les tensions montent en flèche lorsque les marins-pêcheurs sont confrontés à des cas de déprédations, leurs prises dévorées dans les filets qu’ils viennent de poser. Daurades royales, bars et rougets croqués jusqu’à la tête… Malgré le haut degré de protection de l’animal, ils sont nombreux à déclarer sur les quais vouloir la peau du phoque. L’augmentation des colonies de phoques gris à Sein et Molène est régulièrement pointée du doigt. Les phoques relâchés après leur passage à la clinique spécialisée d’Océanopolis n’ont pas meilleure presse, même si la plupart des opérations s’effectuent en dehors de la rade de Brest.

 

Complètement à leur aise en rade (on évoque une vingtaine d’individus disséminés sur les 20 km de largeur du plan d’eau), tranquillement étalés sur les bouées ou leurs rochers fétiches, les phoques donnent l’impression de narguer les pêcheurs qui ont parfois le sentiment de travailler pour eux. « On sait aujourd’hui qu’ils suivent les bateaux », assure un professionnel de Pors Beac’h à Logonna. « Dès qu’on allume un projecteur dans la nuit, on voit immédiatement une tête apparaître dans le faisceau ».

« De la ressource pour tout le monde »

Cette cohabitation auprès d’animaux qui pour certains se sont clairement spécialisés dans la déprédation fait monter la température. Pour les scientifiques qui défendent la présence de phoques dans l’écosystème, cela prouve qu’il existe de la ressource en quantité suffisante pour tout le monde. « Allez voir sur les îles britanniques ou en Irlande ! Les pêcheurs travaillent suffisamment, et il y a du poisson pour tout le monde avec plus de 160 000 individus recensés ! », argumente Sami Hassani, spécialiste mammifères marins à Océanopolis.

 

Ci-dessus, une daurade royale dévorée dans un filet de pêche. Rageant pour les professionnels qui déplorent de plus en plus de cas de déprédation. (Photo DR)

« Oui mais la rade est un espace limité et partiellement clos », rétorquent les pêcheurs pros. « Il y a des endroits dans le nord Finistère où l’on a complètement arrêté de pêcher à cause des phoques », observent d’autres marins qui ont vécu ailleurs le phénomène. « Et si les phoques qui se développent en rade aidaient à retrouver un certain équilibre en régulant le stock important de daurades royales », rétorquent les scientifiques. « On pourrait même espérer relancer certains stocks de coquillages ravagés par les daurades ! ».

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les bateaux côtiers concentrent leurs efforts sur ces mêmes daurades royales.

« On sait que le phoque gris a une alimentation des plus variées », observe Cécile Gicquel, spécialiste des mammifères marins pour le Parc marin d’Iroise. « Ils consomment aussi des poissons de roche qui n’intéressent pas plus que cela les pêcheurs ».

Phoques. Tensions en rade de Brest
(Photo M. Buanic)

Qui prélève quoi ?

Si l’on estime à une vingtaine le nombre de phoques actuellement présents en rade de Brest, combien de kilos de poisson prélèvent-ils par jour pour se nourrir ? Les scientifiques estiment qu’ils avalent par jour l’équivalent de 4 et 5 % de leur poids en poissons et crustacés divers. Une population de 20 phoques pourrait engloutir autour de 200 kg de poissons par jour en rade de Brest. Un chiffre à rapporter au tonnage effectué par les fileyeurs, chaque jour en rade de Brest, les bons coups se comptant par centaines de kilos par bateau voire en tonnes sur les bancs fournis de daurades royales.

* Après concertation, ces marins-pêcheurs n’ont pas souhaité développer publiquement leur position.

Un article de la rédaction du Télégramme