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Piraterie : 90% des pirates interceptés sont relâchés

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Piraterie : 90% des pirates interceptés sont relâchés

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Que deviennent les pirates interceptés par les forces navales déployées en océan Indien et dans le golfe d'Aden ? Depuis deux ans, de nombreuses annonces ont fait état d'accords avec des pays riverains afin de les traduire en justice. Mais, dans les faits, les procès sont peu nombreux, notamment en raison des difficultés des Etats à traiter le problème (tribunaux encombrés, structures carcérales insuffisantes). Une très grande majorité des hommes interpelés est donc relâchée. « 90 % des pirates interceptés sont relâchés. Le traitement juridique des pirates est dans l'impasse ; les accords régionaux, notamment avec le Kenya et Maurice, s'essoufflent et l'Union européenne peine à trouver des solutions. La piraterie n'a pas de solution militaire. Nous sommes là pour faire baisser la pression. La solution est à terre. Elle est globale et avant tout politique, dans la sous région », a récemment affirmé l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées, devant la commission de la défense et des forces armées de l'Assemblée nationale. Selon un rapport du secrétariat général des Nations Unies, environ 700 pirates ont, ainsi, été libérés au cours du premier semestre 2010. La communauté internationale continue de rechercher des solutions sur le plan judiciaire. L'ONU et l'Union Européenne espèrent, notamment, pouvoir signer de nouveaux accords, par exemple avec l'île Maurice.

Escorte d'un navire du PAM (© : MARINE NATIONALE)
Escorte d'un navire du PAM (© : MARINE NATIONALE)

L'opération Atalanta considérée comme un « succès »

Pour autant, les autorités militaires estiment que le renforcement des moyens navals au large de la Somalie est un succès. Aux côtés d'une force navale de l'OTAN et d'unités d'autres pays (Russie, Chine, Inde...), l'Europe est fortement impliquée avec l'opération Atalanta, lancée en 2008 et destinée à protéger les cargos du programme alimentaire mondial (PAM) à destination de la Somalie, ainsi que la protection du trafic commercial au large de la corne d'Afrique. « Cette opération est un succès militaire, qui se traduit par une baisse de 20 % du nombre de navires piratés cette année », souligne l'amiral Guillaud. Au premier semestre 2010, le nombre de pirates interceptés a augmenté de 40% par rapport à la même période de 2009. Sur les 6 premiers mois de l'année, ce sont ainsi 80 groupes de pirates qui ont été « démantelés ». Car, si les individus sont relâchés, leurs bateaux (en dehors de ceux sur lesquels ils rejoignent la côte) sont détruits, ainsi que les armes et les équipements saisis. Même si les hommes sont libérés, le coup est donc dur pour les organisations liées à la piraterie, notamment d'un point de vue financier. « L'opération Atalanta est pour nous un grand sujet de satisfaction. Aujourd'hui, la navigation dans l'océan Indien est sûre. La dangerosité de la région ne sera jamais nulle, mais elle est devenue acceptable ; l'évolution des tarifs des assurances le prouve. Pour autant, nous ne pouvons pas relâcher notre effort. Du fait de notre action, les pirates agissent aujourd'hui plus près de l'Inde que de la Somalie. Devant rester dans leurs pirogues plus longtemps, ils se fatiguent et deviennent beaucoup moins performants. Viendra un moment où ils préféreront revenir à la pêche », a déclaré l'amiral Pierre-François Forissier. Le chef d'état-major de la Marine nationale, qui s'est également exprimé devant les députés français, a également insisté sur l'importance pour les navires marchands de respecter les consignes de sécurité, et pour les plaisanciers d'être prudents. « 80 % des bateaux victimes d'une attaque de pirates n'avaient pas respecté les consignes de sécurité qu'on leur avait données. Le pirate somalien est un homme rustique mais déterminé, qui ne dispose pas de beaucoup de moyens ; l'empêcher de prendre pied sur un bateau ne nécessite pas de dispositifs très sophistiqués. Pour le faire fuir, il suffit de s'enfermer dans un local sécurisé et de plonger le reste du bateau dans le noir ... Il reste hélas le cas des plaisanciers imprudents qui, au nom de leur liberté individuelle, se risquent avec leur voilier dans des eaux signalées comme dangereuses. S'il leur arrive un malheur, nous irons malgré tout les chercher... »

Destruction d'un bateau pirate par une frégate britannique (© : ROYAL NAVY)
Destruction d'un bateau pirate par une frégate britannique (© : ROYAL NAVY)

La solution à terre

Les militaires insistent toujours sur la nécessité de traiter le problème à la racine, c'est-à-dire en Somalie. Car la piraterie n'est que l'une des conséquences de la déstructuration progressive du pays depuis la guerre civile de 1991. Et les pirates d'aujourd'hui sont souvent les pêcheurs d'hier. Sans la restauration d'un Etat de droit, à même de contrôler le territoire, d'y faire la police et, grâce à une stabilité retrouvée, de permettre le développement économique, la situation perdurera très longtemps. « Tôt ou tard, c'est à terre qu'il faudra résoudre le problème. Je mets beaucoup d'espoir dans des actions concrètes de valorisation des activités liées à la mer, en particulier sur les côtes de Somalie. En effet la piraterie porte moins atteinte au commerce mondial qu'aux activités locales, notamment de pêche, et donc à l'approvisionnement des populations locales. Partout où la piraterie se développe, la pêche disparaît. Nous cherchons donc le soutien des populations pour faire comprendre que, plutôt que de devenir pirate, mieux vaut retourner à la pêche, activité durable qui permettra de nourrir tout le village. Nous menons cette action avec l'aide de l'Union européenne, en commençant à Djibouti par la création d'une école de garde-côtes », souligne l'amiral Forissier.

Pirates somaliens (© : MARINE NATIONALE)
Pirates somaliens (© : MARINE NATIONALE)

La marine opposée aux sociétés militaires privées dans les eaux internationales

Interrogé sur le sujet par les députés, le patron de la flotte française s'est montré résolument opposé au recours à des sociétés militaires privées (SMP) pour assurer la protection des navires marchands dans les eaux internationales. « J'admets tout à fait le recours aux SMP à terre, dans un espace sous souveraineté. J'y suis totalement opposé dans les eaux internationales, espace de non-souveraineté et de non-droit, où il est impossible, contrairement à ce qui se passe à terre, d'exercer en permanence un contrôle. Ce sont les plus hauts responsables de nos États que nous exposerions au risque de devoir gérer une bavure. Si Brink's en commet une dans une ville française, c'est la police ou la municipalité qui géreront la situation ; s'agissant d'un bateau battant pavillon français dans un espace international, c'est le Président de la République qui devra rendre des comptes directement aux familles des victimes », martèle l'amiral. Ce dernier a notamment pris pour exemple Mayotte, petite île française de l'océan Indien. Le préfet a, ainsi, interdit la présence dans les eaux territoriales de navires de pêche qui embarquaient, pour leur sécurité, des « mercenaires surarmés ». De nombreuses organisations maritimes et professionnelles, comme Armateurs de France, se sont aussi montrées très hostiles à la présence de gardes armés sur les bateaux marchands ou les unités de pêche. Malgré tout, le phénomène se développerait, notamment en océan Indien. Officiellement, il n'existe pas de preuves quant au fait que des pirates auraient été abattus par des gardes lors d'attaques de navires. Mais, dans certains ports, comme aux Seychelles (où sont notamment basés des thoniers), certains militaires se disent persuadés que des bavures se sont produites. Difficile malheureusement de le vérifier, la mer ayant la fâcheuse tendance d'effacer très rapidement la moindre preuve.

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