Marine Marchande
Golfe de Guinée : Armateurs de France favorable à une présence militaire accrue

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Golfe de Guinée : Armateurs de France favorable à une présence militaire accrue

Marine Marchande

« La situation ne s’arrange pas, nous sommes très préoccupés. Il y a un réel danger sur zone et les marins sont en permanence en alerte quand ils naviguent là-bas ». Interrogée par Mer et Marine, Nelly Grassin, responsable des affaires techniques, sécurité, sûreté et environnement chez Armateurs de France (ADF) ne peut que constater la tension persistante dans le golfe de Guinée. Le nombre d’actes de piraterie n’a pas diminué l’année dernière malgré la pandémie et l’organisation professionnelle rappelle, qu’à l’image de récentes prises de position du Danemark, elle est favorable à une présence militaire accrue dans la zone.

Dernier événement en date, samedi 23 janvier, un marin a été tué lors d’une attaque sur le porte-conteneurs turc Mozart, un navire de 220 mètres de long, appartenant à l’armement Boden Denizcilik, filiale de Borealis, qui croisait à 100 milles du petit archipel de Sao Tomé-et-Principe, en route depuis Lagos pour Le Cap à la vitesse de 16 noeuds. Les marins s’étaient calfeutrés en citadelle, mais les pirates sont parvenus à y pénétrer après s’être acharnés pendant six heures. Quinze marins ont ensuite été enlevés et un marin a été mortellement blessé lors de l’assaut. Un événement rare. Le navire, dont la majorité des équipements avaient été détruits par les pirates et abandonné avec trois marins à bord, a ensuite été convoyé au Gabon. Selon l’agence Anadolu, citée par des médias turcs, les pirates ont pris contact avec l’armement quelques jours plus tard pour réclamer une rançon.

Ce récent évènement vient rappeler la violence et la fréquence des attaques dont le but est désormais quasi systématiquement d’enlever des marins. En 2020, le Mica Center relevait 25 kidnappings (pour des dizaines de marins enlevés) contre 10 en 2017.

« Il faut une coordination »

Devant ces menaces, « nous appelons à une présence militaire depuis de nombreuses années maintenant », réagit Nelly Grassin, qui préfère taire le nom des armements français opérant dans la zone. « Il faut qu’une coordination européenne ou internationale avec une force militaire se mette en place ». Elle reprend : « La France est sur zone assez régulièrement dans le golfe de Guinée, mais il est très grand et cela reste insuffisant ».

Plus tôt dans le mois, Maersk a appelé à une réaction, estimant que « le risque a atteint un niveau où une capacité militaire efficace doit être déployée ». Cette déclaration coïncide avec des prises de position du Danemark, en particulier de sa ministre de la Défense, Trine Bramsen, qui a comparé, il y a quelques jours, dans les colonnes du Figaro, la situation actuelle du golfe de Guinée avec celle qui prévalait dans le golfe d’Aden à la fin des années 2000, avant que l’Union européenne ne mette en œuvre l’opération Atalante dans le cadre de la force navale européenne Eunavfor. Elle s’est dite « pleinement résolue à favoriser une présence militaire internationale pour lutter contre cette insécurité ». Elle a expliqué avoir « nommé un représentant spécial pour la sécurité maritime, avec rang d’ambassadeur », chargé de « conduire nos efforts dans ce domaine et promouvoir des actions que nous devons mener en commun ». De plus, le Danemark « a favorisé la création d’un groupe de travail sur le golfe de Guinée dans le cadre de la coopération européenne en matière de politique de défense et de sécurité, European Intervention Initiative (IE2) ». La ministre voit enfin « la nécessité de renforcer la coordination opérationnelle des navires militaires opérant dans la région » avec « un système de rotation » et une articulation avec les pays riverains.

Une prise de position dont se félicite ADF. « Nous sommes ravis de voir que le Danemark l’a fait de façon très officielle, car nous poussons à cela depuis très très longtemps », indique Nelly Grassin. Elle plaide ainsi pour un plus grand nombre de bâtiments présents dans le golfe de Guinée afin qu’ils puissent « quadriller la zone » et « intervenir plus rapidement », « surtout qu’on se rend compte, ces dernières années, que les pirates vont de plus en plus loin », sortant largement des eaux territoriales. Ainsi, la présence de la frégate italienne Federico Martinengo avait permis de mettre en déroute des pirates qui s’étaient attaqués au chimiquier Torm Alexandr, en novembre dernier. Toutefois, elle était parvenue trop tard pour aider l’équipage du Zhen Hua 7, un navire chinois de transport de colis lourd. Quatorze marins avaient été enlevés.

En attendant, Nelly Grassin rappelle que les armateurs français échangent régulièrement avec la Marine nationale au sein d'un groupe dédié pour obtenir des éléments de contexte, faire des retours d'expérience et discuter des pratiques efficaces à mettre en place. Signe de la préoccupation que suscite ce sujet dans l'industrie, une récente réunion a rassemblé huit compagnies. De plus, pour se prémunir des attaques, les armateurs ont recours à des « équipements de protections, navires d'escortes ou gardes armés » : « Cela a de lourds impacts économiques, mais ce n’est même pas la question, qui est la survie de leurs marins quand ils travaillent dans ces zones là. Mais aujourd’hui, on voit bien que ce n’est pas suffisant, les pirates pénètrent jusque dans les citadelles, derniers lieux de protection des marins. Il est vraiment temps, qu’il y ait une coordination européenne qui se mette en place ».

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