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Piraterie : « Au moins 45 navires militaires pour être efficace »

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Piraterie : « Au moins 45 navires militaires pour être efficace »

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Un rapport d'information sur la piraterie vient d'être présenté par le député finistérien Christian Ménard à la Commission de la Défense nationale et des Forces armées de l'Assemblée nationale. Le document fait le point sur le développement des actes de piraterie, notamment au nord de l'océan Indien. Après l'explosion du nombre d'attaques en 2008 et quelques détournements retentissants, comme celui du Ponant, la communauté internationale s'est mobilisée pour tenter d'éradiquer ce fléau. Plusieurs résolutions de l'ONU ont été votées afin de lutter contre la piraterie, les moyens des forces navales étant renforcés au large de la corne d'Afrique. Fin 2008, l'Union Européenne a mis en place l'opération Atalante. Chargée de sécuriser le trafic maritime dans le golfe d'Aden et d'escorter les convois du Programme Alimentaire Mondial vers la Somalie, l'opération européenne compte aujourd'hui une douzaine de navires et deux avions de patrouille maritime. Cette flotte est complétée par des moyens internationaux, notamment la CTF 151, sous commandement américain. « Au dernier trimestre 2008, une attaque sur trois réussissait. Avec la présence internationale, ce chiffre est descendu à une sur treize en mars dernier. Plus de deux cents pirates auraient été arrêtés », explique Christian Ménard dans une interview accordée au quotidien breton Le Télégramme.

Les pirates continuent de sévir

Malgré tout, les attaques se poursuivent, non seulement dans le secteur du golfe d'Aden, mais désormais bien plus loin, jusqu'à 1000 kilomètres des côtes somaliennes. Grâce aux dizaines de millions de dollars accumulés ces dernières années avec les rançons payées par les armateurs des bateaux capturés, les pirates se sont organisés, et équipés. Ils disposent aujourd'hui de moyens importants, et notamment de « bateaux mère » capable d'opérer loin des côtes. C'est à partir de ces unités que les pirates lancent leurs assauts sur des embarcations rapides. Réussissant à diminuer le nombre de détournements, les forces navales ne sont pas parvenues à éradiquer la piraterie. Non seulement les pirates n'ont pas cessé leurs activités, faisant toujours peser une menace sur l'une des principales routes commerciale du monde, mais ils profitent désormais de l'immensité de l'océan Indien pour traquer leurs proies sur un périmètre bien plus vaste. Pour l'auteur du rapport parlementaire : « Il faudrait au moins 45 navires pour être efficaces. Moins de la moitié est sur place. Je préconise de renforcer le dispositif et d'avoir également recours à des drones. Je ne suis pas favorable à une opération militaire, qui pourrait provoquer une résurgence du risque islamiste ». Doubler la flotte militaire présente au large de la Somalie représenterait toutefois un investissement considérable que peu de pays pourront suivre. La France, qui mobilise pour cette mission jusqu'à trois bâtiments et un avion de patrouille maritime, fait déjà un effort très important au regard de ses moyens et des autres missions que la Marine nationale doit déjà assurer. La flottille internationale peut néanmoins compter sur certains renforts, comme des bateaux chinois ou japonais, qui ont rejoint ses rangs.

« Aider l'Etat somalien à retrouver son autorité »

Mais tous les spécialistes le savent. La réponse durable n'est pas en mer, mais à terre. La piraterie n'est, en effet, que la résultante de la guerre civile qui a ravagé la Somalie. Combats, misère et famine ont poussé les anciens pêcheurs, dans un pays déstructuré et sans contrôle, à s'enrôler dans la flibuste. Sans restauration d'un Etat de droit en Somalie, piraterie et trafic en tous genres perdureront. Pour Christian Ménard : « Il faut aider l'Etat somalien à retrouver son autorité. Je pense plutôt à des opérations de police, à terre s'il le faut, comme le permet la résolution 1851 de l'ONU. Nous devons aussi favoriser les aides, sous conditions, à la population, à l'activité de pêche. Les armateurs, plutôt que de risquer des surprimes d'assurances, ne pourraient-ils pas verser un euro par marchandise transitant dans cette zone? Cela représenterait deux millions d'euros par jour ». Le député propose également d'autres pistes pour améliorer la lutte contre la piraterie : Améliorer la sécurité sur les bateaux et la formation des équipages, tracer les flux financiers suspects, ou encore prévoir un officier de police judiciaire pour ne pas créer de rupture de la chaîne judiciaire lors des interpellations.

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